« La démocratie tend à ignorer, voire à nier, les menaces qui la visent, tant elle répugne à prendre les mesures nécessaires pour y répondre. »
Jean-François Revel, Comment les démocraties finissent, Grasset, 1983, cité in F. Azihari, op. cit. p. 236.
L’essayiste Ferghane Azihari, d’origine comorienne musulmane, est libéral et athée. Il se propose d’interroger l’histoire pour comprendre les relations plus que compliquées entre l’Islam et la modernité, entre l’Islam et les autres religions, entre l’Islam et l’Occident, enfin, entre l’Islam et les cultures non-islamiques.

Retraçant au fil de son essai l’histoire de l’Islam de ses origines et son expansion à aujourd’hui, il dresse un réquisitoire implacable et factuel, en puisant aux meilleures sources du monde islamique et d’Occident. Azihari constate la ruine des civilisations conquises par l’Islam, la plus grande violence du monde islamique, l’incapacité du monde islamique à entretenir une curiosité saine et de la considération pour ce qui lui est étranger, ou simplement différent, le statut des femmes, des minorités sexuelles ou religieuses dans ce même monde… et le constat est cruel. Précisons d’emblée aux excités et aux sectateurs de « l’islamophobie » entendue comme « racisme anti-musulman » que jamais, à aucun moment, l’auteur ne confond les musulmans, êtres libres et doués de raison donc parfaitement responsables de leurs actes, quels qu’ils soient, et l’Islam, civilisation holiste englobant à la fois la politique, la religion et les mœurs… Cette précision est essentielle : la partie ne se confond pas avec le tout, sinon chaque être humain sur cette terre est un salaud du simple fait qu’il existe des humains qui sont des salauds.
« Le fait que des traitements injustes infligés aux indigènes aient pu s’appuyer sur la dépréciation des traditions islamiques n’invalide pas la nécessité de critiquer les coutumes contestables, afin que celles-ci s’amendent ou disparaissent. Il n’est pas vrai que les historiens doivent respecter les croyances. Les hommes ont des droits. Pas les idées qu’ils professent.«
Ferghane Azihir, op. cit., p. 323 (Je souligne).
Ferghane Azihari passe ainsi en revue le mythe de l’âge d’or islamique, les damnés de la terre, les conséquences de l’alliance idéologiques entre progressistes et « bons sauvages » chers à Jean-Jacques Rousseau et ses disciples, les archaïsmes et les despotismes, et la guerre contre le monde libre, dont le terrorisme de ces dernières décennies (depuis Khaled Kelkal jusqu’au massacre des opposants par le régime des mollahs iraniens, en passant par Charlie Hebdo, l’Hypercasher de Vincennes ou le Ba-Ta-Clan, liste non-exhaustive hélas) en est la plus sinistre et la plus douloureuse manifestation.
« Ce n’est pas porter atteinte à la liberté que d’empêcher la formation, au sein de la société, d’institutions vouées à la détruire, fondées sur l’abolition de la liberté individuelle et destinées à saper le régime politique dont elles se prévalent pour œuvrer sans relâche à sa ruine. »
Émile Combes, cité in F. Azihari, op. cit., p. 326.
L’essayiste conclut son livre par un épilogue intitulé « Sortir de l’Islam », dans lequel il prône la République laïque et la foi dans la Science comme substitut, si je peux dire, à la religion du prophète. Citant le petit père Combes, âme de la Séparation des Églises et de l’État de 1905, Azihari prône la fermeté pour défendre la liberté, l’égalité et la fraternité républicaines ainsi que la démocratie face à un Islam conquérant et vindicatif qui sait jouer avec le système pour mieux le détourner et avancer ses pions. La République française pratique la politique de l’autruche, quand bien même elle est avertie par Ferhat Abbas, Hassan II ou Recep Tayip Erdogan, ce dernier ne cachant pas ses ambitions de conquérir l’Europe par la natalité.
C’est sans doute, de notre point de vue néophyte, dans la négation, ou du moins, la minimisation du fait et du besoin religieux que le bât blesse. Quatre-vingts années de communisme athée et totalitaire n’ont pas réussi à éradiquer la religion orthodoxe dans les pays d’ex-URSS. Elle est même revenue en Russie plus forte que jamais. Pourquoi ? L’espérance et la transcendance sont constitutives de l’âme humaine, qui inconsciemment sent que l’être humain n’est finalement qu’une bien petite chose fragile sur cette terre. C’est un agnostique qui écrit cela, un catholique mécréant. L’homme a besoin de comprendre. Le matérialisme et la science ne le permettent pas complètement.
C’est pourquoi, et pour en finir sur ce très stimulant essai de Ferghane Azihari, nous soulevons la question suivante, sans prétendre y apporter quelque réponse que ce soit : et si Napoléon avait raison avec le Concordat ? Ou pour formuler cela différemment, et si une religion d’État affirmée laissant le libre culte des autres religions dans la limite du respect de la loi, de l’ordre public et de sa prééminence, était un facteur apaisant, un modus vivendi de paix et de fraternité ?
Philippe Rubempré
Ferghane Azihari, L’Islam contre la modernité, Presses de la Cité, collection La Cité, 2026, 400 p.



