Journal d'un caféïnomane insomniaque
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Samedi 16 mai 2020

« Quand un peuple n’a plus de moeurs, il fait des lois. » – Tacite

Ainsi, cette semaine le gouvernement a franchi une nouvelle étape dans la destruction de la liberté. Désormais, la haine, qui est rappelons-le, un sentiment tout aussi naturel que l’amour, peut être censurée sur internet… Sans que ce que recouvre le mot « haine » ne soit précisément défini ; l’acception proposée par la loi est suffisamment floue pour faire taire toute critique un peu virulente, fût-elle légitime et constructive. C’est la loi dite Avia, du nom de la députée LREM qui l’a portée (Mme Avia étant plus réputée pour avoir mordu un chauffeur de taxi alors qu’elle siégeait déjà au Parlement que pour son action politique, et, nous apprend Médiapart, jamais avare de boules puantes quand il s’agit de tirer contre son camp, pour être un tyran avec ses collaborateurs). Cette nouvelle loi liberticide contestée par tous (des LGBT aux avocats en passant par la cour européenne et les oppositions politiques…) sauf LAREM (environ 24% des suffrages exprimés, soit une minorité non représentative du peuple français), votée en quasi catimini – très peu de grands médias y ont consacrée plus qu’une simple dépêche AFP – est une grippe aviaire (un jeu de mots est-il un propos haineux Madame la députée ?) bien plus dangereuse que la Covid-19. Quand un État se met à sonder les reins et les coeurs pour mieux les contrôler et les réguler, cela confine au totalitarisme. La libre expression des sentiments, y compris la haine, est un droit fondamental de l’être humain, a fortiori dans un pays qui se vante d’être une grande démocratie et se targue d’être LE pays des droits de l’homme ! On ne rappellera jamais assez la définition proposée par George Orwell de la liberté : « Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre ». Je distingue bien entendu l’expression de la haine, qui est un sentiment qu’il est légitime d’exprimer, de l’appel à la violence, qui est un acte violent en soi, aux conséquences potentiellement nuisibles au bien commun.

Dans mes relectures de confinement, et désormais de déconfinement, je viens de terminer La France Big Brother, essai controversé de l’essayiste et romancier Laurent Obertone. Si le ton comminatoire et inquisitorial de l’essai est déplaisant au plus haut point, et si la référence à la biologie (comparaison avec le monde animal, références multiples à Darwin, Lorentz ou Carrel) devient urticante à la longue, il n’en reste pas moins qu’Obertone met le doigt où ça fait mal, et qu’il est difficile de le nier à moins d’être d’une mauvaise foi acharnée. Cet essai bâti autour du roman dystopique d’Orwell sur les totalitarismes, 1984, met en lumière certains points de comparaison entre notre société socialiste libérale libertaire à prétention multiculti (ce n’est contradictoire qu’en apparence) et l’Oceania orwellienne sous la coupe de l’Angsoc. Pour rester sur la liberté, qui reste mon sujet, l’unanimisme des médias grand public et des principaux partis politiques, d’accord sur tout sauf sur la couleur de la façade, relève d’une sorte de totalitarisme mou, liquide. La France est devenue la République des Tartufes, où selon que vous serez puissants ou misérables, le châtiment sera exemplaire ou ne sera pas. Sauf que les rôles sont inversés. On gaze les poussettes pendant les Manifs pour Tous, on éborgne les Gilets jaunes, mais on laisse les trafics et l’islamisation radicale gangrener les territoires perdus de la République. On affirme haut et fort que la France est une démocratie et que l’expression est libre, mais on vote des lois mémorielles (parfois qui amputent et condamnent la vérité historique, comme la Loi Taubira sur l’esclavage), et on vote la loi Avia. Qu’un éditorialiste aussi actif et présent que Christophe Barbier, cité par Obertone, puisse affirmer (il était alors directeur de L’Express, grand titre s’il en fut ; Servan-Schreiber et Françoise Giroud doivent se retourner dans leur tombe en voyant ce qu’il est devenu) que « ça se régule, aussi, internet. Entre nous, les Chinois y arrivent bien. Si les dictatures y arrivent, il faut que les démocraties fassent l’effort. » (je souligne) sans faire réagir personne ou presque en dit long sur l’état de ce qui fut notre démocratie…

Ne nous leurrons pas, la loi Avia n’a pas pour objectif de réprimer la haine des chrétiens ou du mâle blanc hétérosexuel. Son objectif est d’asseoir la société multiculturelle anglo-saxonne en France, de l’imposer au peuple de gré ou de force, quitte à empêcher ce peuple de se réclamer de son histoire, de sa langue, de sa géographie, de son identité, en en faisant un peuple de beaufs racistes, misogynes et homophobes. « Une démocratie dans laquelle le peuple n’a plus le droit de discuter de son identité est une démocratie sans peuple, donc une coquille vide » (Malika Sorel-Sutter). La société multiculturelle est par nature multi-conflictuelle. Il suffit d’examiner les sociétés d’essence multiculturelle, comme les États-Unis ou le Brésil, pour le constater. Les communautés se regardent en chiens de faïence, et de temps à autres, la marmite explose. Le multiculturalisme n’est que concurrence victimaire, course à toujours plus de droits pour ma communauté, volonté d’imposer ses codes, bref, c’est une guerre civile larvée. Or, la France n’est pas multiculturelle. Du fait de son histoire, elle est devenue multiethnique, ce qui ne pose pas de problème quand chacun s’intègre au creuset national. Mais celui-ci n’existe plus. Encéphalogramme plat. État de mort cérébrale. Les frontières sont criminalisées, l’amour de sa patrie (la terre de ses pères) se transforme en nationalisme identitaire à prétention tyrannique. C’est pourtant bien l’État-nation qui est le cadre idéal de la démocratie. L’Union européenne (UE) est une technocratie, la seule entité au monde à être suffisamment masochiste ou stupide pour appliquer la concurrence libre et soit-disant non faussée quand le reste du monde adopte des mesures protectionnistes (à commencer par la Chine et les États-Unis). D’ailleurs, un des pères de Maastricht, le sinistre Jacques Delors (géniteur de Martine Aubry et mentor de François Hollande, tu parles d’un palmarès !) parle de l’UE en ces termes (cités par Philippe de Villiers) : « cette construction d’allure technocratique fonctionne sous l’égide d’une sorte de despotisme doux et éclairé ». Franchise ou cynisme ?

Pour en revenir à la loi Avia, le gouvernement ajoute la lâcheté et la trahison à l’ignominie en confiant aux GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft, auxquels il faut ajouter Twitter, Instagram, Snapchat…) le soin de censurer les déviants sans contrôle de la justice. Les données seront conservées un an au cas où il y aurait enquête judiciaire, après. La démocratie est en piteux état, voilà que l’état de droit la rejoint. La France n’est plus qu’une décramotie et un état de travers. Afin de prendre conscience de ce qui se passe actuellement dans l’indifférence quasi-généralisée, il est bon de relire quelques ouvrages sur la liberté, ceux que j’ai cité dans mes chroniques précédentes et que je ne vais pas encore une fois citer, mais aussi Décomposition française, de Malika Sorel-Sutter ; La France aveuglée par le socialisme de Philippe Nemo, et tout particulièrement La régression intellectuelle de la France ; La domestication de l’humain d’Alain Cotta, nettement plus pertinent que les chapitres d’Obertone consacrés à ce sujet ; Théorie de la dictature, de Michel Onfray ; les ouvrages d’André Perrin, Scènes de la vie intellectuelle en France et Journal d’un indigné, magnitude 7 sur l’échelle de Hessel ; les essais de Philippe Muray, notamment L’Empire du Bien et les Exorcismes spirituels sont toujours d’une actualité criante et tournent en dérision cette nouvelle France avec un humour féroce et ravageur. « L’empire du Bien triomphe, il est urgent de le saboter » (Philippe Muray). Castigat ridendo mores.

Certains trouveront que j’exagère. Peut-être. Cependant une démocratie qui s’assoit sur le vote de ses citoyens (référendum de 2005), et dans laquelle le principal parti ne représente qu’à peine le quart des suffrages exprimés n’est plus une démocratie. Le premier parti de France, c’est la coalition des abstentionnistes, des votes blancs et des votes nuls, qui sont absolument hétérogènes, mais qui ne se reconnaissent dans aucune des offres politiques mièvres qu’on leur présente. Tout comme l’école, le politique s’est effondré, et ce n’est pas une bonne nouvelle.

Comme le disait un vieux dégueulasse, « il ne reste que trois solutions, se saouler, se flinguer ou en rire ». J’ajoute en rire tout le temps, se saouler de temps en temps, se flinguer quand les deux premiers ne sont plus possibles. À bientôt.

Ouvrages cités ou évoqués :

1984, George Orwell, Folio, Traduction Amélie Audiberti.

La France Big Brother, Laurent Obertone, RING, 2014.

Les Territoires perdus de la République, sous la direction d’Emmanuel Brenner, postface de Georges Bensoussan, nouvelle édition actualisée, Fayard-Pluriel, 2015.

Décomposition française. Comment en est-on arrivé là ?, Malika Sorel-Sutter, Fayard, 2015.

Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, Philippe de Villiers, Albin Michel, 2015.

La France aveuglée par le socialisme, Philippe Nemo, Texquis, 2014.

La domestication de l’humain, Alain Cotta, Fayard, 2015.

Théorie de la dictature, Michel Onfray, Robert Laffont, 2019.

Scènes de la vie intellectuelle en France, André Perrin, L’Artilleur, 2016.

Journal d’un indigné, magnitude 7 sur l’échelle de Hessel, André Perrin, L’Artilleur, 2019.

Essais, Philippe Muray, Les Belles Lettres, 2010.

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