Journal d'un caféïnomane insomniaque
dimanche septembre 20th 2026

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Une grosse colère et un livre d’espoir

« […] j’ai vu le système politique français de suffisamment près pour ne plus me bercer d’illusions quant à la supériorité morale des régimes « démocratiques » par rapport à d’autres formes politiques. »

Vivien Destro, La Vertu cardinale, p. 203.

C’est une antienne de café du commerce : « Ça va péter ! » ; ou encore : « La question n’est pas de savoir SI, mais QUAND le pays va exploser ». Le moral des Français est inversement proportionnel à la courbe et au poids de sa dette. Nos dirigeants de droite, de gauche et du centre – tout le spectre de la social-démocratie libérale telle que nous la connaissons depuis 1945, en fait – se maintient contre vents et marées, se défaussant sur Bruxelles, jouant sur les peurs, taxant les uns d’irresponsables, les autres de communautaristes, les suivants de racistes… en bref, toute opposition de fascistoïde ou de populiste.

Il y eut des alertes depuis de nombreuses années, multipliées au gré des crises économiques, des bulles financières ou des crispations identitaires. Ainsi, sans ordre ni hiérarchie ni même lien nécessaire entre elles, les Bonnets rouges, les affaires Traoré, Zyed et Bouna, les Gilets Jaunes, le Printemps français succédant à la Manif pour Tous, les pêcheurs, les routiers, les agriculteurs au bord du suicide, ou encore « ce cher petit ange parti trop tôt » (Kylian Mbappé) après un refus d’obtempérer à bord d’une puissante berline germanique immatriculée en Pologne, etc. Et je n’ai pas évoqué le CPE (contrat première embauche), le Smic jeune, Crépol ou les manifestations des forces de l’ordre elles-mêmes au sens large (police, gendarmerie, pompiers), ni les alertes de la hiérarchie militaire et la « crise sanitaire » consécutive à la pandémie de Covid-19, révélateur ultime de l’incurie et du sauve-qui-peut permanent de nos chers (très chers) dirigeants.

« Le seul crime en politique consiste à avoir des ambitions plus hautes que ses capacités. »

Napoléon Bonaparte

Je viens de dresser ici un tableau partiel, partial et peu reluisant des relations entre les Français et leurs gouvernants, et de l’air ambiant qu’on respire en France. Sans toutefois rappeler la responsabilité de la représentation politicienne, ces idéologues et ces « chargés de gestion patrimoniale » (Cardinal de Juvigny, in V. Destro, op. cit.) occupés à tout brader et à se servir de la France au lieu de La servir. Nommer ces traîtres ajoute un parfum de merde à notre bise crépusculaire. Jacques Chirac, sympathique tueur qui dormait à l’Élysée entre deux méfaits de 1995 à 2007, comparait la politique à l’andouillette : elle doit sentir la merde un peu, mais pas trop. La métaphore charcutière aujourd’hui n’est plus. La politicaillerie contemporaine est une fosse septique du fait des personnes qui la composent, pour une grande part, et un peu beaucoup quand même aussi (car il ne s’agit pas de transformer nos politocards en boucs émissaires ou à misère, bref, d’en faire des victimes), de « celles et ceux » qui les ont élues en cédant à la paresse intellectuelle et aux sirènes de la démagogie.

Démagogie qui me sera (et sans doute à juste titre) reprochée, couplée avec la facilité et le fameux : « Présente toi puisque tu es si fort ». C’est de bonne guerre, il est si simple de critiquer et de détruire et si compliqué (et souvent ingrat) d’essayer de construire. Néanmoins, ça soulage, et en l’occurrence, je ne rédige pas un traité de bonne gouvernance, juste une réaction épidermique – au ton quelque peu pamphlétaire, mais au trait à peine exagéré – à un naufrage qui n’en finit pas. Il y a mille manière de servir son pays autres que l’entre-soi et l’irresponsabilité élevée au rang d’art par les Zélés Z-ilotes politiciens au service du Saint-Fric mondialisé et des GAMAM (Google, Amazon, Meta, Apple, Microsoft) dont ils se sont rendus esclaves. Mauvaise foi ? Peut-être. Démontrez-moi que mon constat, certes virulent, est faux. L’hyperbole trahit toujours un fond de vérité. Je serai sincèrement heureux de me tromper ; je n’ai aucune prétention à la science absolue, juste ma spontanéité, ma candeur et ma franchise. Et mes yeux qui, hélas !, voient ce qu’ils voient.

Les comices politiciens à venir s’annoncent plus que jamais tendus, et le débat est d’ores et déjà sclérosé, cantonné à un échange d’invectives, d’insultes et un concours de petites phrases sur une poignées de sujets triés sur le volet, jetés à la populace comme des cacahouètes à des singes au zoo. L’essentiel des problématiques profondes et complexes du pays est occulté. Vous m’objecterez à raison que la plupart des citoyens n’y entendent rien, ne sont pas formés et qu’il ne sert à rien des les inquiéter (informer?) davantage. Cependant, le propre de la démocratie est que le pouvoir appartient au peuple (le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, selon la formule d’Abraham Lincoln), et que ce faisant, le peuple DOIT pouvoir décider en connaissance de cause. Sinon, de démocratie, il ne reste que la démagogie crasse, une décramotie joliment chantée par les Têtes Raides (« Patalo », Gratte-Poil, 2000), et le régime devient de facto « le gouvernement d’un pays par des pourris qu’une majorité de cons a choisis » (Albert Simonin).

Tout ça pour dire que l’antienne « tout va péter » n’est peut-être pas sans fondement…

*****

« The times I burnt my guitar, it was like a sacrifice. You sacrifices the things you love. I love my guitar. »

Jimi Hendrix

« Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous – demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. »

John Fitzgerald Kennedy

Quelques notes d’espoir égrènent par ci, par là, quelque refrain encourageant et mobilisateur qui redonne foi en un Avenir majuscule en France. Vivien Destro se pose là, avec son dernier roman paru chez La Giberne, La Vertu cardinale. Dans notre France contemporaine, les Français sont pour le moins désabusés : « On leur a menti, élection après élection, sur l’Europe, sur les retraites, sur le pouvoir d’achat, sur la durée du travail, sur le chômage, sur l’épargne, sur l’immigration, sur la monnaie, sur les impôts et les cotisations sociales, sur le prix de l’électricité, sur à peu près tout ce qui impacte leur quotidien » (p. 227).

Le président Philippe Tafferie se retrouve dans une situation similaire à celle que connaît Monsieur Macron aujourd’hui : pas de majorité au Parlement, deux oppositions radicales puissantes à droite et à gauche. C’est dans ce contexte et sous l’impulsion de son épouse qu’il appelle un religieux investi dans la question sociale, le cardinal de Juvigny, comme Premier ministre, scandalisant ainsi et la gauche laïcarde, et la droite de pognon, mais ressuscitant une tradition française, qui de Richelieu et Mazarin au chanoine Kir en passant par le cardinal Fleury, a su trouver dans l’alliance du trône (royal ou républicain) et de l’autel une vocation au service de la France.

L’intelligence romanesque de Vivien Destro tient à la distance qu’il conserve avec les po-polémiques du cirque politicien quotidien. Pressentant une crise majeure aux conséquences très lourdes, il la situe là où on ne l’attend plus, et surprend encore avec la finesse de son analyse tout à fait iconoclaste si l’on considère ce qui se dit dans l’ensemble des médias actuellement. La France s’embrase là où personne ne l’imagine (contrairement au thriller flippant de Laurent Obertone Guerilla, 3 tomes parus chez Magnus), rudoyant sévèrement le Président et son Premier ministre.

Destro nous plonge dans les arcanes boueux et sombres des affaires de l’État avec érudition et non sans une certaine jubilation. Loin d’être caricatural à l’image de mon préliminaire, il construit une intrigue prenante et réaliste en se jouant de plusieurs niveaux de lecture, du romanesque au politique en passant par le spirituel. Portant bien son titre, La Vertu cardinale met en scène des caractères humains pétris de contradictions, tiraillés entre le Bien et le Mal, parfois jusqu’au sacrifice. Par là-même, Vivien Destro tend un miroir au lecteur et le renvoie à sa vie, ses actes, ses responsabilités. Il invoque la parabole des Talents fort à propos, interrogeant sans complaisance son lecteur, lui demandant qu’as-tu fait de ton Talent ?, l’obligeant à regarder ce qu’il a fait pour la France et ce qu’il est prêt à sacrifier pour sa patrie.

Vivien Destro signe ici un grand roman autant politique que spirituel et profond, qui selon l’adage du cher Alberto Manguel, pose plus de [bonnes] questions qu’il n’offre de réponses pré-mâchées.

Philippe Rubempré

Vivien Destro, La Vertu cardinale, Éditions La Giberne, 2026, 237 p.

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