Journal d'un caféïnomane insomniaque
lundi décembre 11th 2017

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Un patachon dans la mondialisation – Thomas Morales

    Le vingtième siècle eut Vialatte ; le vingt-et-unième, entre autres et dans des styles très différents, a Muray et Oberlé, auquel il faut désormais ajouter Thomas Morales. Leur point commun : l’art de la chronique. Saluons ici la sortie (courant septembre) du dernier né de Thomas Morales, Un patachon dans la mondialisation.

Composées dans la veine de leurs grandes soeurs d’Adios, ces chroniques empreintes de nostalgie vivante et joyeuse réchauffent nos ventres creux à force de marcher vers le néant globalisé. Morales n’écrit pas pour (ni sur) les baudruches contemporaines, vides, sans histoire, sans mémoire (si ce n’est celle de leur ordinateur ou de leur téléphone prétendument intelligent), sans racines, sans goût, sans culture, bref, sans humanité. Ces êtres de vitesse absconse et de communication creuse (pléonasme), ces valets du Saint-Fric en marche sont essentiellement incapables de goûter la plume douce amère de ce mousquetaire de la chronique, cette plume qui nous met du baume au coeur comme le whisky du dimanche soir. Les chroniques de Morales nous rappellent à chaque ligne, au détour d’un film de Belmondo ou d’une Partie de chasse en Sologne qu’il est bon de vivre et que la vie ne se résume pas aux tribulations de l’ersatz consommateur eco-citoyen à la mord-moi le calibistri qu’on voudrait nous imposer.

Qu’il est agréable de se replonger chez le Caporal épinglé Jacques Perret et dans son adaptation cinématographique par Renoir, d’avoir les yeux qui brillent à l’évocation d’une actrice de légende, ou de s’enflammer pour les voitures d’une époque où l’automobile rimait avec art de vivre. Qu’il admire ou qu’il griffe, Thomas Morales tire droit au but et sonne juste. Lisez, relisez et faites lire sa Lettre à un jeune écrivain. Surtout en ces temps de rentrée littéraire et de surdose d’imprimés. Elle est d’une drôlerie et d’une profondeur à méditer ! Cela ne fait pas de doute, au coeur de cette mondialisation où le vide le dispute à la sauvagerie, Thomas Morales est un patachon de choix et partage ses passions avec plume et humour. Vivent les patachons !

 

Philippe Rubempré

Thomas Morales, Un patachon dans la mondialisation, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2017, 190 pages.

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