Journal d'un caféïnomane insomniaque
mercredi mars 25th 2026

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Lectures septembre

  1. Fantasia chez les ploucs – Charles Williams
  2. Histoire de la littérature française au XXème Siècle. Tome 1- De la Belle-Époque aux Années folles – sous la direction de Jean Dumont
  3. Autrement et encore – Sébastien Lapaque
  4. L’annonce faite à Marie (pour la scène) – Paul Claudel
  5. Starfuckeuse – Hélène Bruller
  6. L’ineffaçable trahison – Jean-François Kahn
  7. Le Bloc – Jérôme Leroy
  8. Oedipe roi – Sophocle
  9. En finir avec les idées fausses sur les professionnels du spectacle – Vincent Edin
  10. Ex Libris Eroticis 2 – Massimo Rotundo

Les Mémoires de Joss B. – Thomas Morales

Chronique à retrouver sur le Salon Littéraire.

mémoires joss b    Vrai faux roman noir relatant les affaires les plus fameuses de Joss Beaumont, ex-journaliste devenu privé, Les Mémoires de Joss B. sont surtout le roman de la nostalgie. Ce Philip Marlowe parisien croise une galerie de personnages truculents que l’on imagine volontiers interprétés par les acteurs fétiches des films de Michel Audiard.

Joss B., la cinquantaine flasque, amateur de voitures américaines et de variété française à l’heure de l’écologisme et de la soit-disant musique dite « techno » ou « électro », enquête plus ou moins à contre-coeur sur les cas sélectionnés par son assistante, la belle Samira. Avec l’aide du journaliste Merlin, tout un poème, et du commissaire Tabourin, devenu selon ses propres termes auxiliaire de médias plus qu’auxiliaire de justice, Beaumont est amené à fouiner sur les morts d’un industriel du béton mexicain et d’un représentant d’une firme automobile chinoise, tous deux amateurs de chair fraiche payable en monnaie sonnante et trébuchante. Affaires sans doutes liées… Puis, il s’intéresse aux décès de plusieurs journalistes n’ayant pas retenus l’attention de la maréchaussée et l’affectant personnellement. En bon privé dans la tradition du genre, ses enquêtes culbutent une vie sentimentale complexe.

Joss B. parait s’être trompé d’époque. Véritable anachronisme du début du XXIe Siècle, sa mentalité et ses goût le situent plutôt dans les années 1960-1970. Nostalgique à l’heure de la tabula rasa. Thomas Morales prouve avec ce roman son talent. Il a l’art de saisir l’âme du temps et celle de son lecteur ; il incarne la nostalgie d’une époque, d’un cinéma, d’une musique, de mots, aujourd’hui révolue, si ce n’est diabolisée. Qui emploie encore les mots margoulin, gougnafier ou rastaquouère ? Les premiers sont discriminants vis-à-vis de la vulgate sans vocabulaire issue de quarante ans de pédagogisme scolaire ; le dernier est considéré comme raciste, ce qu’il n’est pas dans le contexte du roman (mais la police politico-médiatique de l’Empire du Bien ne s’arrête pas à ce genre de détail). La nostalgie chez Morales n’est pas dénuée d’humour, politesse du désespoir comme on dit, ni de moments heureux. Elle s’inscrit dans une vision lucide de notre bas monde, que reflète à merveille cette citation à méditer, avec laquelle je me sens en parfaite symbiose :

« Les gens qui ont beaucoup lu, appris, sont inaptes à la réussite professionnelle. La lecture leur a ouvert les yeux sur les atrocités du monde et leur a coupé toute initiatives ou ambitions personnelles. Ils n’ont pas assez d’espoir ou d’inconscience  pour faire des choses, entreprendre, créer. Ils savent que toute gesticulation est dérisoire et futile.« 

Philippe Rubempré

Thomas Morales, Les Mémoires de Joss B., Éditions du Rocher, 2015, 250 pages, 18,50 euros

Ab hinc… 180

« Les gens qui ont beaucoup lu, appris, sont inaptes à la réussite professionnelle. La lecture leur a ouvert les yeux sur les atrocités du monde et leur a coupé toutes initiatives ou ambitions personnelles. Ils n’ont pas assez d’espoir ou d’inconscience pour faire des choses, entreprendre, créer.Ils savent que toute gesticulation est dérisoire et futile. » – Thomas Morales, Les Mémoires de Joss B., Éditions du Rocher, 2015.

Solitude du témoin – Richard Millet

solitude du témoin    Mis au ban du petit monde médiatico-littéraire depuis une « affaire » ridicule et infondée instruite par une Torquemada autofictionneuse et l’un des plus mauvais prix Nobel de littérature de l’histoire (récompensé pour son sans-frontiérisme bêlant et aveugle plus que pour sa plume fade), Richard Millet ne mérite ni cet excès d’indignité, ni le concert d’éloges idéologiques venus d’en face. Il est un (bon) écrivain qui mérite d’être considéré à l’aune de sa production intellectuelle et littéraire.

Dans Solitude du témoin, qui relève à notre sens autant de l’essai sur ce qui reste de la civilisation occidentale et son devenir que du journal littéraire (à l’image d’un Jules Renard ou d’un Sébastien Lapaque), Richard Millet prend acte de son ostracisme – avec une certaine insistance qui finit par agacer – et se met en retrait de ce monde judéo-chrétien, héritier d’Athènes et de Jérusalem, qu’il sent, qu’il voit décliner, s’abîmer dans une mort lente, infinie, à force de renoncements, mensonges, lâchetés, et d’abandons des valeurs – notamment pour Richard Millet le catholicisme. L’auteur se pose en témoin solitaire, fantôme vivant d’une autre civilisation, celle qui fut la nôtre, en voie de disparition sous les coups de boutoir du mondialisme financier capitaliste (inféodé au Saint-Fric mondialisé) et ses corollaires – Millet insiste beaucoup sur l’immigration extra-européenne et l’islam.

Du haut de ses certitudes, de ses convictions, Richard Millet apparait parfois arrogant et un tantinet donneur de leçon, notamment quand il se pose comme l’un des derniers écrivains ou qu’il lâche quelques jugements à l’emporte-pièce (sur Brassens par exemple et page 153, réduit à un chansonnier qui déshonorerait le pays qui  baptise une école de son nom ; ceci prouve que Millet ne connait que très partiellement son oeuvre écrite comme musicale). Toutefois, le témoin n’est pas aveugle, et globalement nous partageons son constat de décès en cours, d’agonie sans fin de la civilisation héritée d’Athènes et de Jérusalem ; nous regrettons en outre que les oeuvres de Millet ne fassent plus l’objet d’une dispute civilisée, cet auteur donnant manifestement à réfléchir sur notre société.

Notre confortable agonie se traduit par le travestissement de la culture en Culturel, du réel en Propagande, de la vie en Divertissement. Ce que Richard Millet, à qui nous laissons le dernier mot avec cette longue citation, exprime merveilleusement page 16 :

« C’est oublier que je vis selon une autre conception de l’histoire ; que le catholique attend non pas la mort mais la mort de la mort, en ayant la conscience permanente de la doublure symbolique, surnaturelle, invisible de l’histoire officielle, sans être naïf pour autant (…). Ce qui est mort, c’est l’idée de culture comme civilisation, le Culturel, lui, étant l’alliance du divertissement et de la Propagande, c’est-à-dire un conditionnement de masse opérant au nom même du narcissisme individuel. La culture, pour peu que nous tenions encore à ce mot, est donc pour nous une expression caduque, car employée par le politiquement correct dans ses redéfinitions (raciales, ethniques, sexuelles, sociologiques) de l’humain, à quoi la littérature a été sacrifiée, à commencer par la langue, désormais vouée au consumérisme et à la Propagande, entre deux régimes de terreur que sont l’islamisme (avec l’antiracisme d’État pour corollaire) et le Culturel.« 

Philippe Rubempré

Richard Millet, Solitude du témoin, Léo Scheer, 2015, 171 pages, 17 euros

Ab hinc… 179

« Ce qui est mort, c’est l’idée de culture en tant que civilisation, le Culturel, lui, étant l’alliance du divertissement et de la Propagande, c’est-à-dire un conditionnement de masse opérant au nom même du narcissisme individuel. » – Richard Millet, Solitude du témoin

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