Journal d'un caféïnomane insomniaque
vendredi octobre 22nd 2021

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Ce monde est tellement beau – Sébastien Lapaque

« Si quelqu’un marche le jour, il ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde, mais si quelqu’un marche la nuit, il trébuche parce que la lumière n’est pas en lui. »

Jn, 11, 10

Jules Verne, entre autres de ses talents, nous a offert quelques romans initiatiques restés dans les mémoires jeunes et moins jeunes. Ainsi, Deux ans de vacances, robinsonnade sur une colonie d’enfants que le hasard et quelques malveillants ont livrés à eux même sur une île sans doute déserte ; ou son chef d’œuvre, L’Île mystérieuse, où la civilisation renaît du néant sous la férule scientifique et bienveillante du professeur Cyrus Smith. Un positivisme très XIXe siècle…

À sa manière, Sébastien Lapaque nous offre un roman initiatique. Avec Ce monde est tellement beau, Lapaque révèle l’Immonde, une apocalypse au sens premier du terme, et propose un chemin pour en sortir. Son héros, prénommé Lazare, comme le général républicain Lazare Hoche, a la révélation de l’Immonde un dimanche de vacances d’hiver – il exerce le noble métier de professeur d’histoire-géographie. L’Immonde, c’est notre monde ; la « civilisation » occidentale friquée, individualisée, publicitée, réseaux-socialiste et technologisée à tout crin ; pour résumer, la société libérale-libertaire consumériste et inculte, progressiste, en marche vers le néant…

Quitté par sa compagne, Lazare trouve sens et goût à la vie dans la fréquentation de ses amis Walter, lettré, Denis, juif, Saint-Roy, prof de philo, le curé Raguénès, sa voisine Lucie à la présence rassérénante autant qu’éphémère et aléatoire, fréquente Xavier, le frère de Walter, en son domaine du Kèpos dans le Finistère, où il noue des relations vraies avec la nature et les hommes. L’amitié véritable offre à Lazare de centrer sa vie sur l’essentiel et d’en expurger le futile contemporain pour y laisser s’exprimer l’Éternel. La majuscule n’est pas une erreur : il y a chez Lazare un chemin de Foi qui se dessine, chercher en tout la présence de Dieu. Que nous soyons croyant ou non importe peu et ne gène en rien la lecture ; nous avons à faire à un roman, pas un catéchisme. Mais ce beau roman nous rappelle que l’Homme a besoin de Transcendance, d’Espoir. Tout ne se résume pas à ce confort dont Ernst Jünger disait qu’il se paye toujours, rappelant que « la condition d’animal domestique entraîne celle d’animal de boucherie »…

Ce monde est tellement beau est une apocalypse. Comme chez saint Jean, ceux qui savent chercher la beauté du monde dans l’amitié, l’amour, la nature, les croyants ajouteront à raison la Foi, seront sauvés. Lazare n’est pas que le prénom du général républicain Hoche ; c’est aussi le prénom du frère de Marthe, que Jésus ressuscite au chapitre 11 de l’Évangile de Jean…

Sébastien Lapaque signe ici un roman d’initiation et de renaissance, une bouffée d’optimisme sain, d’un optimisme qui marie l’espérance de la Béatitude à la lucidité stoïcienne.

Philippe Rubempré

Sébastien Lapaque, Ce monde est tellement beau, Actes Sud, janvier 2021, 328 p.

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