« Admettre que le travail des relations publiques constitue une profession à part entière, c’est aussi reconnaître qu’il répond à un idéal et obéit à une éthique. L’idéal est très pragmatique. Il consiste à amener le commanditaire […] à comprendre ce que souhaite l’opinion, et, dans l’autre sens, à expliciter pour l’opinion les objectifs du commanditaire. »
Edward Bernays, op. cit., p. 58.

Ce court essai au titre éloquent a initialement paru aux États-Unis en 1928. Œuvre d’Edward Bernays, neveu (à double titre) de Sigmund Freud, père de la psychanalyse, il est sous-titré « Comment manipuler l’opinion en démocratie ». Est-il besoin d’en dire davantage ?
Après avoir retracé l’histoire de la propagande et défendu dans un plaidoyer pro domo son utilité, voire sa moralité, Bernays entreprend d’en présenter les acteurs, et décline ses applications dans l’entreprise, en politique, dans l’éducation… avant de terminer en en analysant les mécanismes. Son originalité tient en ce qu’il tire profit des sciences sociales, et notamment de la psychanalyse et de la sociologie, se référant ouvertement à la « psychologie des foules » chère au Français Gustave Le Bon.
« La nouvelle profession des relations publiques est née de la complexité croissante de la vie moderne, et de la nécessité concomitante d’expliciter les initiatives d’une partie de la population à d’autres secteurs de la société. Elle trouve son origine dans la dépendance de plus en plus marquée des instances de pouvoir par rapport à l’opinion publique. […] les gouvernements ont besoin de l’assentiment de l’opinion pour que leurs efforts portent leurs fruits, et au reste le gouvernement ne gouverne qu’avec l’accord des gouvernés. […] tout groupe qui entend représenter un concept ou un produit, un courant d’idées majoritaire ou minoritaire, ne réussit que s’il a l’aval de l’opinion. Celle-ci est implicitement associée aux efforts d’envergure. »
E. Bernays, op. cit., pp. 53-54/
Précédé d’une préface éclairante de Normand Baillargeon, cet essai reste d’une actualité cinglante à l’heure des cabinets de conseil et de l’avènement de « l’intelligence » artificielle…
Philippe Rubempré
Edward Bernays, Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie, préface de Normand Baillargeon, traduit de l’anglais (États-Unis) par Oristelle Bonis, Éditions Zones, 2007.



