Journal d'un caféïnomane insomniaque
mardi décembre 11th 2018

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Introït

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.

 

Tais-toi quand tu écris ! – Thomas Morales

Les tribulations d’un chroniqueur

    Tout comme le beaujolais nouveau si cher à René Fallet, il est des chroniqueurs dont le cru annuel est attendu ! Thomas Morales est de ceux-là. Tais-toi quand tu écris ! Les tribulations d’un chroniqueur vient agrandir la famille après Adios en 2016 et Un patachon dans la mondialisation en 2017, tous trois publiés chez Pierre-Guillaume de Roux.

Fidèle à ses amours, Thomas Morales a le chic pour partager ses auteurs fétiches comme ses découvertes ; il sait nous emmener en voyage dans ses rutilantes carrosseries, non sans assurer la bande originale avec un goût sûr. Ce prince de la nostalgie joyeuse nous invite aussi au cinéma – pas dans ces complexes froids et déshumanisés perdus au fin fond d’une quelconque zone grise et commerciale, non ; au vrai cinéma, dans une petite rue au centre-ville, velours cramoisi, ouvreuses et tutti quanti… – en compagnie des Mylène Demongeot, Sophia Loren et autres  présences enchanteresses, des Maurice Ronet, Alain Delon ou Belmondo, ces acteurs de légende, d’une facture hélas oubliée aujourd’hui.

Le millésime 2018 embouteille les vendanges 2017. Entre un hommage au sous-estimé Georges Lautner et une critique drolatique du phénomène « Rentrée littéraire », Morales nous surprend et nous convie à une balade sylvestre et gourmande, à la cueillette des champignons. Lire Morales, c’est s’aventurer dans les chemins de traverse à la recherche de pépites qu’on se transmet entre initiés. C’est embarquer dans quelque bagnole de collection, partir là où aucune Anne Hidalgo ne pourra les interdire. C’est aussi découvrir ou redécouvrir des écrivains, chanteurs, acteurs, cinéastes qui nous aident à supporter au quotidien la morosité du temps. Un rayon de soleil dans la grisaille contemporaine, une cuiller de miel pour adoucir l’amère tisane macronienne.

Le Morales nouveau est arrivé, à déguster en bonne compagnie, par exemple avec un saint-amour, ce beaujolais qui n’a pas goût de banane et qui se marie si bien avec une gibelotte (de saison) ou un bon bouquin.

Philippe Rubempré

Thomas Morales, Tais-toi quand tu écris ! , Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2018, 239 pages.

Poèmes luxurieux de la Venise du XVIIIe – Baffo

    Excellente idée de l’Archange Minotaure de publier ces poèmes dédiés par leur auteur « Aux Hommes et aux Femmes de belle humeur« , où l’on ne parle « (…) seulement de choses belles, réjouissantes et bonnes, / De choses déliciosissimes, à savoir : / De Bouches, Tétons Culs, Pines et Moniches« . Chez Baffo, l’érotisme est la politesse du désespoir, de la gourmandise en vers ; Baffo élève l’obscénité au rang de poésie. Cette bacchanale vénitienne offre un carnaval digne de la Cité des Doges, savant coquetèle de drôleries et de mots crus, et pourtant d’une grâce sublime.

Présenté et illustré par Michèle Teysseyre, quatrième de couverture signée Guillaume Apollinaire, un fin connaisseur de la littérature de genre, ce beau livre est à mettre entre les mains averties des amateurs des plaisirs de la route, de la bagatelle et de la langue voluptueuse.

Philippe Rubempré

Baffo, Poèmes luxurieux de la Venise du XVIIIe, présenté et illustré par Michèle Teysseyre, L’Archange Minotaure, Édition limitée, 2008, 77 pages.

Lectures novembre

  • Le livre interdit. Le silence de Joseph Kessel – Georges Walter
  • Comment massacrer efficacement une maison de campagne en dix-huit leçons – Renaud Camus
  • L’idée fixe – Ortensia Visconti
  • La châtelaine du Liban – Pierre Benoît
  • Les marchands de nouvelles. Essai sur les pulsions totalitaires des médias – Ingrid Riocreux
  • Les lauriers du lac de Constance – Marie Chaix

Du sang sur les Bonnets rouges – Hervé le Bévillon

    Le spectacle de la jacquerie en gilets jaunes auquel j’ai assisté le samedi 17 novembre 2018 depuis la terrasse d’une de mes brasseries de prédilection s’est reflété dans ma bibliothèque. Du sang sur les Bonnets rouges me faisait de l’oeil, je devais le lire.

Entamé un soir de manifestation. Achevé au lendemain d’une autre journée de mobilisation dont je fus également spectateur à la fois amusé (un peu de bordel, ça réveille !) et agacé (par le traitement politico-médiatique). Une fois encore, l’incompréhension crasse et le mépris stratosphérique des détenteurs du pouvoir pour les ploucs, « ceux qui ne sont rien », les « illettrés », ceux qui n’ont « qu’à traverser la rue pour trouver du boulot » (dixit le Président), se sont étalés aussi vulgairement qu’une pâte à tartiner de supermarché sur un pain industriel. Sans doute est-il vrai, comme ose l’écrire un journaleux du Monde, que ce ne sont que des « connards »… celui-là a au moins le mérite de la franchise (et ne restera pas assis sur le couvercle quand on mettra les cons à la poubelle). Brisons-là, et revenons à nos Bretons.

Fin 2013, l’inénarrable (et insupportable) Marie-Ségolène en goguette, qu’un mauvais plaisantin a cru bon de nommer ministre de l’Environnement, décide de créer une écotaxe pour les poids-lourds qui déclencha une véritable rébellion en Bretagne, laquelle s’est incarnée dans le mouvement dit des Bonnets rouges. En effet, en raison de sa situation géographique, la région morflait plein pot avec cette énième taxe. Même les vaches à lait peuvent se tarir, et nombre de Bretons se mobilisèrent efficacement contre la taxe Royal, reprenant le symbole historique des Bonnets rouges, souvenir d’une révolte sous Louis XIV.

Au départ du polar d’Hervé le Bévillon, des militants politiques ou culturels bretons sont assassinés. Les crimes montent en puissance, en parallèle de la psychose et de la colère. Le ressentiment contre la France et l’incurie des services de l’État alimentent la révolte qui sourd. Ces éliminations criminelles sont revendiquées par un groupe mystérieux baptisé « Honneur de la France » avec une haine farouche envers les Bretons. Le commissaire Bellec, du SRPJ de Rennes, est chargé de l’enquête avec son équipe bigarrée…

Le lecteur patauge avec les flics pendant une cinquantaine de pages, puis au fil de l’enquête, il devient de plus en plus difficile de « lâcher » le polar. Le Bévillon a particulièrement réussi sa galerie de portraits, d’un réalisme incarné. Le suspense s’intensifie, jusqu’à la fin inattendue. Tous les codes du genre sont réunis sans clichés et  avec brio.

Cette plongée dans les eaux bretonnes offre un panorama intéressant de cette culture fière et singulière, et permet de mieux comprendre à travers son histoire pourquoi, sans que cela se traduise par un votre extrême dans les urnes, les Bretons ont une identité si forte, qu’ils soient autonomistes, indépendantistes, rattachistes ou attachés à la république française. On ne s’étonnera pas que cet excellent polar soit édité par Yoran Embanner.

 

Philippe Rubempré

Hervé le Bévillon, Du sang sur les Bonnets rouges, Éditions Yoran Embanner, 2014, 312 pages.

Lectures octobre

  • Le Fouet à Londres – Hughes Rebel

    Publié chez L’Association

  • Servir – Général d’armée Pierre de Villiers
  • Coney Island Baby – Nine Antico
  • La France interdite – Laurent Obertone
  • Les passagers du vent. Le sang des cerises (Livre I) – François Bourgeon
  • Destin français – Eric Zemmour
  • Le défi migratoire. L’Europe ébranlée – Jean-Baptiste Noé, avec les contribution de Olivier Hanne et Xavier Raufer, préface de Thomas Flichy de la Neuville
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