Journal d'un caféïnomane insomniaque
dimanche février 8th 2026

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Les Hyaines – Bruno Lafourcade

« L’esprit de sérieux est la négation par excellence de la liberté. »

Hannah Arendt

« […] « hyaine » est un néologisme mêlant les mots haine et hyène ; c’est un mot-valise, un terme hybride. »

Bruno Lafourcade

Dans son dernier livre, paru aux excellentes éditions La Mouette de Minerve, Bruno Lafourcade s’essaye au portrait dans un genre nouveau : l’hybride. Ainsi en témoigne son titre, Les Hyaines, mélange de « hyène » (mammifère charognard d’Afrique au rire sardonique) et de « haine » (sentiment intense d’hostilité envers une personne ou un groupe) ; la « hyaine » étant, de son propre aveu, l’alter-ego de l’auteur.

Se plaçant dans la lignée de l’irremplaçable (et non-remplacé) Philippe Muray, Lafourcade nous rappelle qu’avant la description d’Homo festivus, Muray avait révélé l’ocsoc, l’« occulto-socialisme », dans son XIXe siècle à travers les âges ([Denoël, 1984] rééd. Gallimard, coll. Tel, 1999) :

« La prouesse visionnaire de Muray est d’avoir remarqué que, depuis Hugo, le socialisme et l’occultisme, le progrès social et les tables tournantes, d’apparence si éloignée et même contradictoire, s’animaient en se frottant l’un à l’autre, et se nourrissaient depuis l’un de l’autre. L’ocsoc, poursuivant sa course, a en effet muté en ocprog, l’occulto-progressisme […]. »

Bruno Lafourcade, op. cit., « Les Succubes volants, I », p.93.

C’est de cet occulto-progressisme et de ses archétypes que Bruno Lafourcade brosse un tableau général aussi lucide et drôle que rigoureux et sarcastique. En maître de l’ironie, tapant juste, jamais gratuit ni vil, l’écrivain nous offre l’apocalypse (gr. : révélation) de notre temps, la révélation de la France des années 2020, des « Saltimbanks », « Rhinocérats » et autres « Filousophes » dont notre ersatz de société regorge.

La satyre est au vitriol, mais ne saurait être prise en défaut de réalisme. Comme il s’entend dans les cours de récréation, il n’y a que la vérité qui blesse. Et si le rire s’invite plus qu’à son heure à la lecture des Hyaines, il n’en reste pas moins que le réel décrit a ceci de remarquable qu’il est bel et bien réel ; ce qui rend certaines chroniques glaçantes. Ainsi, « L’Indigénisse », au titre éloquent, nous montre une gauche incrédule face à ce qu’elle ne veut pas voir : à la lutte des classes est en train de succéder une « lutte des races », dont la joute factice « grand remplacement vs créolisation » ou la spécieuse négation de l’existence d’un racisme anti-blanc ne sont que les prémisses… et dont les gauchistes sincères seront les cocus. La Révolution dévorent toujours ses enfants.

Bruno Lafourcade poursuit son œuvre à bas bruit, ignoré des médias de grands chemins, avec la constance d’un Voltaire en lutte contre l’Infâme. Mousquetaire ironiste, contempteur des errements contemporains, il dit beaucoup avec l’art et la manière : en peu de mots, judicieusement choisis et harmonieusement écrits.

Philippe Rubempré

Bruno Lafourcade, Les Hyaines, Éditions La Mouette de Minerve, 2025, 223 p.

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