Journal d'un caféïnomane insomniaque
dimanche juillet 22nd 2018

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Le Lion des Flandres – Hendrik Conscience

La bataille des Éperons d’Or

    Hendrik (Henri) Conscience , né de père Français et de mère Flamande, a clairement choisi son camp. D’expression néerlandaise, il oeuvre à la gloire de la Flandre et de son lion de sable sur champ d’or. Le Lion des Flandres, son premier roman, retrace la bataille des Éperons d’Or du 11 juillet 1302, laquelle vit la victoire des commerçants flamands sur la plus puissante armée de l’époque, celle du roi de France, Philippe IV le Bel. Cette mémorable boucherie est restée gravée en lettres de sang dans les coeurs français sous le nom de bataille de Courtrai. La fine fleur de la chevalerie française s’y embourba et fut achevée à coup de goedendag, cette arme si mal baptisée (goedendag signifie bonjour en flamand ; il s’agit d’une sorte de solide bâton dont on se sert comme d’une massue).

Il y a du Dumas (père) et du Scott (Walter) chez Conscience, sa narration colorée, enlevée et foisonnante, le choix de son sujet. Plus surprenant sans doute, des notes de Jules Verne se font sentir (à moins que ce ne soit Conscience qui ait influencé Jules Verne ?), le Verne de Famille Sans Nom, son unique roman historique dépeignant la lutte des Français du Canada contre le colon à tunique rouge. Car s’est bien de célébrer la nation flamande dont il est question dans ce roman ; la bataille de Courtrai n’est qu’un prétexte. Et ce n’est sans doute pas un hasard si l’ouvrage est réédité par Yorann Embanner… À charge contre les Français, non sans reconnaître chez cet ennemi quelques exceptions confirmant la règle… part de génie français, sans doute (et à n’en pas douter, il est plus glorieux de vaincre un ennemi fort, puissant et courageux. Comme l’écrivait l’autre, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire…).

Hendrik Conscience est un romancier du XIXe siècle, très populaire en Flandres. Son Lion des Flandres s’inscrit à la fois dans cette veine des grands romans populaires à prétexte (et/ou prétention) historique et dans une relecture de l’histoire célébrant le droit des peuples à disposer d’eux-même hérités d’un certain Romantisme.

La vie politique récente du Royaume de Belgique, cette vue de l’esprit, selon Jacques Brel, lucide, rend à ce roman toute sa force en lui redonnant toute son actualité. Passer les siècles, n’est-ce pas là un signe caractéristique de Littérature ?

Philippe Rubempré

Hendrik Conscience, Le Lion des Flandres. La Bataille des Éperons d’Or, préface de Jan Deloof, Yoran Embanner, 2007, 630 pages.

 

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