Journal d'un caféïnomane insomniaque
jeudi avril 26th 2018

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Les seigneurs de la faune canadienne – Roger Frison-Roche

J’ai acheté Les seigneurs de la faune canadienne, ce bel ouvrage richement illustré de photographies sauvages, au mètre, alors que la bibliothèque municipale de Cordicopolis le destinait au pilon. Je l’ai acheté sur la seule foi de son auteur, Roger Frison-Roche, l’auteur de Premier de cordée, qui rappellera sans doute des souvenirs d’école à certains d’entre vous. J’éprouve une certaine admiration pour Frison-Roche et son oeuvre (Premier de cordée étant à ce titre une exception, celui là je ne peux pas), à la fois pour son oeuvre romanesque, souvent en plein désert ou à la montagne, mais aussi ses oeuvres plus personnelles comme les Carnets sahariens, ou scientifiques, comme celles autour du Grand Nord. C’est dans cette dernière catégorie que se situe a priori l’ouvrage chroniqué ici. Mais rien est aussi simple, et avec Frison-Roche les catégories s’embrassent.

Le titre du livre annonce le contenu. Après une présentation géographique du Canada, Frison-Roche brosse le portrait de ces seigneurs : bison, loup, orignal, wapiti, mouflon, ours & grizzly, oie blanche et boeuf musqué. Le tout est superbement illustré par des photographies magnifiques. Cependant, si l’ouvrage se résumait à cela, il serait bon pour être feuilleté en salle d’attente ; c’est toujours mieux que les torche-culs qu’on y trouve communément.

Frison-Roche est un Aventurier, un vrai, un explorateur de la vie, des hommes et de leur environnement. Tout son texte est fondé sur ses expériences du Grand Nord canadien, plusieurs expéditions en compagnie notamment de Pierre Tairraz. Non seulement le livre répond aux attentes fixées dans son titre, vulgarisation scientifique, géographique, éthologique autour des grands animaux, leur environnement, leur comportement, leur histoire, les dangers qui les menacent et leur préservation, mais c’est surtout un vécu riche de rencontres. Rencontres humaines avec les Québécois, les Indiens ; rencontres avec les animaux, mystérieuses, poétiques, sauvages, violentes parfois ; rencontres avec les histoires du pays, les légendaires comme les réelles.

Un témoignage d’Humanité et d’Aventure. Une oeuvre qui n’oublie pas que l’Homme, s’il est omnivore et doué de raison, n’en reste pas moins un maillon de la chaîne, dépendant à ce titre de son environnement. Pourtant, nulle leçon d’écologie ou de morale ici. Nous ne sommes pas dans le spectacle mesquin des pseudo-écolos-bobos d’Europe Écologie les Verts qui ne sont jamais sortis de leur centre-ville. La nature parle d’elle-même, et Frison-Roche se fait son porte-parole le plus fidèle et le plus respectueux, en mettant l’humain face à ses contradictions. À l’exemple de ces touristes qui veulent le beurre et l’argent du beurre : donner à manger aux ours et que les autorités tuent les mêmes ours si ceux-ci revenaient pour se nourrir dans leur campement. Bossuet disait que « Dieu se rit des créatures qui déplorent les effets dont elles chérissent les causes« . On ne saurait mieux dire…

En conclusion, Frison-Roche signe là un livre riche de la qualité exceptionnelle de son contenu, de sa littérature, de ses photographies. Un ouvrage dont la lecture, je crois, ne vous laissera pas tranquille et devrait vous interroger. Du moins je l’espère…