Pornographie : nom féminin (du grec purnê, prostituée, et graphein, écrire). Obscénité en matière littéraire ou artistique.
Perversion : nom féminin (du latin perversio, renversement). Changement du bien en mal ; corruption : la perversion des mœurs.
Perversité : nom féminin. Méchanceté, dépravation. // Action perverse.
Le Petit Larousse illustré 1975.
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La tétralogie des Instincts pervers est composée d’une suite de quatre romans graphiques signés Bruce Morgan, extrêmement pornographiques et strictement réservés à un public adulte, consentant et très averti. Il n’y a pas de place aux tabous, et l’ancrage réaliste, au plus près du quotidien, rend la projection facile et l’identification aux personnages potentiellement dangereuses pour les personnes fragiles, sensibles ou non-averties.
Ceci étant posé, pourquoi chroniquer cette œuvre si elle est aussi violente et outrageante que précisé plus haut ? À vrai dire, comme souvent, elle est un miroir – quoique datant d’une vingtaine d’années – de notre réel ; cette œuvre nous questionne sans concession sur notre rapport à la sexualité et au tabou, que nous soyons femme ou homme (désolé, les radiateurs ascendant chèvre sont ici discriminés, miskine). Lire Les Instincts pervers après les vagues #metoo et #Balancetonporc, ou les affaires Gisèle Pélicot et Epstein (toutes choses égales par ailleurs) accentue le malaise éprouvé et remue le lecteur jusqu’au fond des tripes – à la condition que ce dernier (cette dernière) ne soit pas qu’un vulgaire branleur assouvissant son amour de la veuve poignet (il n’y a aucun jugement moral dans ce précédent propos, juste le goût de la formule qui fait mouche).
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Les Instincts pervers mettent en scène Sylvie, très jeune femme vivant avec son frère Jérôme chez leur oncle, qui les a recueillis après le décès accidentel de leurs parents, et Valérie, une toute jeune institutrice. Le tome 1, L’Esclave sexuelle, débute dans le Berry, dans la ferme où vivent Sylvie et sa famille. Le départ prochain de Jérôme pour étudier à Paris dévoile la nature particulière de la relation que sa sœur entretient avec lui. Une fois parti, Sylvie est surprise par son oncle dans une situation intime que la morale bourgeoise réprouve, et qui va bouleverser leurs rapports. Fuyant le Berry, Sylvie retrouve son frère, qui s’est entre temps installé avec son amie, et elle s’emploie à chercher un travail.
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Le deuxième tome, L’Institutrice, nous présente Valérie, jeune professeur des écoles parachutée loin des siens, dans un village des Pyrénées, où elle ne connaît personne. Elle est la narratrice de sa propre histoire, se confessant dans une lettre adressée à un magazine érotique qui rappelle Union. Une rencontre fortuite avec un grand acteur chamboule sa vie au plus profond d’elle-même. Valérie se dévoile et dévoile jusqu’où ses fantasmes la poussent, jusqu’à s’offrir comme esclave à un mâle inconnu via un site d’annonces spécialisées.
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Nous retrouvons Valérie dans le tome 3, La Revanche, dans le Berry, où elle s’apprête à passer les vacances scolaires à la ferme, es qualité d’esclave sexuelle, chez l’oncle de Sylvie et Jérôme. Cette dernière, après avoir subi quelques avanies parisiennes d’une surprenante perversité, rentre au bercail prendre sa revanche sur la vie et Valérie, qu’elle ne connaît pourtant pas.
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Enfin, le tome 4, La Vicieuse, dévoile la nature réelle de Valérie, qui après une tentative échouée de relation « normale » avec un de ses jeunes collègues instituteur, s’épanouit dans l’avilissement qu’elle subit volontairement, en son âme et conscience.
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Nous n’avons volontairement rien écrit de concret sur ce que vivent Sylvie et Valérie. Il nous semble que leur histoire donne à réfléchir sur le rapport de la société à la sexualité – notamment féminine – et à l’intime, et sur les relations femmes / hommes, dans une époque de prétendue liberté sexuelle fracassée par un ressac de moralisme et de pudibonderie assez paradoxal. En effet, d’un côté tout est sexualisé dès le plus jeune âge à travers les publicités, les séries, les fringues, la télé pseudo-réalité et autres conneries dont la société merdiatique nous abreuve à longueur de journées ; et de l’autre, la moraline religieuse, un certain féminisme castrateur et la pudibonderie bourgeoise étouffe toute pulsion érotique et tuent littéralement l’amour.
Ainsi le 17 juillet 2026, Jean-Paul Brighelli publiait un article intitulé « L’Ordre moral est de retour » sur le site de la revue Causeur, après que des soirées libertines privées, sises en un lieu privé et dans lesquelles ces dames ni ces messieurs n’étaient rémunérés pour leur prestation (autrement dit, ces salopes et ces porcs s’envoyaient en l’air pour le plaisir, vous vous rendez compte, ma bonne dame!) ont été interdites par le Préfet de police de Paris pour « trouble potentiel à l’ordre public » (en quoi ?) et arguant que ces gangs bangs seraient « une atteinte à la dignité humaine » !!! On croit rêver ! De quoi je me mêle, sans déconner ? Et le droit à la vie privée ? À une sexualité privée ? À disposer de son corps dans le cadre légal ? Le gang bang, pas plus que la partouze, le BDSM ou les pratiques homosexuelles, ne sont illégaux. Comme disaient justement les Inconnus, chacun fait ce qui veut avec son cul, cela ne nous regarde pas. Et Brighelli de poursuivre en rappelant que « la loi, encore heureux, n’interdit pas les plaisirs privés ».
Nous vivons dans une société dans laquelle l’ultra-érotisation publicitaire se cogne à une néo-pudibonderie qui voudrait formaliser le consentement dans tout acte de toute relation sexuelle. Ça ressemble à une définition de l’enfer pour des jeunes en construction, tiraillés entre des injonctions contradictoires, entre la crainte de la mauvaise image ou du bad buzz décuplée par les infects réseaux asociaux et celle de la police des mœurs pour un simple baiser volé… Les Instincts pervers nous rappellent que la vie sexuelle appartient à l’intimité de chacun, et que la société n’a pas à s’en mêler dès lors que les personnes sont sexuellement majeures. En France, on lynche médiatiquement sur des faits supposés, non-prouvés et régulièrement prescrits, détruisant sans vergogne des réputations et des carrières, et parallèlement, on trouve des excuses à des violeurs sous prétexte que « ce n’est pas leur culture », « qu’ils n’ont pas codes » et je ne sais quelle autre gauchiasserie criminelle… Un deux poids deux mesures tout à fait insupportable. Il faut revenir à la raison : si vous vous faites agresser sexuellement, quelque soit la gravité de l’atteinte, vous portez plainte et procédez à un constat médico-légal. Il n’y a rien d’autre à faire. Votre agresseur présumé sera entendu et jugé dans un procès contradictoire où il pourra être défendu et faire valoir ses arguments. Cela s’appelle la justice, et cela évite l’arbitraire dont rêvent un certain nombre de soi-disant progressistes, soi-disant féministes et soi-disant démocrates. Des Tartufes.
Les Instincts pervers interrogent donc : avoir une sexualité extra-ordinaire (au sens propre du terme), dévoyée, perverse, mais consentie et assumée, est-il condamnable ? légalement ? moralement ? par qui ? au nom de quoi ? En quoi cela regarde-t-il la société (très friande de Schadenfreude, de joie triste, quand il s’agit de lyncher, au hasard et par exemple, Patrick Bruel – que je n’apprécie en rien, et c’est une litote – sans la moindre preuve) et la représentation politique ? Quelles convictions philosophiques, éthiques, morales ou religieuses personnelles justifient de condamner légalement ce qui vous déplaît ? La Liberté prime votre petite moraline merdique dès lors que le trouble à l’ordre public n’est pas constitué (il ne l’est pas dans le cas évoqué ci-dessus par Brighelli). Le droit à la vie privée est ce qui caractérise un régime libre. Le totalitarisme se définit par l’abolition de cette frontière sacrée entre vie privée et vie publique. Comme le notait le sociologue Dominique Wolton il y a quelques années, « […] On sait qu’en démocratie la liberté est fondée sur le principe absolu que la vie privée doit, normalement (sauf circonstances exceptionnelles), être soustraite au contrôle de la société ou de la puissance publique (Big Brother) ; or l’hygiénisme tend invinciblement à placer les comportements individuels sous l’emprise du corps social, avec d’autant moins de scrupules que « c’est pour la bonne cause ». » Le droit sacré à la vie privée, voilà ce que nous sommes en train de sacrifier sur l’autel de la connerie progressiste bas du front.
Les Instincts pervers rappellent ici le chef d’œuvre de Georges Pichard, Marie-Gabrielle de Saint-Eutrope, qui attaque violemment la moraline bourgeoise et l’hypocrisie religieuse – et la moraline bobo et néo-religieuse – dans un roman graphique resté longtemps sous le manteau. Pichard y montre comment société et religion jouent de concert pour pervertir des âmes innocentes et les condamner à l’enfer sur terre, se montrant finalement bien plus amorales et immorales que la nymphomanie.
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Voici donc quelques réflexions inspirées par la lecture des Instincts pervers confrontée à l’actualité et à l’atmosphère fortement viciée du temps. Cette œuvre ne me laisse pas indifférent, moralement parlant, mais sans doute n’est-ce que de la branlette intellectuelle…
Spud Begbie
Bruce Morgan, Les Instincts pervers :
Tome 1 L’Esclave sexuelle, Dynamite, [2004] 2012, collection Outrage, 308 p.
Tome 2 L’Institutrice, Dynamite, 2007, collection Outrage, 408 p.
Tome 3 La Revanche, Dynamite, 2004, collection Outrage, 209 p.
Tome 4 La Vicieuse, Dynamite, [2007] 2012, collection Outrage, 248 p.
Strictement réservé aux adultes – Public averti

