
Ayant vécu à l’articulation des XVIIIe et XIXe siècles, Johann Peter Hebel fut enseignant au lycée de Karlsruhe, où il étudia, et écrivit pour les almanachs de colportage. Ce sont ces Historiettes qui sont collectionnées ici dans une (belle) traduction de Frédéric Metz, également auteur de l’appareil critique et de la notice biographique proposés.
Au fil de textes courts, d’un paragraphe à quelques pages au plus, Hebel éclaire le quotidien de la première quinzaine du dix-neuvième, entre Allemagne, Hollande, Suisse et Italie. Ces Historiettes, qu’elles aient vocation à instruire, informer ou divertir, sont toujours édifiantes et agréables à découvrir ; le lecteur tirera profit de sa lecture comme de celle des Fables de Jean de La Fontaine ou des Contes de Ma Mère l’Oye de Charles Perrault, toutes choses égales par ailleurs. Miroir des préjugés et des stéréotypes de son temps, Hebel offre un contrepoint à ce que nous, Européens de l’Ouest, sommes devenus.
À travers des personnages attachants tel Frédo l’Allumette, voleur qui exerce « par amour de l’art et dans le but d’affûter toujours davantage son esprit », et quelques maximes empreintes de sagesse populaire – celle-ci, par exemple, à méditer dans la France de 2026 : « Jamais on ne doit dans l’espoir de quelque profit, de son propre gré, se laisser maltraiter » –, Hebel distille ses perles de lecture et de discernement, à déguster sans modération.
Philippe Rubempré
Johann Peter Hebel, Historiettes, trad. (Allemand) Frédéric Metz, Éditions Pontcerq, janvier 2026, 332 p.

