Journal d'un caféïnomane insomniaque
jeudi décembre 8th 2022

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Défaire le parti des médias – Martial Bild, Philippe Milliau

À l’origine de cet essai percutant et engagé, revendiquant une parfaite honnêteté intellectuelle plutôt qu’une objectivité par définition relative, voire douteuse1, deux militants patriotes2 assumés, Martial Bild et Philippe Milliau. Ces deux personnages sont à l’initiative d’un média hors-les-murs encore jamais pris en défaut par le CSA, devenu ARCOM, TVL (TVLibertés), étant respectivement le directeur général et président de cette web-TV.

Avec Défaire le parti des médias, Bild et Milliau entendent dénoncer, après un rappel historique, la duplicité, les failles, parfois la malhonnêteté, des médias autorisés3, de la presse dite de grand chemin, pour emprunter une expression qui ne m’appartient pas. Extrêmement bien sourcé – chaque fait avancé étant parfaitement documenté et vérifiable –, l’ouvrage livre des médias une image fort peu reluisante, qui explique par bien des aspects la crise – très violente – que connaît la majeure partie de la presse au sens large aujourd’hui. Cet essai n’est en rien complotiste ; il invite simplement à développer un regard critique (que tout adulte responsable devrait avoir). Complotisme et béni-oui-ouisme sont deux facilités opposées, mais deux facilités tout de même, qui économisent la réflexion au profit d’un confort intellectuel paresseux et d’une domestication affligeante. En cela, Défaire le parti des médias s’avère un complément utile aux deux essais majeurs d’Ingrid Riocreux, La langue des médias et Les marchands de nouvelles (L’Artilleur, 2016 ; 2018).

Défaire le parti des médias se veut en outre un ouvrage de « combat pour une presse vraiment libre », ainsi que le claironne le bandeau apposé en couverture. Et de fait, en tirant les leçons de l’expérience et du succès de TVL, Bild et Milliau avancent des propositions concrètes, parmi lesquelles ne se trouve pas le retour de la censure… Étrange, non ? Cette dernière est brandie dans la presse de grand chemin comme une menace qui s’abattrait inéluctablement sur la France si d’aventure l’essetrême drouâte venait à gagner une élection majeure. Or, la censure effectivement constatée aujourd’hui l’est dans des médias proches des Euro-mondialistes4 libéraux libertaires. Cette censure, longtemps sournoise, l’est de moins en moins, au nom de cette idéologie considérée – sincèrement, hélas, pour nombre de leurs esprits formatés – comme étant le Bien à défendre coûte que coûte contre le Mal que représenteraient l’identité, la souveraineté, le repli sur soi, bref le retour des fameuses et pavloviennes Zheures-les-plus-sombres

Parmi les solutions esquissées, la séparation des églises médiatiques et de l’État parait une nécessité. En effet, est-il normal que les impôts des citoyens soient employés à maintenir en soins palliatifs des journaux sans lecteurs ? N’y a-t-il pas des priorités plus essentielles ? Personnellement, payer pour L’Humanité, qui a soutenu les pires tyrans, me gêne profondément5. De plus, quelle indépendance, quelle liberté réelles vis-à-vis de la main qui vous nourrit ? Une presse libre vit de son lectorat, de son auditorat, de son audience, pas de subsides de l’État. Quant à la presse propriété de milliardaires, d’industriels ou toute autre élite économique, elle n’est de facto pas libre. La reprise en main du groupe Canal par Bolloré l’a montré – même si nous devons nous réjouir de l’apport de diversité et de pluralité d’opinions consécutif à ce rachat.

Le problème se retrouve démultiplié sur Internet, où la plupart des plateformes sont privées, américaines ou russes, et défendent avant tout leurs intérêts. Techniquement, la France n’est pas en mesure d’offrir une alternative crédible. Espérons que cela changera, mais nous pouvons légitimement en douter. Les médias indépendants, quel que soit leur bord, sont dans l’obligation de faire avec, y compris TVL, censurée à plusieurs reprises par la plateforme leader du marché, YouTube.

Bild et Milliau versent au débat public avec Défaire le parti des médias un regard critique et un panel de solutions, s’appuyant pour cela sur l’expérience TVL. Il est fort dommage que la presse mainstream ne s’en soit pas emparé – même si cela n’étonne plus. Le silence tue bien plus sûrement qu’une critique incendiaire…

Philippe Rubempré

Martial Bild – Philippe Milliau, Défaire le parti des médias, Coédition Bouledogue Medias & Dualpha, 2022, 219 p.

1Souvenez-vous du Monde d’Edwy Plenel et Jean-Marie Colombani, ou même pensez [à L’Immonde de Navet et Gnôme] au Monde de Davet et Lhomme, qui distille son idéologie libérale-libertaire – respectable en soi – ouverte au wokisme (idéologie totalitaire dans le sens où d’une part elle condamne des personnes pour ce qu’elles sont et non pour ce qu’elles disent ou font ; et d’autre part, car elle prétend réécrire l’histoire, les sciences et créer un homme nouveau) sous couvert d’objectivité, et sans trop de considération pour l’encombrante charte de Munich, code de déontologie des journalistes.

2Donc de la droite nationale, si vous êtes de leurs partisans, ou d’essetrême drouâte, si vous comptez parmi leurs détracteurs. Cette dernière étiquette, infamante, offre l’immense avantage de n’avoir pas à se donner la peine de lire ou d’écouter des arguments jugés a priori ignobles.

3Selon la définition d’Ingrid Riocreux, un média autorisé peut être repris dans une revue de presse télévisée ou radiophonique sur le service public. Ainsi, l’affaire Fabrice Le Quintrec a montré que sur Radio France, il n’était pas possible de citer le quotidien national-catholique Présent trente secondes dans une revue de presse dans laquelle le quotidien communiste L’Humanité avait quant à lui toute sa place… https://www.causeur.fr/le-scandale-france-inter-devrait-etre-un-theme-majeur-de-la-campagne-211872 (entre autres sources multiples et facilement consultables dans la presse et sur la toile).

4J’emploie ce terme polémique par facilité de langage : il a le mérite d’être explicite.

5En revanche, je n’ai aucune objection à l’existence d’une presse dont j’abhorre les idées dès lors qu’elle est financée par son lectorat ou son auditorat.

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