Journal d'un caféïnomane insomniaque
samedi juin 27th 2026

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Le Mal joli – Emma Becker

«  […] personne ne [comprend] que l’étouffement ne vient pas des livres, mais toujours des hommes qui les conditionnent. »

E. Becker, p.254.

Le premier roman d’Emma Becker, Mr, nous avait interpelé. Nous avons depuis lu La Maison, relation de deux années de travail dans une maison close berlinoise, dont l’intérêt essentiel n’est pas le voyeurisme. Voici Le Mal joli, son dernier roman, qui raconte la passion adultérine entre un écrivain femme, alter-ego de l’autrice, mariée et mère de deux jeunes enfants, et un écrivain touche-à-tout, lui aussi père, aristo et plus âgé. Toute la tension du roman épouse celle des amants navigant dans les eaux fangeuses du mensonge et de la dissimulation pour s’adonner à l’ardeur, la fougue, la frénésie de leur idylle clandestine. On tremble pour eux, on s’inquiète, on vibre, on s’excite à pénétrer les arcanes de cette passion interlope pimentée par sa mise en abyme.

Dans ce dernier roman assez largement autobiographique – amusez-vous à deviner qui est qui – Emma Becker exprime la puissance de son style, à la fois romancière talentueuse et plume érotique crue, excitante sans être vulgaire, d’une sensibilité que n’égale que son intensité charnelle.

Emma Becker se livre ici à une exploration de l’âme humaine et de ses amours interdites par la morale bourgeoise traditionnelle comme par la moraline bien contemporaine. Introspection à l’écriture remarquable, Le Mal joli est une lecture stimulante à plus d’un titre, qui se détache de la production de masse actuelle par son style et sa puissance évocatrice.

Singulière par bien des aspects, Emma Becker est une plume à suivre, sans aucun doute.

Philippe Rubempré

Emma Becker, Le Mal joli, [Éditions Albin Michel, 2024] J’ai lu, 2025, 443 p.

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