
Dans un court roman poignant, usiné autour de Helda, tenancière d’un bistro ouvrier, de son compagnon syndicaliste Jean-Jo puis de leur fille Louison, Louis Cabaret trinque À la santé des Mohicans, ces ouvriers à l’ancienne, en voie de disparition. Il leur adresse un hommage mérité – non sans réveiller des souvenirs de lecture d’Orwell, Michéa ou Florence Aubenas, dans des époques et genres différents.
Selon son éditrice, Louis Cabaret a côtoyé « la queue de comète du syndicalisme sarthois », et cela se vérifie dans cette histoire criante de véracité. Rien de caricatural dans la trajectoire de cette famille ouvrière, frappée par les luttes, l’alcool, la vie, digne dans l’épreuve, joyeuse, solidaire, espérance ascendante dans les ténèbres tombantes.
Nous sommes invité chez Helda, dans son café, au milieu des clients, de la famille. Nous sommes partie prenante des conversations, nous connaissons les gens, travaillons dans la même usine, gérons les conséquences de décisions cyniques prises sans nous consulter au nom de notre bien… nous luttons, nous engueulons, nous réconcilions, trinquons, rigolons. Le monde chavire comme la vie quand le crabe pointe ses pinces mortifères, bouleverse Helda, Jean-Jo, Louison ; les autres et nous, empathiques, soutenons la famille face au destin, à découvrir en lisant À la santé des Mohicans.
Ce sobre et bel hommage à une classe ouvrière modeste et digne, trop souvent moquée ou méprisée, m’a rappelé des histoires d’ardoisières narrées par ma grand-mère ; j’y ai entrevu le temps d’un roman d’éphémères collègues des abattoirs ou des quais de chargement avec lesquels j’ai traîné mes guêtres autrefois pour financer mes études. Le tout est signé d’une plume élégante, vivante, juste, sans leçons de moraline. Une très belle découverte.
Philippe Rubempré
Louis Cabaret, À la santé des Mohicans, Éditions Liana Levi, 2026, 160 p.



