Journal d'un caféïnomane insomniaque
dimanche août 31st 2025

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L’homme transformé but des révolutions totalitaires – Philippe Pichot-Bravard

Paru à la fin du printemps 2025, cet essai historique et philosophique du professeur Philippe Pichot-Bravard est des plus pertinents et sa lecture s’avère être un atout pour comprendre le « bordel ambiant » (Martin Peltier). Après avoir défini précisément le totalitarisme, le différenciant notamment de la dictature et de la tyrannie (qui ne se confondent pas), l’universitaire en étudie les origines profondes, des utopies millénaristes médiévales à la philosophie matérialiste et scientiste des Lumières modernes en passant par l’expérience proto-totalitaire de la Révolution française (avec en acmé les années 1792-1794, la Terreur, la loi des suspects et la figure de Robespierre – toujours adulée par certain bord de l’échiquier politique).

La seconde partie de cet essai aussi passionnant qu’inquiétant étudie les caractères proprement totalitaires des régimes considérés usuellement comme tels (fascisme italien, communisme, nazisme) en s’attardant plus précisément sur le communisme russe, ses versions asiatiques (Khmers rouges, Chine) et sur le nazisme. Pichot-Bravard en montre les singularités et démontre que ce ne sont pas là de simples tyrannies d’extrême quelque chose. Leur point commun philosophique : vouloir régénérer l’homme, en changer la nature, avec une prétention à la vérité scientifique absolue (que le réel hurle le contraire n’a dans ces régimes aucune forme d’importance).

C’est cependant la conclusion de cet essai qui en rend la lecture si stimulante à la veille de comices électoraux (prochaine élection présidentielle 2027, avec un probable retour aux urnes pour des législatives si censure du gouvernement et nouvelle dissolution) dont on peut prédire sans trop prendre de risques qu’ils vont donner lieu à un festival de bassesses, de mensonges, de fausses promesses, d’insultes et d’ignominies. En effet, l’auteur éclaire le risque totalitaire dans nos « démocraties libérales » en s’appuyant sur les travaux de Tocqueville et en constatant d’étranges similitudes dans l’actualité récente avec des pratiques totalitaires, ainsi le retour de l’eugénisme avec la prétention transhumaniste ou – et je laisse à Philippe Pichot-Bravard le mot de la fin – les atteintes de moins en moins feutrées à la liberté (fondamentale, reconnue par toutes les déclarations de droits et l’ONU) d’exprimer ses opinions :

« Dans nos démocraties occidentales, les opposants ne sont pas, sauf rarissime exception, menacés de perdre la vie ou la liberté. Sont-ils pour autant libres d’exprimer librement leurs pensées, de les imprimer et de les diffuser ? Le cercle des opinions considérées comme (je souligne) légitimes exposent ceux qui en sortent au dénigrement, à des procès en sorcellerie, voire à des persécutions professionnelles, administratives et fiscales. Au nom de la lutte contre les discriminations […], l’expression de certaines idées expose leurs auteurs à des poursuites judiciaires longues, usantes et coûteuses, et à de lourdes amendes. Sous couvert d’ « incitation à la haine », incrimination socialement infâmante, un dispositif répressif de plus en plus consistant menace tous ceux qui se risqueraient à exprimer sur certains sujets […] une parole dissidente, intimidation d’autant plus efficace que des associations généreusement subventionnées sont les chiens de garde de ce dispositif, nouveaux sycophantes auxquels ces actions judiciaires ne coûtent rien puisqu’elles sont financées par l’argent des subventions reçues. »

Philippe Pichot-Bravard, pp. 236-237.

Philippe Rubempré

Philippe Pichot-Bravard, L’Homme transformé but des révolutions totalitaires, Éditions Via Romana, 2025, 252 p.

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