Vent d’Ange – François Jonquères
« La vie est un cirque et sa ménagerie ne m’a guère ménagé. »

Ce début d’été pourri par la véreuse gestion covidique au moins autant que par la météo accentue le besoin, voire la nécessité, de décrocher, de décaler, de bovaryser, d’anachorétiser… bref, de prendre le large ; et pourquoi pas virer lof pour lof par un bon petit Vent d’Ange… Voilà la dernière invitation de François – Assiscle – Montgomery Jonquères, qui clôt par cette farce policière aux accents vaudevillesques et à l’humeur confidente sa trilogie commencée avec Voix de fées (La Thébaïde, 2018) et Nouvelles de mes nuits (Balland, 2019).
Notre héros s’entiche de Vent d’Ange, avocate de talent qui soudainement disparaît de la circulation… Mobilisant pour ses recherches les privés César Pion et Amédée Paon, Assiscle se retrouve plongé au cœur d’intrigues étonnantes, entre retour au Hameau des Fées et réalité parisienne hidalguisée. De rebondissements en sursauts, au gré des rencontres, la quête se poursuit frénétiquement, pour le meilleur et pour le pire… Assiscle retrouvera-t-il Vent d’Ange ?
C’est un Vent d’Ange rafraîchissant et régénérant que nous offre ici François Jonquères. L’auteur respire à l’unisson de son héros, donnant au fil de ses aventures l’envie de lire, découvrir, explorer, partager les trésors littéraires et cinématographiques aux créateurs desquels il rend hommage à travers ce court roman, avec style, classe et sans flagornerie (ce qui eut rendu la lecture insupportable). Les amateurs reconnaîtront parmi les maîtres salués René Goscinny, prince des jeux de mots et autres calembours.
En attendant la saison des vendanges, voici venu le temps de déguster ce Vent d’Ange, excellent remède contre l’air du temps et joyeux compagnon en attendant que « coule en [nos cœurs] / La chaude liqueur / D’la treille1… »
Philippe Rubempré
François Jonquères, Vent d’Ange, Éditions La Thébaïde, juin 2021, 175 p.
1Vous aurez reconnu, j’en suis sûr, Le Vin, merveilleuse chanson de Brassens.
Ab hinc… 303

« Nous savions tout cela. Et pourtant, paresseusement, lâchement, nous avons laissé faire. Nous avons craint le heurt de la foule, les sarcasmes de nos amis, l’incompréhensif mépris de nos maîtres. Nous n’avons pas osé être, sur la place publique, la voix qui crie, d’abord dans le désert, mais du moins quel que soit le succès final, peut toujours se rendre justice d’avoir crié sa foi. Nous avons préférer nous confiner dans la craintive quiétude de nos ateliers. » – Marc Bloch, L’Étrange Défaite.
Lectures juin
- D’un enfer à l’autre – Mounier
- Uranus – Marcel Aymé
- L’ennemi déclaré – Jean Genet
- Attention Femmes – Alex Varenne
- Ciné Fripon – Collectif
- Les Larmes du Sexe – Alex Varenne
- La Métamorphose de Lucius – Milo Manara
- Transports fripons – Collectif
- Grandeur et décadences de l’Europe – Dominique Venner
- Linda aime l’art. La vie moderne – Philippe Bertrand
- Ziblyne et Bettie – Denis Sire
- Territoire interdit. Sensualité féline – Oxborne & Nébular
- L’Aiguille creuse – Maurice Leblanc
- Ça vous intéresse ? – Dany
- Le Choc de l’Histoire. Religion, mémoire, identité – Dominique Venner
La Dame au cabriolet – Guiou & Morales
« Comme si le monde d’avant s’autorisait une dernière Suze avant de se faire hara-kiri. »

Retour de Thomas Morales au polar et à quatre mains. Après Les Mémoires de Joss B. et Madame est servie, Morales s’associe à Dominique Guiou pour nous embarquer avec La Dame au cabriolet. Ce polar léger, stylé, chapitré en chansons, se déguste avec un doux plaisir nostalgique, en compagnie des chanteurs italiens, des jolies mécaniques et des clins d’œil littéraires et cinématographiques.
Yvonne Vitti, détective privé, se voit confier par le bel Orlando la recherche de son frère, Stéphane Castigliano. L’affaire tourne vinaigre, et de Paris à la Corse, à bord du coupé Saab ou d’une Méhari, les péripéties s’enchaînent, les intrigues se croisent et s’entrecroisent, on se trompe, on se tue, on s’enlève, on se retrouve… La recherche du mystérieux Stéphane n’est pas un long fleuve tranquille !
Guiou et Morales excellent à faire vivre une galerie de personnages truculents et bien campés, hauts en couleurs, à l’image de la journaliste Brigitte Lemercier ; des vraies « gueules », comme dans le cinéma d’Audiard ou les romans de Simonin, mais bien contemporaines. Roman actuel, contexte Covid, La Dame au cabriolet exhale pourtant des fragrances de l’âge d’or du polar à la française, et fleure bon la grande époque des Fleuve Noir (Spécial Police, San Antonio, Espionnage…), de la Série Noire ou du Masque (la collection, pas l’insupportable slip facial).
À la fois léger et profond, racé et en-chanté, on redemande un tour de cabriolet, qui plus est en compagnie de la charmante Yvonne Vitti !
Philippe Rubempré
Dominique Guiou & Thomas Morales, La Dame au cabriolet, Serge Safran Éditeur, à paraître le 2 juillet 2021, 157 p.
Fils de collabos, neveu de résistant – Jean-Pierre Cousteau
« On ne trouvera ici ni plaidoyer, ni rancune, ni procès ; seulement les souvenirs d’un homme dont le nom fut marqué au fer rouge de l’Histoire, et qui a su prendre sa vie à bras le corps pour se faire un prénom. »
Nicolas d’Estienne d’Orves (extrait de la préface).

Jean-Pierre Cousteau est le fils de Pierre-Antoine Cousteau (PAC), journaliste, polémiste, rédacteur en chef de Je Suis Partout, journal collaborationniste pendant les « heures les plus sombres de notre histoire » chères aux cendres de la Mitterrandie (aux côtés de Brasillach, Blond et Rebatet, entre autres), condamné à mort à ce titre, peine commuée en travaux forcés à perpétuité puis gracié en 1953. PAC est le frère aîné de Jacques-Yves, le célèbre commandant Cousteau, quant à lui résistant de la première heure, pourtant d’une fidélité sans faille à son frère. Voilà le contexte dans lequel s’inscrivent les souvenirs de Jean-Pierre Cousteau, fils du collabo PAC et neveu du résistant au célèbre bonnet rouge.
Jean-Pierre Cousteau retrace son parcours avec intelligence et pudeur, racontant son père, cherchant à comprendre, jamais à juger. En raison de la singularité de sa famille, l’auteur et sa sœur Françoise durent s’exiler chez leurs grands-parents en Angleterre, refusés dans toutes les écoles de la République en 1945. Paradoxalement, ce nom de famille a ouvert des portes et provoqué des rencontres riches, diverses, ingrates parfois… Jean-Pierre s’est fait un prénom en choisissant la médecine, devenu cardiologue, médecin de l’équipe de France de tennis puis de Roland-Garros.
L’auteur signe ici un portrait touchant de son père et de son oncle, le tableau d’un demi-siècle également, le deuxième du terrible Vingtième. Ses souvenirs sont suivis de morceaux choisis de la correspondance de PAC lorsqu’il était enfermé, toujours à propos de ses enfants chéris, qui donnent à voir tout le talent littéraire de PAC, toute son humanité aussi.
Enfin, une « Lettre d’un père à son fils » signée PAC et parue dans Rivarol le 17 novembre 1955 conclut l’ouvrage par d’intéressantes considérations sur l’époque et l’éducation qu’il est curieux et stimulant de lire en nos heures décadentes.
Philippe Rubempré
Pierre-Antoine Cousteau, Fils de collabos, neveu de résistant, Préface de Nicolas d’Estienne d’Orves, Via Romana, 2019, 195 p.







