Journal d'un caféïnomane insomniaque
jeudi juillet 7th 2022

Insider

Archives

Et maintenant, voici venir un long hiver… – Thomas Morales

« Que serais-je devenu sans la présence de ces acteurs, actrices, chanteurs, chanteuses, écrivains et autres artistes des Trente Glorieuses ? Je leur dois tout. Mon inconstance et mes foucades. »

En plaçant son recueil de « nécrologies de papier » sous le double parrainage de Blondin, prince de la chronique arrosée à la hussarde, et de Villon, prince des voleurs et roi des poètes, Thomas Morales emprunte une nouvelle fois ces chemins buissonniers chers à nos cœurs de nostalgiques inconsolables. Comme l’a remarqué notre chroniqueur dans Un Patachon dans la mondialisation (je crois), « ce n’était pas mieux avant ; c’était mieux toujours. » Dès lors, qui mieux que lui pour célébrer comme il se doit les gloires de ces années heureuses qui nous quittent les unes après les autres ?

L’exercice consiste à rédiger une nécrologie en un temps imparti à l’annonce du décès ; cela n’a donc rien à voir avec les mondanités attendues, préparées (parfois des années) à l’avance, surgelées puis réchauffées trente secondes au micro-onde pour se garantir des « vues » au cas où un « grand » passerait l’arme à gauche…

Thomas Morales excelle dans l’art du portrait nostalgique, à la fois hommage à la vie et l’œuvre du disparu, et portrait d’une époque – lequel, par ricochets, en dit long sur la (misérable) nôtre. Sans œillères artistiques ou idéologiques, Morales rend ainsi hommage à des artistes (Belmondo, Varda, Marielle, Legrand, Audran…), des écrivains (Déon, d’Ormesson, osons Dabadie…), des iconoclastes (Tapie, Sylvia Kristel), et à son regretté éditeur Pierre-Guillaume de Roux.

La nostalgie joyeuse – c’est un art de vivre, une politesse – de Morales nous entraîne, le temps de quelques pages à l’honneur d’une idole, au cœur de souvenirs souvent idéalisés, d’une époque heureuse que nous croyons avoir vécue, et qui n’a peut-être (sans doute?) jamais existé… Qu’importe ! Ce n’était pas mieux avant, c’était mieux toujours.

Philippe Rubempré

Thomas Morales, Et maintenant, voici venir un long hiver…, Éditions Hélopoles, avril 2022, 190 p.

Leave a Reply