Journal d'un caféïnomane insomniaque
samedi octobre 20th 2018

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Ab hinc… 254

verrewhisky    « Vous défiliez, les poings serrés, levés. J’allais au café. Je vous regardais traîner des pieds sous les banderoles, d’un pas lourd (la théorie n’incite guère au sprint). Des 10/18 amochés dépassait de la poche de vos duffle-coats. Vous aviez lu Marx, Lénine, Marcuse, ces noms qui ne disent plus grand-chose à personne. J’avais autre chose à faire. Je préférais boire à votre santé un whisky tassé, sans glace pour une fois, fidèlement, à l’écossaise. Vous en auriez eu bien besoin. Vous vous y êtes mis, depuis, avec un métro de retard, comme toujours. Pour nous, le whisky était le supplément indispensable, un accessoire de la panoplie, un cadeau qui n’attendait pas Noël. C’était un truc, nous en parlions tout le temps. Le whisky était la pour la couleur, le clin d’oeil. C’était presque de la récitation, un morceau d’anthologie. Chez quel auteur suis-je quand je trempe mes lèvres délicates dans ce verre où tintent les glaçons ? Frank ? Fitzgerald ? Drieu ? Blondin ? On était entre nous, de la bonne compagnie, du personnel choisi, trié sur le volet, d’un commerce exquis, stylé. Ce liquide ambré convenait aux intérieurs l’hiver, aux feux de cheminée, aux rues tranquilles du VIIe arrondissement où il ne se passe jamais rien – le VIIe, c’est le dimanche des arrondissements. » – Eric Neuhoff, Un Triomphe.