Journal d'un caféïnomane insomniaque
samedi juin 22nd 2024

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Traité du bon usage de vin – François RABELAIS (attribué à)

La dive bouteille de la littérature française ! La substantifique moelle du savoir-vivre, n’en déplaise à toute la clique de diafoirus de dispensaire palliant leur incompétence par des leçons de morale (MM Gérard D. et Philippe B., c’est à vous – entres autres – que je pense, ne vous cachez pas pas derrière les gaz d’échappement de vos 4×4 de luxe) !

« Qui boit de l’eau a toujours quelque chose à cacher et dissimule en lui quelque obscénité« . Tout est dit.

Remercions ici les éditions Allia qui ont su dénicher et faire traduire (par Marianne Carnavaggio) ce texte attribué à Rabelais, retrouvé et connu que par une ancienne traduction en tchèque. La verve pantagruélique du Maître est plus que jamais au rendez-vous et ses conseils toujours fameux !

À vos tastevins, mesdames et damoiseaux, à vos tastevins !!!

La vie, mode d’emploi – Georges PEREC

Avant de mourir, le peintre Serge Valène conçoit son oeuvre ultime, un tableau représentant son immeuble du XVIeme arrondissement de Paris vue en coupe. Voilà le concept romanesque développé par Perec dans cette oeuvre omnisciente.

Perec réinvente les matriochkas adaptées à l’art du roman. Chaque appartement est une poupée gigogne, chaque habitant est une histoire, et tout s’accorde sur ce fameux immeuble de la rue Simon-Crubelier.

Flattant nos plus bas instincts, La vie, mode d’emploi se dévore, arrosant de pages en chapitres le rôti de notre curiosité naturelle – et malsaine. Et l’Histoire, et l’Art, et la Science, et l’Aventure, et j’en passe sont au rendez-vous des vies fantasmées des locataires.

Finalement, La vie, mode d’emploi est plus qu’un concept romanesque, c’est véritablement une étude, un essai sur ce qui fait la vie. Une étude de cas sur un immeuble de la rue Simon-Crubelier et ses habitants, en somme. Tout comme on étudie la faune au sein des parcs zoologiques ou des réserves naturelles (spéciales dédicaces aux connaisseurs des Z.N.I.E.F.F., et oui ça existe !).

Le pire – et le meilleur – reste que ce bouquin génial par la banalité de son sujet est grandiose par son traitement, et le pavé se déguste comme un bon rumsteack.

Promenade d’un rêveur solitaire avec… Laura Desprein

Samedi 12 février 2011 – Les 3 Cochons – Lyon Croix-Rousse

Départ de L. un week end de février 2011. Un week end remarquable par la clémence de la météo, du point de vue du ciel comme des températures. Direction Lyon Part Dieu puis Croix Rousse. RDV est pris avec Laura Desprein, dont les 2 romans Braise et Fleur d’Août sont chroniqués sur Le Librairtaire.

Terrasse des Trois-Cochons, 18h30…

(Réglage des problèmes techniques)

Bonne nouvelle pour Laura, j’ai lu et apprécié ses romans. Brouillon. Première question relative à l’incipit des livres : à chaque fois, parole est donnée à une femme. Curieux de cette coïncidence – nous causons de destins de femmes – j’en fait part à l’auteure qui ne voit là qu’un hasard. « Autant Braise entre directement dans la parole, autant Fleur d’Août est plutôt un portrait. » Si une analyse de l’incipit est à faire, elle se situe là. Laura voit deux expressions féminines très différentes, Fleur d’Août est « comme un tableau. Son regard la dessine. Je (Laura – ndr) pense que Fleur d’Août est un roman beaucoup plus sensuel et sensitif, et entre autres, ça passe par les couleurs, par les formes« .

Le Librairtin que je suis ne peux s’empêcher de relever l’érotisme latent des deux romans, parfois cru dans Braise, tension érotique sous-jacente mais permanente dans Fleur d’Août. Les deux romans sont assez anciens (enfin, tout est relatif, respectivement 1998 & 2005), et Laura de nous apprendre que l’érotisme, la question érotique figurait alors parmi ses préoccupations artistiques et littéraires, et donc personnelles. Elle emploie l’imparfait, et chose intéressante, nous informe que ses deux romans ont été réécrits avant publication. Braise s’intitulait à l’origine Retour à Cendreval, et était deux fois plus long. A la demande de l’éditeur (Arlea – ndr), les scènes d’introspection ont été évincées au profit des scènes d’action et des scènes passionnelles. Le roman est de facto dénaturé, mais l’auteure, au contraire de Raymond Carver, n’en a pas souffert.

« Ca ne m’a pas gênée. En fait, j’avais tenté quelque chose qui m’intéresse, une espèce de réalisme magique, de trouver la jonction entre réel et fantastique en passant par l’introspection. » Modeste, elle doute du résultat. Ce qui explique partiellement que Laura ait accepté de réécrire Braise. Il est vrai que ce travail de réécriture ne se ressent pas ; c’est là, et vous l’aurez compris, le lecteur qui s’exprime.

Le style de Laura Desprein, vu par Laura Desprein, après avoir subi une rafale de questions hétéroclites visant à le qualifier le style : « J’ai l’impression qu’il change à chaque roman, en fait. Pour moi, le style de Braise n’est pas du tout le même que celui de Fleur d’Août par exemple.  » On sent une plume. Il existe une vraie continuité dans le style de Laura Desprein même si il évolue de manière tout à fait sensible et dans l’écriture et dans la forme de l’écriture. « Je crois que le style est induit par le fil du roman. Chez moi le style, le rythme, le choix des mots, sont induits par le personnage central. » Braise, incisive, rapide, passionnée, très jeune, vit un truc très brûlant donc va droit au but quand elle parle. Peu de temps pour s’exprimer ; « on aurait pu se dire qu’elle allait mourir demain« . Urgence induite par le personnage, au contraire de Fleur d’Août, 70 berges au compteur, passées plus ou moins à s’emmerder. Rythme beaucoup plus lent, elle déroule les phrases ; plus  contemplative, les phrases sont plus poétiques, plus métaphoriques, chargées de couleurs, d’odeurs, de formes. Dans Braise, peu de descriptions du monde extérieur. Sexuel mais pas sensuel. Brut.

À la lecture des deux romans, j’ai éprouvé une sensation de vérité, de vécu. Non pas dans l’histoire factuelle telle qu’elle est racontée, mais au travers des sentiments des héroïnes. Parallèlement, il existe une violence morale subie par les deux héroïnes, toujours en lien avec cet érotisme brut ou latent – selon le roman. Enfin, idée de purification, par le feu ou par l’eau. Quel est le lien entre ces trois points? Existe-t-il ce lien?
« Le lien, c’est moi, bien entendu. On ne va pas rentrer dans le détail. Forcément quand on parle, on parle de soi, je veux dire on parle en partant de soi. (…) Le thème commun, c’est l’initiation. C’est l’initiation et la transformation. » Sujet de prédilection pour Laura, que l’on retrouve au coeur de plusieurs de ses pièces de théâtre. L’initiation et la recherche du mystère. Attention, scoop : il n’est pas impossible que Laura vienne de nous dévoiler là un des thèmes de son troisième roman à paraître (Sud magnétique parution mai 2011, ndr). « La violence morale, c’est qu’elles se trouvent confrontées à des situations qui les obligent à changer« . Et qui les mettent en conflit avec elles-mêmes.

Quant aux citations en exergue, « je pense que le désir c’est quelque chose qui nous dépasse, et aussi l’oppression est quelque chose qui nous dépasse. Le désir combat l’oppression, on va dire. C’est le désir qui permet de sortir de l’oppression. »

Question Denise Glaser : Laura Desprein, qui êtes-vous ?
« Quelle question idiote !  » (rires) La question rappelle à Laura le portrait chinois. La discussion digresse sur le questionnaire de Proust (cf Librairtaire de Proust).
« Je suis sûre qu’après quelques verres, je pourrais y répondre un peu mieux . On va faire très factuel. On va dire que je suis comédienne et chanteuse, metteur en scène. Depuis peu j’ai une petite fille et ça a changé beaucoup de choses. Ces romans, je les ai écrits avant d’avoir une petite fille. Donc maintenant je suis euh… En fait cette question elle n’a pas de réponse pour moi… Elle n’a pas de réponse parce que je suis quelqu’un qui évolue sans cesse. » Et c’est ce qui transpire dans les livres de Laura, la métamorphose des personnages, de ces héroïnes que le lecteur accompagne dans leur évolution personnelle.

« Avec toutes les casquettes que je porte, je suis un peu, pas protéiforme, mais… je cherche le mot… gourmande. Ça c’est certain. Curieuse. mais surtout, je crois que je ne m’attache à rien en fait. À tout et à rien. Je suis quelqu’un d’éclectique. Je ne suis pas une théoricienne ; je pratique les choses. Et je dois les vivre pour les comprendre. Et je dois aussi écrire pour comprendre.« 

Merci à Laura d’avoir accepté d’essuyer les plâtres de la première promenade du rêveur solitaire aussi un peu librairtaire…

JULES VERNE, de la science à l’imaginaire – Sous la direction de Philippe de la Cotardière

La vie et l’oeuvre de Jules Verne à la lumière du progrès de la connaissance. Connaissance scientifique, connaissance géographique. L’auteur des Voyages extraordinaires ne s’est jamais réellement prêté à la science-fiction, bien qu’il en soit considéré comme le père. Au fait des découvertes scientifiques d’un dix-neuvième siècle positiviste et scientiste, il a imaginé les progrès et inventions qui en découleraient pour l’intérêt général et le bien de l’Humanité.

Jules Verne n’est pas, comme on le caricature trop souvent, un auteur pour la jeunesse. Il est un auteur humaniste qui laisse une oeuvre plus profonde qu’elle n’y parait au premier abord. Un auteur au coeur du siècle qui fait basculer le monde dans sa modernité – cette modernité qu’il va quitter pour une « post-modernité » rendue nécessaire par l’accroissement démographique, les « progrès » des télécommunications et l’inévitable révolution énergétique.

L’ouvrage préfacé par Michel Serres, écrit à trois mains par de fins connaisseurs de Jules Verne et de leur spécialité, se lit comme un roman. Il est riche, agréable, instructif et magnifiquement illustré.

Pour tout lecteur de 7 à 77 ans, une redécouverte d’un auteur capital et sous-estimé, qui a fait rêver des générations et qui continuera pour les siècles les siècles, Inch’ Allah !

Eau-de-feu – François Nourrissier

Récit d’un compagnonnage alcoolique. Dans un texte court, à la plume acérée, Nourrissier raconte avec humour – et humeur – les années de vie commune avec son épouse alcoolique ; le quotidien, les relations extérieures mais aussi ses lâchetés et ses états d’âme. À lui, François Nourrissier, lui qui a initié son épouse à l’alcool et aux douceurs éthyliques. Lui qui ayant goûté l’ivresse aujourd’hui ne boit plus.

Nourrissier frappe vite et fort. Le texte est d’autant plus poignant qu’il est drôle dans l’écriture du tragique. Une fois n’est pas coutume, je vais me livrer à une confession : je n’ai pas arrêté de boire après la lecture de ce récit.

Je cède ma plume (oui, je ne suis toujours pas passé au stylo à bille) à Mélanie Müller pour conclure : « C’est lorsque l’ivresse n’est plus partagée qu’on devient alcoolique« .

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