Journal d'un caféïnomane insomniaque
mercredi janvier 21st 2026

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Ab hinc… 174

Ô drapeau de Wagram ! ô pays de Voltaire !

Puissance, liberté, vieil honneur militaire,

Principes, droits, pensée, ils font en ce moment

De toute cette gloire un vaste abaissement.

Toute leur confiance est dans leur petitesse.

Il se disent, se sentant d’une chétive espèce :

– Bah ! nous ne pesons rien ! régnons. – Les nobles coeurs !

Ils ne savent donc pas, ces pauvres nains vainqueurs,

Sautés sur le pavois du fond d’une caverne,

Que lorsque c’est un peuple illustre qu’on gouverne,

Un peuple en qui l’honneur résonne et retentit,

On est d’autant plus lourd que l’on est plus petit !

– Est-ce qu’ils vont changer, – est-ce là notre compte ?

Ce pays de lumière en un pays de honte ?

Il est dur de penser, c’est un souci profond,

Qu’ils froissent dans les coeurs, sans savoir ce qu’ils font,

Les instincts les plus fiers et les plus vulnérables.

Ah ! ces hommes maudits, ces hommes misérables

Éveilleront enfin quelque rébellion

À force de courber la tête du lion !

La bête est étendue à terre, et fatiguée ;

Elle sommeille au fond de l’ombre reléguée ;

Le mufle fauve et roux ne bouge pas, d’accord ;

C’est vrai, la patte énorme et monstrueuse dort ;

Mais on l’excite assez pour que la griffe sorte.

J’estime qu’ils ont tort de jouer de la sorte.

Victor Hugo, Les Châtiments, Livre V, V

Carnets de Saint-Jacques de Compostelle – François Dermaut

Compostelle    Il me faut remercier ici mon père de m’avoir fait découvrir François Dermaut avec Les chemins de Malefosse. Par moi-même, j’ai poursuivi avec Les souvenirs de Toussaint, et, découvert par bonne fortune au salon « Le livre au village » du printemps 2005, au Puy-du-Fou, en Vendée, Les carnets de Saint-Jacques de Compostelle, à mon sens le chef d’oeuvre de François Dermaut (et ma troisième dédicace de l’artiste !). Vous avez compris que ce n’est pas après ma première lecture qu’intervient ma chronique.

Si j’ai choisi (préméditation : circonstance aggravante !) de relire le carnet de voyage de François Dermaut cet été 2015, dix ans après l’avoir découvert, ce n’est pas le fruit du hasard. À la croisée des chemins, je m’interroge sans cesse sur qui je suis, qui je voudrais être et que vais-je devenir… L’idée de « faire » moi-même le pèlerinage de Saint-Jacques en mécréant me taraude depuis longtemps, sans que j’aie pu me décider. Le trajet du Puy-en-Velay à Compostelle est une aventure humaine et spirituelle, qu’elle soit religieuse ou non, qu’un Homme gagne à accomplir et à vivre. Les difficultés du parcours (froid, ampoules, tendinites, chaleur…) et la beauté des paysages, les rencontres avec les pèlerins et les gites plus ou moins touristiques (accueil tantôt chaleureux, simple, généreux, tantôt franchement antipathique ou commercial) font de ce voyage initiatique une véritable introspection et marque ad vitam aeternam un Homme. Personne n’en sort véritablement indemne…

Le voyage de Compostelle est le signe d’un nouveau départ dans une vie. Quand François Dermaut et sa compagne Nathalie se lancent dans cette épopée, le premier est alcoolique abstinent (l’alcool lui a coûté son mariage), « réfugié » dans la marche ; la seconde est ancienne boulimique. Du Puy-en-Velay à Santiago de Compostelle, Dermaut offre le récit simple et sincère d’une exploration humaine, ponctuée de rencontres et de paysages inoubliables immortalisés par la plume et le crayon de l’artiste ; une quête de soi spirituelle sans être religieuse, avec ses difficultés physiques, morales et relationnelles, mais la satisfaction du défi relevé à l’arrivée devant la basilique Saint-Jacques.

Invitation au voyage superbement dessinée et illustrée – François Dermaut est décidément un grand, digne du panthéon des bédéïstes – c’est à un nouveau départ que nous invite cette aventure humaine inoubliable…

Philippe Rubempré

François Dermaut, Carnets de Saint-Jacques de Compostelle, Glénat, 2003, 160 pages, 30 euros

Ab hinc… 173

« Autorité ne veut pas dire : punir. Autorité, cela signifie : n’être pas contraint de punir. » – Léon Daudet

Ab hinc… 172

« Pourquoi craint-on autant les écrivains ? C’est parce qu’ils se mettent volontiers du côté des perdants de l’histoire. Et celui qui donne la parole aux vaincus remet en question la victoire. » – Günter Grass

Ab hinc… 171

« Les hommes se croient libres parce qu’ils ignorent les causes qui les déterminent. » – Spinoza

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