Journal d'un caféïnomane insomniaque
lundi décembre 11th 2017

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Adios – Thomas Morales

adios    En plus d’être un romancier talentueux, qui nous a enchanté avec les Mémoires de Joss B., Thomas Morales est un chroniqueur curieux et boulimique de vie. En témoigne Adios, recueil de chroniques publiées dans différents magazines de Causeur à Automobile légende, et sous-titré Éloge du monde d’avant. Qu’il s’intéresse à la littérature, au cinéma, à la télévision, à la musique ou aux belles mécaniques, Thomas Morales nous régale de sa nostalgie joyeuse et érudite, vivante, tendre, parfois féroce, jamais mortifère. Une nostalgie qui s’apprécie « comme ces vins de Loire qui rendent mélancoliques, c’est-à-dire gai et triste. »

Morales remet à l’honneur une époque, des années 1950 au début des années 1980, où être Français n’était ni une gloriole empreinte de chauvinisme, ni une honte repentante, mais un honneur ; une époque où la légèreté et l’insouciance étaient une forme de politesse et de pudeur face aux difficultés de la vie, étalées aujourd’hui sans vergogne à la télévision et sur les réseaux dits sociaux ; une époque où le « vivre ensemble » allait de soi, le populo croisait le rupin dans des villes d’où il n’avait pas encore été chassé par la gauche mondialisée. Le petit peuple n’avait pas encore été sacrifié sur l’autel de la finance et du Saint-Fric globalisé. Il existait au cinéma chez Lautner, par exemple, ou en littérature, chez Malet, autre exemple, lieux dont il a disparu en tant que sujet au profit des pleurnichards narcissiques ou de caricatures qui feront fortune le jour où la connerie et la vulgarité seront remboursées par les assurances sociales.

C’est avec un grand plaisir qu’on dévore les chroniques de Thomas Morales, se disant qu’il est temps de relire René Fallet et Jacques Perret, regrettant qu’Antoine Blondin ne soit plus de ce monde pour faire (re)vivre un Tour de France transformé en partie de cache-cache entre pharmaciens et brigade des stups. La plume de Thomas Morales est à la fois iconographique et musicale. Comment ne pas entendre la voix cassée de Nino Ferrer à la lecture d’Oh ! Eh ! Hein ! Bon…, hommage sobre et émouvant à ce « Ray Charles rital »… Comment ne pas voir défiler planches et phylactères à l’évocation de Pilote, faisant revivre Goscinny, Mai 1968, la naissance de L’Écho des Savanes et de Métal Hurlant ?

Adios rappelle à notre mémoire des temps où nous étions plus libres, un monde disparu où prendre sa voiture était un acte de liberté, pas un crime contre l’humanitarisme vert. Qui a la nostalgie des belles bagnoles se régalera On the Road à bord de Peugeot 403 ou d’AMC Pacer. C’est la magie et l’art de Thomas Morales, nous faire quitter un instant la grisaille quotidienne pour des temps plus jolis… Même si comme le chantait Brassens, « Il est toujours joli / le temps passé »

Thomas Morales, nostalgique à l’heure de la tabula rasa et fine lame des lettres françaises.

Philippe Rubempré

Thomas Morales, Adios, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2016, 172 pages.