Journal d'un caféïnomane insomniaque
jeudi août 22nd 2019

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Tais-toi quand tu écris ! – Thomas Morales

Les tribulations d’un chroniqueur

    Tout comme le beaujolais nouveau si cher à René Fallet, il est des chroniqueurs dont le cru annuel est attendu ! Thomas Morales est de ceux-là. Tais-toi quand tu écris ! Les tribulations d’un chroniqueur vient agrandir la famille après Adios en 2016 et Un patachon dans la mondialisation en 2017, tous trois publiés chez Pierre-Guillaume de Roux.

Fidèle à ses amours, Thomas Morales a le chic pour partager ses auteurs fétiches comme ses découvertes ; il sait nous emmener en voyage dans ses rutilantes carrosseries, non sans assurer la bande originale avec un goût sûr. Ce prince de la nostalgie joyeuse nous invite aussi au cinéma – pas dans ces complexes froids et déshumanisés perdus au fin fond d’une quelconque zone grise et commerciale, non ; au vrai cinéma, dans une petite rue au centre-ville, velours cramoisi, ouvreuses et tutti quanti… – en compagnie des Mylène Demongeot, Sophia Loren et autres  présences enchanteresses, des Maurice Ronet, Alain Delon ou Belmondo, ces acteurs de légende, d’une facture hélas oubliée aujourd’hui.

Le millésime 2018 embouteille les vendanges 2017. Entre un hommage au sous-estimé Georges Lautner et une critique drolatique du phénomène « Rentrée littéraire », Morales nous surprend et nous convie à une balade sylvestre et gourmande, à la cueillette des champignons. Lire Morales, c’est s’aventurer dans les chemins de traverse à la recherche de pépites qu’on se transmet entre initiés. C’est embarquer dans quelque bagnole de collection, partir là où aucune Anne Hidalgo ne pourra les interdire. C’est aussi découvrir ou redécouvrir des écrivains, chanteurs, acteurs, cinéastes qui nous aident à supporter au quotidien la morosité du temps. Un rayon de soleil dans la grisaille contemporaine, une cuiller de miel pour adoucir l’amère tisane macronienne.

Le Morales nouveau est arrivé, à déguster en bonne compagnie, par exemple avec un saint-amour, ce beaujolais qui n’a pas goût de banane et qui se marie si bien avec une gibelotte (de saison) ou un bon bouquin.

Philippe Rubempré

Thomas Morales, Tais-toi quand tu écris ! , Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2018, 239 pages.

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