Journal d'un caféïnomane insomniaque
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Olivier Messager & Fabio Longoni – Dimanche 29 janvier 2012 – Petit Théâtre Jean Macé – Laval

Amis lecteur, vous constaterez que je gagne en célérité l’âge et la sagesse venant…

Loge du Petit Théâtre Jean Macé, à l’issue de la quatrième représentation de MurMureS programmée dans le cadre de la 6e édition du Festival Contes et Paroles des Cinq Continents… Pour ceux qui n’auraient pas lu la chronique (mais je ne doute pas que chacun ait procédé à son devoir), vous la retrouvez sur Le Librairtaire dans l’onglet lapalissement intitulé « Chroniques ». Voilà pour le contexte de notre promenade ; précisons toutefois que j’ai vu la création théâtrale et musicale MurMureS avant de lire le recueil.

Promenade du rêveur solitaire avec Olivier Messager (compositeur, auteur, interprète) & Fabio Longoni (auteur, interprète)…

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Hésitations librairtaires… Interview largement improvisée, l’occasion ayant une nouvelle fois fait le larron. L’objectif avoué est donner aux gens l’envie de voir le spectacle et de lire le livre (sic !).

L’écriture et la composition

Ce thème est induit par le fait que j’ai vu le spectacle avant d’avoir lu le livre, mais laissons la parole à Olivier et Fabio :

OM : J’ai une façon de faire assez personnelle quand il s’agit de mettre un texte en musique ou une musique en texte. Plus ça va, plus j’ai une approche quand même relativement minimaliste, au sens où un simple riff, une mélodie, quelque chose de très simple, en peu de notes, joué en même temps qu’un comédien dit et joue le texte, amène de toute façon un éclairage. Que ce soit dans l’écriture du texte ou dans l’écriture musicale, je déteste imposer ; je préfère toujours suggérer les choses. Par exemple, ma façon de faire exclut radicalement le commentaire. Le commentaire c’est vraiment de l’ordre du tout-venant, ce que font énormément de musiciens qui n’ont jamais travaillé avec le texte, jamais travaillé avec la matière textuelle, ni la matière théâtrale. Il n’y a pas d’imaginaire dans le commentaire, pas d’ouverture de l’espace. Le commentaire est essentiellement enfermant. Il n’apporte rien.

FL : Sinon, d’une manière générale, les textes ont d’abord été écrits, que ce soit Olivier ou moi, et après la musique a été composée par Olivier par rapport aux textes. Olivier avait peut être des idées de musique avant, mais les textes ont été écrits avant, certains chacun de notre côtés, certains ensemble.

OM :  Un bon exemple, le texte du début (en ouverture du spectacle – ndr), Inventaire : je savais que je voulais un truc complètement lounge derrière, et que ce soit comme une musique de pub, avec un côté dépliant touristique, admirablement servi par la comédienne Marie-José Brighel qui fait la voix sur ce texte dans le spectacle.

FL : On a essayé des choses avec Olivier en répétition, on a essayé des textes avec des riffs un peu jazzy, et abandonné quand ça ne marche pas, par exemple le texte Uni sombre, qui ne figure ni dans le recueil ni dans le spectacle. Certains textes ne figurent ni dans le recueil ni dans le spectacle. Il y a un autre texte gardé dans le spectacle, Le dernier, qui est sorti d’une improvisation. Il y a eu toute une phase où Olivier lançait des musiques, et on improvisait ensemble en enregistrant nos mots, et après je reprenais le thème, on écrivait… Certains textes ont été écrits à partir d’improvisations.

L : Imbécile par exemple ?

FL : Bizarrement non ! C’est le cas du Dernier, mais qui n’a pas été gardé pour le spectacle. Imbécile je l’ai écrit comme ça, un petit peu comme une chanson d’ailleurs.

OM : Après j’ai mis une suite d’accord qui est quasiment la même que pour Les chimères d’ailleurs. C’est un procédé que j’aime bien de longue date qui consiste à recourir aux mêmes couleurs, avec par exemple beaucoup de Re et de Fa, ce qui donne du lien, le Re étant le relatif mineur du Fa… ça permet d’avoir une unité, une cohérence, et c’est très important. Avec de temps en temps des coupures.

FL : les coupures étaient voulues dans la musique, elles sont apparues au fur et à mesure dans le jeu théâtral. Ce qu’on appelle les « cut » au théâtre, c’est-à-dire qu’on passe vite d’un truc à un autre. Le danger de ces textes dits ambiance salon, ambiance poésie, est que les gens s’ennuient, s’endorment. Les ruptures deviennent donc nécessaire, la mise en scène étant de fait minimale.

Les thèmes et la cohérence

L : À travers cet ensemble de textes courts qui peut sembler très hétéroclite, je ressens une cohérence dans le sens où, à votre manière, vous brossez le portrait de l’Homme (ou de la Femme) européen(ne) d’aujourd’hui… avec une certaine distance tout à fait appréciable ! J’ai ressenti un certain cynisme aussi… (Rires) En résumé, on retrouve un immense portrait chinois d’un individu lambda vivant en Europe à notre époque.

FL : Les liens entre les différents textes n’étaient pas prévus dès l’écriture mais sont apparus au fur et à mesure. Certains naturellement, d’autres volontairement…

OM : Ce qui est rigolo, c’est qu’Inventaire, qui est un texte de contrôle, de contrôle absolu, est entouré de textes dans lesquels les protagonistes sont complètement tributaires d’un fait ou d’une chose, souvent d’une petite connerie. Ils sont les jouets du destin…

FL : … ils ne sont pas glorieux. Mais c’est involontaire, on a chacun écrit des textes au fur et à mesure, certains ont été ressortis, et les nouveaux textes écrits le sont peut être plus en relation avec le spectacle, pour le spectacle vivant. Il est vrai qu’il y a un petit côté anthropologue dans MurMureS. Il est apparu petit à petit, dans le titre, dans la préface signée d’Olivier… Il y a un côté « on observe les gens », on s’est amusé à créer des histoires qui nous viennent du quotidien, et dans lesquelles je me reconnais.

L : Le côté anthropologue, apparu par hasard, a été finalement développé consciemment par la suite…

FL : oui, jusque dans le graphisme du livre, l’oeil dans le trou de serrure sur la couverture, et depuis une semaine sur la scène, où nous sommes dans le public au début du spectacle et où l’on observe les gens (l’interview a été réalisé à l’issue d’une série de représentations – NDR).

OM : Il y a des influences qui ont été déterminantes, pour ma part. Des gens comme Buzzatti par exemple…

FL : Michaud un tout petit peu…

OM : dans le côté irruption de l’absurde ou du fantastique dans le quotidien…

FL : on a été influencé également par le tango, sur le texte éponyme avec le battement des ailes du papillon. On a des influences différentes, je trouve qu’Olivier  a un univers beaucoup plus large et plus riche que le mien, et du coup j’ai des histoires beaucoup plus simples, plus populaires.

OM : tu écris plus comme un jazzman, c’est plus slamé.

L : Ça se traduit dans la mise en page du livre, à quelques exceptions près : les textes d’Olivier sont justifiés alors que les tiens sont centrés à gauche ! (Rires)

La forme

L : À la lecture, il es très difficile de définir la forme du texte : poésie, slam, théâtre, récit, nouvelles ? ceci étant, je dois préciser que j’ai vu deux fois le spectacle avant de lire le texte.

OM : Ce flou dans la forme textuelle s’est imposé comme ça, au fur et à mesure.

L : Le texte ne rentre pas dans une case, dans aucune case. Ce serait intéressant d’expérimenter la lecture avant de voir le spectacle (trop tard pour le Librairtaire, vous l’avez compris – NDR)…

FL : On a chacun nos écritures avec Olivier, mais je crois qu’on s’influence peut être un petit peu pour les textes de MurMureS, par exemple des mots que je n’aurais pas utilisés avant de connaître Olivier…

Merci à Fabio et Olivier de s’être prêtés au jeu de l’interview librairtine et de leur patience de 7 mois avant d’en voir le résultat !