Journal d'un caféïnomane insomniaque
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Dimanche 5 avril 2020

Auprès de mon arbre, je lisais heureux

Sept cavaliers quittèrent la Ville au crépuscule par la porte de l’Ouest qui n’était plus gardée, avec leur lecteur dans les fontes, loin du confinement imposé. Lire Raspail en ces temps étranges offre une respiration, un changement d’air bienvenu, un goût de liberté apprécié à sa juste valeur. L’époque appelle l’évasion, l’aventure, le voyage. La littérature – et plus généralement, la lecture – le permet et plus que jamais est une hygiène mentale en plus du plaisir qu’elle prodigue généreusement. La quête désespérée (les plus belles quêtes sont désespérées, pour l’Honneur) des cavaliers de Raspail nous entraîne dans une Europe du Nord fantasmée mais Ô combien rafraîchissante et régénératrice. Cela vous revigore l’âme et vous met du baume au coeur.

Pour se réchauffer, un petit périple autour de la mer Noire en compagnie de l’inénarrable Kéraban vous redonnera le sourire. Entre défense du tabac et des fumeurs et piques bien senties sur le mariage (une pensée pour les couples confinés dans un logement exigu et sans extérieur), cette farce vernienne promet bien des aventures et des rires, à cent lieues de la moraline Covidique et des sermons philippiques. Si en plus vous avez la chance de lire Jules Verne (relire 20 000 lieues sous les mers en période de confinement, ou De la Terre à la Lune) dans une belle édition, le plaisir de lecture se double d’un plaisir sensuel. J’ai commencé Kéraban le Têtu hier dans une édition cartonnée Hachette de 1934, illustrée par R.G. Gautier. Le toucher, le grain, l’odeur du livre sont un voyage dans le voyage que ne permettent pas la plupart des éditions récentes.

Confiné ou pas, j’accompagne Chateaubriand tous les matins dans son périple de Paris à Jérusalem. La semaine dernière, nous visitâmes la Grèce, un périple riche en rencontres passionnantes et en paysages sublimes.

Ne pas oublier les corps. L’enfermement relatif dans lequel on nous oblige à végéter ouvre de voluptueuses opportunités et quelques lectures grivoises pimentent délicieusement vos soirées. Relire ou lire les trois tomes d’Ogenki clinic de Haruka INUI offre un panel de jeux érotiques et d’humour potache avec fous rires et excitation garantis ! Si l’infirmière Ruko Tatase exerçait en ce moment, nul doute que le nombre de malades du Covid 19 augmenterait sensiblement, que moult damoiselles et damoiseaux s’empresseraient de se faire soigner à coup de « spéciale Tatase »…

La lecture, plaisir voluptueux, élévation de l’esprit, empêche que ce confinement imposé nous transforme en cons finis, quoique pour certain.e.s (ridicule, l’écriture inclusive, non ?) il soit déjà trop tard. À bientôt.