Journal d'un caféïnomane insomniaque
mercredi novembre 21st 2018

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La chasse aux hommes – Paul Vialar

    S’ouvrant sur une chasse à courre tragique, s’achevant à la curée, La chasse aux hommes est une métaphore cynégétique de 940 pages des tréfonds de l’âme humaine. Non, l’homme ne naît pas bon, et il corrompt la société au moins autant qu’elle ne le corrompt.

Le comte Patrice de Viborne, grand chasseur à courre devant l’éternel, propriétaire d’un domaine en Sologne, décide de mettre fin à ses jours, en informe son épouse Angèle, et en communique les raisons ainsi que ses souhaits quant au devenir de sa femme. Suicide cynégétique, il va sans dire, qui nous plonge dans le destin de la famille de Viborne et de son entourage, du député Gardas au financier froid et méthodique Melhen, d’Enguerrand, fils ainé d’un premier lit sacrifié à la condition ouvrière à Angélique, la cadette qui hésite à entrer dans les ordres et au benjamin si sensible, Lambert. Leurs destins croisés sont explorés au fil des dix parties du roman, se tricotant et se détricotant en offrant un panorama des relations humaines dont Paul Vialar a le secret. Un canevas coloré de camaïeux, où rien n’est ce qu’il parait et tout, y compris les actes les plus froids, les plus calculés, les plus violents, tout se révèle dans la nuance.

Cette saga française s’achève aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, au coeur de la reconstruction et des luttes politiques issues de la Résistance. La galerie de caractères, particulièrement soignée et éloquente, n’est pas sans nous rappeler leurs avatars contemporains, soulignant la permanence et l’immanence de la condition humaine par delà le temps. Plongez avec Vialar dans cette chasse aux hommes, gibier ou chasseur au gré des situations, vous ne regretterez pas le voyage. Mutatis mutandis, il y a une ambition balzacienne dans ce roman réussi à la plume honnête et agile.

Philippe Rubempré

Paul Vialar, La chasse aux hommes, (Édition René Julliard, 1962),Éditions du Club France Loisirs, 1975, 941 pages.

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