Written by Philippe Rubempré on 30 novembre 2013

L’IMPOSTURE
Coquetterie pseudo-conceptuelle
AVERTISSEMENT
Ceci n’est pas, et ne doit pas être considéré comme tel, un récit autobiographique, mais plutôt comme un objet littéreux non identifié.
A C.A et J.D, avec toute mon affection.
Il y a des jours comme ça où cette sensation est prégnante, une sensation bizarre, comme un réveil de lendemain de cuite à se demander ce qu’on peut bien foutre là. Vraiment c’est ainsi, une drôle de sensation !
21H30. Sale journée, sale temps, sale boulot, un réformateur révolutionnaire prône la guérison des écrouelles à la télé. Comment ? Je vous le donne en mille ! En utilisant les vieilles recettes éculées dont l’échec fut tellement retentissant il y a cinquante ans que les oreilles des morts pour la France qui les ont défendues et mises en place en sifflent encore dans leur tombe. Heureusement, il reste les amis. Craven A. d’abord, toujours accompagnée de Jack D. Etre en bonne compagnie rend la déprime agréable.
Je vous entends d’ici, encore un de ces ados dépressifs, ou un quinqua déclinologue1. Détrompez-vous. Un trentenaire, un travail passionnant, choisi et exercé dans un domaine de compétence et de goût seyant à sa personne comme les braies à nos ancêtres les Gaulois. Bel appart, petit, mais confortable et décoré par lui, noyé sous une tonne de livres que ne peuvent contenir bibliothèques réelles ou gréements de fortune débordant d’enthousiasme littéreux. La belle vie, celle dont il a rêvée, et pourtant.
Spleen baudelairien digne de Schopenhauer qu’aucune de ses longues et kantiennes promenades au parc ou en forêt ne parviennent à guérir. Incertitude propice à la création, terreau de l’art et caractère sine qua non de tout artiste. Car de facto, la différence fondamentale, la différence essentielle entre l’artiste et l’artisan se niche bien dans ce caractère, ou plus précisément dans la manière de qualifier ce caractère. Aussi dirai-je que l’essence même définissant l’artiste est la création nécessaire car vitale, et ce indépendamment de toute autre considération. En revanche en ce qui concerne l’artisan, c’est une nécessité utile, un besoin exprimé et quotidien, non pas journalier absolument, mais de la vie quotidienne, et ce y compris pour l’artisanat dit d’art.
Bref, il y a des jours comme ça…
Il faut bien vivre avec son temps comme ils disent, et être utile à la société, être un bon citoyen, s’intéresser à la politique même en dehors des élections, être poli, travailleur, faire du sport, ne pas boire, ne pas fumer, manger bio, être contre les OGM – en aparté, je serai plutôt contre l’OM, mais c’est une autre question – et puis tiens puisqu’on en parle, aimer le foot et les séries américaines et puis bien d’autres encore.
Etre un mouton de panurge, voilà l’idéal de ce monde unipolaire qu’on nous propose de construire. Tous consommateurs, tous rebelles ! Univers galvaudé peuplé de malandrins dont il ne reste plus rien à tirer, hormis du pognon. Rien d’autre ne compte, c’est le critère de base, le CAC 40 du savoir être. Où est l’imposture ? Qui est l’imposteur ? Qui sont les imposteurs ?
C’est lui l’imposteur, non que dis-je, c’est Moi L’IMPOSTURE !
***
La voici cette sensation étrange. L’imposture. Etre une imposture. Se sentir imposture. Artiste, avoir le rôle de l’imposteur, dramatique parmi les tragiques !
Ne pas appartenir au troupeau. Refuser d’appartenir au troupeau. Alceste dans l’âme. Impossible toutefois pour vivre de se couper de toute vie sociale, ou alors il faut accepter l’idée de mourir dans un monde pour renaître dans un nirvana de meilleur augure. Solitude au milieu de la foule sociétale et populaire, prix inaliénable de cette liberté de l’imposture. Car posez-vous la question, où est réellement l’imposture ?
Imposture rime avec Art et artistes, histoires et Histoire, Littérature et écrivains, acteurs et Théâtre ou Cinéma, Musique et musiciens.
Imposture ne rime pas avec marché et consommateurs, sport et sportifs, communisme et goulags, fascisme et salopards, machiavélisme et crédules (dans nos soupes aseptisées, on se doit de rester poli, c’est une question de déshonneur) ; j’en oublie, mais la liste est infinie.
22H19. Je revendique l’imposture. Toujours cette même journée. Enfin, soirée désormais. Demain, bis repetita, comme hier et comme après demain. La vie est imposture, ma vie est l’imposture. Pas à ma place, et probablement à l’une des meilleures qu’il me soit permis d’occuper dans cette société que j’haime tant. Pas de vie possible avec mes talents et pourtant un travail que j’ai choisi dans un domaine qui me plait, une boite qui me plait, une démarche qui me touche et dont je veux être un acteur essentiel. Je l’accompagne, maladroitement. Mais je ne participe pas de cette démarche. Imposture nouvelle.
Et demain, ou plus tard nouvelle imposture. L’imposture c’est un art, l’imposture c’est l’art, l’art est imposture.
Je suis un imposteur dans cette société dans laquelle je ne me sens pas à ma place ; je suis un imposteur de l’art auquel j’aspire comme Cyrano à aller sur la lune.
Etre ou ne pas être Imposture, to be or not to be l’imposteur… L’imposteur en a marre, l’imposteur se barre. Adieu monde cruel, je te regretterai monde sensuel.
L’imposture est mon honneur. Lendemain de journée de merde, journée dans un bas de soie. Etre imposteur dans notre jolie et gentille petite île aux enfants planétarisée est le seul Honneur majuscule du dernier des Hommes libres. Je suis le dernier de ces Mohicans, ainsi que James Fenimore aimait à qualifier cette race incongrue qui ne foisonne plus2. Prétention éhontée ! Imposture = prétention. Prétention de liberté, aspiration de liberté, urgence de création, nécessaire combustion !
L’imposture c’est la liberté la liberté c’est la vie la vie c’est la liberté L’IMPOSTURE EST LA VIE !
***
Qui ose ? On a osé ! Quel scandale ! Ô mépris, cruauté de notre univers ! « On » m’a traité d’ « imposteur » !
Eh bien, je revendique l’insulte, je ramasse le gant et le porte fièrement à la main droite ! Le cynisme de l’imposture est un étendard, cet étendard est juché en haut de sa hampe que je porte, dressée, la tenant dans ma main, dans ce gant.
L’IMPOSTURE EST MON ORGUEIL
L’imposture sauvera le monde, le Christ l’a fait, tellement bien et surtout si bien conseillé et secondé par ses « fidèles » que tout est à recommencer ! Et la tâche sera ardue, singulièrement ardue. Ce sera autre chose !
Le monde sera libre quand l’imposture et son messie l’imposteur auront chassé tous les plagiats, les pâles copies aseptisées, les cyniques qui ne conservent de la noblesse philosophique qu’un vague patronyme, on ne sait plus bien pourquoi. Mais je m’arrête, la gangrène s’est installée partout et ailleurs encore, l’inventaire est impossible, le recensement inutile. Agissons !
Oui mes biens chers Frères, agissons, de suite, maintenant, sans tarder, avant qu’il ne soit trop tard ! Mais n’est-il déjà pas trop tard ? Qu’avez-vous fait ? Qu’avons-nous fait ? Coupables que nous sommes ! Ô Imposteur suprême, nous implorons ton aide salvatrice ! Nous t’en prions pardonne nous nos offenses comme nous ne pardonnons jamais à ceux qui nous ont offensés, bien trop cupides que nous sommes. Oui Maître pardonne nous, car nous sommes coupables certes, mais nous ne sommes pas responsables. « Ce n’est pas notre faute »3.
En effet, cela ne peut pas être de notre faute ! C’est vérité universelle en notre société aseptisée (où pullulent pourtant tant de maladies nosocomiales) que l’alcool est responsable de l’alcoolisme et le cordelier des suicides par pendaison !
***
Dur dur d’être imposteur ! Plus qu’une hygiène de vie, c’est véritablement un sacerdoce, et son poids a fait crouler bien de solides épaules. Force est de le constater…
La vie n’est qu’une imposture et l’imposteur n’aspire qu’à vivre une réalité « normale », si tant est que ce terme galvaudé et maltraité par tant d’intégristes de tout poil ait encore une quelconque signification à vos yeux ébahis. Rien est réel, tout est normal ; tout est anormal, rien est irréel. C’est la vie, la vie, la vie ! Ce mot a un poids extraordinaire, je plie sous son poids, je suis écrasé sous son poids, et je ne comprends pas son acharnement sans fin. La vie n’est que le malaise de six milliards de trous de balle qui n’aspirent qu’au bien-être, qu’ils appellent prétentieusement bonheur. Ironie ? Cynisme ? Non, je réponds Imposture. LA VIE EST UNE IMPOSTURE !!!
***
Imposteurs de tous les pays unissez-vous !
Chacun du simple fait de vivre est dans le « système ». Certes, d’aucuns sont plus ou moins compromis, mais la vie est impossible en dehors du système sauf à croire en une vie post-mortem dans un monde aussi meilleur que possible.
Une seule solution pour la génération des imposteurs, la révolution de l’imposture ! Créons la ligue de l’imposture contre le système, unis nous seront plus fort.
Pour combattre le système, envoyer vos dons à
Ligue de l’Imposture
Quai Voltaire
Paris
Pour vaincre le système, donnons.
Le bel avenir pour l’imposture, le futur brillant que voilà ! Probabilité ou fantasme ? IMPOSTURE !
IMPOSTURE VAINCRA !!!
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Written by Philippe Rubempré on 09 novembre 2013
Treize contes de Maupassant adaptés en bande-dessinée par douze dessinateurs plus un, Christophe, qui illustre de belles citations en guise de transition. Toute l’intelligence de ces adaptations est d’avoir su conserver la plume de Maupassant sans en être prisonnières. Comme le titre de l’ouvrage le suggère, c’est l’essence érotique de ces contes, issus de plusieurs recueils et/ou publiés dans la presse. Pas de pornographie. Un érotisme léché (je sais, le jeu de mot est facile…), fidèle dans le dessin à ce qu’il est sous la plume de Maupassant. Un érotisme réel ; pas l’étalage de chairs flasques et performantes dont notre pudibonde société de consommation, vulgaire par essence, voudrait nous faire admettre comme étant l’érotisme vrai, le seul et l’unique auquel chacun est tenu de se plier, doit se soumettre. Chez Maupassant, l’érotisme est encore sexué. C’est une lutte à mort entre les deux sexes. Une lutte pour la vie. L’érotisme ne s’étale pas. Il se vit. Il a sa part d’ombres, il sourd entre les lignes et les non-dessinés. Ce qui fait de ces adaptations d’une oeuvre littéraire du dessin littéraire. Revisitant Maupassant, treize peintres dessinent la vie, la mort, l’amour, le sang. La Littérature transcende et re-situe ; j’ai eu l’occasion de l’écrire dans une précédente chronique. La bande-dessinée peut s’élever au rang de Littérature. Ces contes grivois en constituent la brillante démonstration.
Rapport aux dessins, chaque artiste possède sa singularité. Les treize contes sont du point de vue du dessin très différents ; de mon point de vue non qualifié mais Amateur, d’une grande qualité objective. Je laisse chacun les apprécier. Quant au choix des contes, tout a été écrit sur Maupassant, dont je ne suis par ailleurs pas un fin connaisseur (mea culpa), et adapté par les dessinateurs eux-mêmes ou un scénariste, selon. Je ne les commenterai donc pas non plus – n’ayant rien à en dire de plus ou de mieux, la sagesse me recommande le silence. Je clôture ma chronique par la liste des contes et dessinateurs figurant au générique de ces contes grivois.
1. L’inconnue – Scénario et dessins : Marie Avril
2. Les épingles – Scénario et dessins : Yoann Boisonnet
3. La patronne – Scénario et dessins : Kyung-eun Park
4. L’affinité des chairs – Scénario : Delphine Le Lay ; dessins : Alexis Horellou
5. Les caresses – Scénario et dessins : Joël Alessandra
6. Marocca – Scénario et dessins : LuK
7. Le gâteau – Scénario et dessins : Camille Dufayet
8. Une partie de campagne – Scénario : Mickaël ; dessins : Julien Lamanda
9. Soixante neuf – Scénario et dessins : Antoine Ronzon ; couleurs : Karen Laborie
10. Les tombales – Scénario : Delphine Le Lay ; dessins : Alexis Horellou
11. Le remplaçant – Scénario et dessins : Patès
12. La bûche – Scénario et dessins : Loïc Locatelli
13. Mouche – Scénario et dessins : Thomas Ballard