Journal d'un caféïnomane insomniaque
mardi juin 19th 2018

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L’Imposture (3/5)

De L’Imposture et de la Censure

A contrario du Bovarysme, Dom Pérignon millésimé de l’Imposture, la censure en est sa plus basse expression, la plus vile qui soit, elle et son hypocrisie inhérente. Danger suprême des sociétés humaines, de la liberté de l’Etre, de la liberté d’être, de penser et de s’exprimer. «  Je ne suis pas d’accord avec vos idées, mais je mourrai pour que vous puissiez les exprimer  ». Comme il avait raison, Voltaire, comme il a raison encore, toujours, envers et contre tous les censeurs, les Goebbels de la moralité, les ayathollas, bigots, grenouilles de bénitier et autres faces de carême  !

Rien ne justifie la censure, ni la protection de la morale, ni celle de la famille, pas même celle des enfants et encore moins celle d’un pouvoir politique quel qu’il soit. La bien-pensante qui considère que la censure est un outil pour protéger x ou y de toute forme d’expression jugée licencieuse, amorale ou dangereuse n’est qu’une infantilisation des êtres, une exonération de responsabilité, singulièrement des parents vis-à-vis de leurs enfants, finalement un assistanat de la pensée et de la morale. Ne prenez jamais les gens pour des cons, mais n’oubliez jamais qu’ils le sont… Telle pourrait être la devise des censeurs, de ces Goebbels de café du commerce, «  nazis pendant les guerres et catholiques entre elles  » dirait Jacques Brel…

Prenons l’exemple le plus frappant de censure et d’hypocrisie dans notre société (encore) démocratique (et heureusement, je m’en félicite et espère avoir toujours le courage de me battre pour qu’elle le reste, démocratique, citoyenne et responsable), la pornographie. La pornographie se définit étymologiquement comme le fait de montrer ou représenter (graphos) la prostituée ou la prostitution en tant qu’acte (pornos). Depuis toujours elle influence art et littérature. Ovide, Céline, Miller, certains livres de la Bible même (relisez le Cantique des Cantiques ou le Livre des Macchabées), j’en passe et des meilleurs. Mais voilà, elle se montre à l’écran, visible de tous et là, la morale refait son apparition en force et la loi X de 1975 se permet de détruire et de reléguer dans un ghetto une forme d’expression (non sans conséquences néfastes  : développement du gonzo, de l’abattage voire des snuff movies, si ces derniers ne sont pas qu’une légende urbaine…) qui ne fait que montrer des personnes adultes et consentantes en train de s’envoyer en l’air. Je parle ici de pornographie, pas d’érotisme. Interdit au moins de 18 ans  ! Ridicule et absurde quand nous avons la majorité sexuelle à 15 ans  ! Dépassé et hors de propos quand la moitié des gosses de 11 ans ont déjà vu un porno, la plupart du temps en se servant dans la vidéothèque de papa maman  ! La «  protection  » des enfants face à une forme de sexualité «  anormale  », n’est-ce pas de la responsabilité des parents  ? N’est-ce pas à eux de leur expliquer que c’est du sexe pour le sexe, de la performance et non pas de l’amour  ? N’est-ce pas eux de leur expliquer que ça existe justement car ce n’est pas un mode de relations sexuelles pratiqué dans les couples lambda  ? Que cela relève du fantasme plus que de la réalité (il y a toujours une exception pour confirmer la règle)  ? Je m’arrête là sur ce sujet racoleur et (un peu) caricatural, ce n’est pas mon propos.

Je veux souligner et affirmer le fait que la censure est de facto une aliénation de la liberté, c’est de facto considérer que les êtres sont trop cons pour faire la part des choses. J’admets tout à fait que les enfants n’aient ni l’expérience ni la culture nécessaire à l’exercice de ce libre arbitre, et j’affirme ici qu’il est du devoir des parents d’être responsables vis-à-vis d’eux. S’ils ne s’en sentent pas capables, qu’ils mettent des capotes.

Accepter la censure au nom de l’ordre et de la morale, c’est renoncer à sa liberté de penser et de s’exprimer, c’est-à-dire renoncer à sa condition d’être humain. L’animal n’est pas libre il est déterminé par l’instinct. Un homme ou une femme qui accepte une quelconque forme de censure pour quelque raison que ce soit devient de son propre fait (Sartre aurait pu dire, mais je ne veux pas parler en son nom, de son propre choix) un être bâtard, quelque part entre l’être déterminé et l’être dominé. D’aucun par confort et par lâcheté sont tentés de préférer une certaine forme de censure (même si il faut être honnête et reconnaître qu’en France elle est relativement light  ; mais elle existe en dehors de la définition du dictionnaire et c’est déjà trop). Le renouveau des intégrismes religieux de tout poil, les candidats politiques modérés de gauche comme de droite qui revendiquent un retour à l’ordre moral, voire pour l’une d’entre eux, qui revendique et assume qu’on la surnomme «  mère la pudeur  », en voilà la démonstration de la lâcheté d’une société de consommateurs incultes et irresponsables. Tant qu’ils ont du pognon, un pavillon en banlieue, le match de foot le dimanche et qu’ils peuvent sortir madame et les gosses en vacances une ou deux fois par an, rien ne les dérange  !

Je vous le demande, et je finis par me le demander, à quoi ont servis les philosophes grecs, les poètes, les dramaturges, Christine de Pisan, l’Humanisme d’Erasme, Rabelais, les Lumières, les révolutions littéraires et poétiques du XIXème et du XXème Siècles  ? Revient-on aux procès de 1857  ? Flaubert et Baudelaire doivent se retourner dans leur tombe  ! Les génies sont pourtant là, pas chez les censeurs.

Autres exemples dans le domaine artistique (en bref). Tarquini, avec son œuvre inspirée de «  L’origine du monde  » de Courbet. Censurée à cause d’une plainte d’une intégriste catholique  ! Doit-on interdire le Musée d’Orsay aux mineurs à cause de Courbet  ? Mesdames et messieurs les culs-bénits, pères la morale et autres mères la pudeur, vous êtes tous nés d’une partie de jambes en l’air, et arrivés en ce bas monde par là où Courbet et Tarquini le montrent. Naturel, pas choquant.

Il faut tout de même préciser ici qu’en France une ridicule (par sa taille) association religieuse ou familiales peut faire interdire en justice une œuvre au nom de la morale  ou de l’atteinte à la religion (nous sommes en France un pays laïc depuis le 9 décembre 1905  !) ou de la protection de l’enfance  ! Les beaux prétextes que voilà  ! Henri-Claude Cousseau en fait les frais à l’heure actuelle (je n’oublie pas Stéphanie Moisdon et son autre collègue également mises en examen), comme par hasard 5 ans après la fin de l’exposition dénoncée et au moment du retour de la droite catholique et moraliste à Bordeaux  !

La censure n’est que lâcheté et hypocrisie, quelle qu’en soit sa forme. En prenant les êtres pour des cons et en les exonérant de l’exercice de leur libre arbitre (ce qui implique de les laisser dans une illusion de culture – une députée de droite soutenait hier soir en campagne un bac à 6 voire 3 épreuves au lieu de 12 ou 9 à l’heure actuelle, elle veut tuer la culture générale des lycéens, en faire de parfait consommateurs contribuables si possible électeurs  ; elle tue ce qui a fait la force de l’Education Nationale française, la culture plus grande qu’ailleurs des gens qui en sortent car le pragmatisme immédiatement rentable économiquement était considéré moins bénéfique aux étudiants que l’acquisition d’une certaine culture générale, et par conséquent d’un libre arbitre singulièrement plus développé), la censure abrutit les êtres, et donc les rend dangereux. Elle peut même les fanatiser et elle devient criminelle. Le potentiel néfaste et désastreux de la censure est incommensurable. Je veux cependant nuancer ce propos. La censure en tant que telle n’est pas un crime, c’est juste une connerie. Et c’est pire.

Je veux revenir ici sur des termes que j’ai employés à plusieurs reprises, Goebbels, nazi, ayatholla, face de carême, grenouille de bénitier ou bigot. Le lecteur peut avoir le sentiment d’une assimilation malsaine du censeur avec le nazi, l’islamiste et le catho intégriste. Il n’en est rien et je veux clarifier cette position.

Tous les censeurs sont égaux entre eux, mais il y en a certains qui sont plus égaux que d’autres. Je veux dire par là qu’il est évidemment absurde, faux et insultant de mettre sur un même plan Goebbels et les nazis, les intégristes religieux de tout poil, les croyants sincères et les politiques comme Alain Peyrefitte, ancien ministre de l’Information. Il y a dans ces groupes (dont la liste n’est pas exhaustive) incontestablement des salopards d’un côté, et de l’autre, des gens respectables qui défendent leur vision de la liberté d’expression (avec laquelle je ne suis pas en accord parfait). Ces derniers je les combats sur le terrain de leurs idées, cependant je les respecte pleinement car ils sont honnêtes et je crois profondément démocrates.

Cependant, la censure procède toujours de la même logique et participe de la même démarche, empêcher un groupe de personnes d’avoir accès à une œuvre d’art ou de la pensée au nom de principes ou d’intérêts affirmés supérieurs à cette liberté. La seule chose, et la chose essentielle qui change dans le processus de censure entre Goebbels et Peyrefitte, c’est l’intention finale, et donc le degré d’application du procédé (qui implique le choix de la méthode à utiliser).

Il en est de même en ce qui concerne la religion (en général) et les croyants. Chacun a le droit d’avoir et de pratiquer sa religion, ou de ne pas en avoir. Moi de même. Cela relève de la liberté de pensée et de conscience et il serait insensé que la censure vienne leur pourrir la vie. Chacun sait le mal que cela engendre. Je ne mets pas dans le même sac les fidèles et les intégristes.

Ceci étant posé, je crois qu’il n’est plus possible de me taxer d’intolérance ou de mépris envers qui que ce soit. Je défends ma conception de la liberté d’expression car je la pense juste et je suis intimement convaincu que seule une liberté d’expression totale permet de réduire les extrémismes, intégrismes, communismes ou fascismes de tout bord et toute tendance. Je le crois car cela ôte de facto à tous ces idéologues toute justification à leurs actes puisqu’ils ont la liberté d’exprimer leurs opinions, aussi contestables soient-elles. Les priver de cette liberté les pousse dans la clandestinité et le terrorisme, et leur permet de justifier, comble de l’ironie, au nom de leur propre liberté bafouée, des actes ignobles (et le mot est faible).

Le combat se mène sur les idées en les confrontant, pas en les censurant. Je crois qu’en démocratie libre, le citoyen combat les idées qui ne sont pas les siennes, librement, et juge les actes qui répondent devant le choix de contraintes consenties pour le vivre ensemble (contraintes nécessaires, homo homini lupus).

Ceci n’est pas un cri de haine envers les personnes qui pensent différemment de moi, mais bien un cri d’amour, un cri d’amour éperdu et passionné de la République, de la Démocratie, des Etres Humains et plus que tout de la Liberté.

Ce même cri d’amour qui me fait dénoncer toutes les lois mémorielles qui se multiplient depuis quelques années, lois au service de lobbies qui empêchent historiens, philosophes et journalistes (j’en oublie sûrement) de faire leur travail correctement. Ainsi les lois Gayssot, Taubira, la loi sur le Génocide Arménien et d’autres encore. Je n’ai aucun doute sur la réalité de l’Holocauste ni sur celle du Génocide Arménien, pas plus que sur celle de l’esclavage et du commerce triangulaire. Pas plus que je ne doute des intentions nobles de leurs inspirateurs et des législateurs qui les ont votées et de l’exécutif qui les a promulguées. Ce que je regrette profondément, c’est que ces lois sont dénaturées et détournées par des lobbies au nom d’intérêt communautaristes ou particuliers. Vous en doutez  ? Vous pensez que j’exagère  ? Voyez Monsieur Olivier Pétré-Grenouillot, immense historien réputé, qui a osé faire état dans un ouvrage de recherches historiques menées intelligemment et scientifiquement, traduit en justice pour avoir minimisé les faits. Ou plus exactement, avoir énoncé une vérité historique qui déplaît à certains communautarismes victimo-vengeurs (30 novembre 2013). Les associations à l’origine de ce procès ne rassemblent qu’un ramassis de censeurs incultes autant qu’intolérants qui au nom de la protection contre le racisme et de la reconnaissance de l’esclavage interdisent à un historien d’établir une vérité différente de leurs fantasmes de victimisés (et non de victimes. Les descendants de personnes réduites en esclavage il y a deux ou trois siècles ne sont pas plus des victimes que les descendants de présumés communards déportés à Cayenne sans preuve réelle).

Mais revenons au sujet qui nous préoccupe, l’Imposture. Je vous ai dit en ce début de chapitre que la censure est la forme la plus basse et la plus vile de l’Imposture. Hélas, c’est une Imposture, une imposture scélérate certes, mais une imposture quand même, qui vise à éloigner d’une manière coercitive ou sournoise une majorité de personnes de la réalité d’idées ou d’œuvres dont l’influence est potentiellement néfaste aux imbéciles qui les censurent. Je conclus ainsi et de manière très brève ce thème de la censure. Rien à ajouter de plus, la démonstration est à mon sens évidente, la censure est la forme la plus basse, la plus vile, la plus ignoble, la plus scélérate, la plus traître, la plus pourrie, la plus immonde, la plus dégueulasse, la plus déshonorante et j’en passe et des pires (je n’ai que litotes à produire, mon vocabulaire est bien limité, inculte que je suis) de cette noble conception de la Vie qu’est l’Imposture.

A CUL LES CENSEURS, VIVE L’IMPOSTEUR  !