Journal d'un caféïnomane insomniaque
vendredi juin 5th 2020

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Apocalypse Bébé – Virginie DESPENTES

Toute l’histoire est centrée sur Valentine. Valentine apparaît après environ 300 pages sur un roman qui en compte 350. Petite gosse de bourges paumée, défoncée et nympho, issue d’une famille recomposée. Sans se départir de sa plume brutale, une de celles qui puent le vécu, Virginie Despentes brosse à travers la recherche de cette ado disparue le portrait d’une société fondée sur le fake, sur l’apparence, sur le vide…

La galerie de personnages n’épargne aucune classe sociale, aucune typologie – vous savez à quel point nous aimons ranger tout et n’importe quoi dans des cases en France ; maladie congénitale. Comme chaque oeuvre de Virginie Despentes, Apocalypse Bébé nous plaque sous les yeux un miroir grossissant et dérangeant. La rage de Baise-moi est toujours aussi vivace ; les combats de King-Kong théorie plus que jamais d’actualité.

Et pour ne rien gâcher, c’est un excellent roman, avec une histoire, du suspense, des caractères affirmés, une vraie écriture et une fin dont je ne dirai rien… si ce n’est qu’elle n’est pas aussi « énorme » qu’elle pourrait le sembler.

Antimanuel de littérature – François BÉGAUDEAU

Peut-on être à la fois potache, iconoclaste et érudit ? Fossoyeur en chef du Lagarde et Michard et prof ? Écrivain et chanteur punk ? Si vous répondez non à ces interrogations, alors François Bégaudeau est un mirage.

Je vous laisse imaginer le ton de l’ouvrage et la tête du ministre de l’Éducation nationale si le conseil national des programmes scolaires lui proposait de faire de l’Antimanuel de littérature un manuel de référence… Et pourtant, l’approche est singulière, drôle, déconcertante, abusée, exaspérante parfois. Ca vous remue dans vos p’tites idées toutes faites sur la littérature, ce qu’elle est et ce qu’elle doit être.

Non seulement ça fait du bien d’être remis en question, mais en plus, avec l’Antimanuel de Bégaudeau c’est un vrai plaisir !

Le Roi des Juifs – Nick TOSCHES

J’avais découvert Tosches dans une interview publiée par le magazine SENSO, et acheté et lu dans la foulée l’expéditif et néanmoins excellent Confessions d’un chasseur d’opium.

Récidive en 2011, au hasard d’une flânerie chez mon libraire. Et voilà le Roi des Juifs. J’en aurais tellement à dire que je ne sais par où commencer. Résumons en indiquant qu’il s’agit de la vie et de l’oeuvre du dernier parrain juif de New-York, Arnold Rothstein.

Pour le style, si vous cherchez une biographie sauce Max Gallo, passez votre chemin ! Tosches navigue avec une étonnante facilité et une incontestable érudition entre l’histoire juive et celle de New-York, d’histoire européenne (à l’origine de l’émigration de milliers de juifs vers l’Amérique) en histoire de la pègre, et ce, non sans vitrioler la politique sanitaire tendance ayatollah de Rudi Giuliani et de son Bloomberg de successeur (combat qui, pour ceux qui me lisent – ?? – ou ceux qui me connaissent, m’est cher…).

Une modernité littéraire formidable au service d’un roman dangereux. Vous risqueriez en le lisant dans la rue de ne pas voir le bus qui vous tueras plus sûrement que votre paquet de cibiches quotidien…

Vous aimez les histoires, l’aventure, l’Histoire, la pègre, la culture juive, alors foncez, et pas de regret, satisfaction (presque) garantie – et oui, les goûts et les couleurs ne se discutent pas !

En poche, c’est 6,95 euros, et c’est donné.

Indignez-vous ! Stéphane HESSEL

Une trentaine de pages – première et quatrième de couverture comprises – salutaires. En ces temps de médiocrité intellectuelle, politique et culturelle, la parole du sage est bienvenue.

À la course au profit et au tout financier, à la paranoïa sécuritaire, au tout individualisme, au nivellement de la culture, à son relativisme, à sa réduction à une expression populiste et vulgaire, Hessel nous invite à revenir aux fondamentaux du Conseil National de la Résistance.

Face au découragement, à la désespérance et à la résignation, il défend l’indignation, valorise la construction commune d’un avenir meilleur, bref, il chante la Vie. Ni béni oui-oui, ni moraliste, Stéphane Hessel revendique l’Humanisme, et sans flagornerie ni politique de l’autruche face à une mondialisation aussi effrayante que prometteuse, nous avons envie de le suivre…

… et nous essayons.

San Antonio ou Bérurier ?

Toutes les citations suivantes sont du même auteur, mais est-il besoin de préciser lequel ?

« Dans la vie, on est toujours seul. L’important, c’est de savoir avec qui. »

« Chaque jour à vivre est une victoire. Chaque jour vécu est une défaite. »

« Le plaisir, c’est la solitude qui explose pour retomber en solitude. »

« Le sexe masculin est ce qu’il y a de plus léger au monde ; une simple pensée le soulève. »

« L’an dernier, j’étais encore un peu prétentieux ; cette année, je suis parfait. »

« L’amour, on s’enlace. »

« La plus haute marque de respect qu’on puisse témoigner à une femme, c’est de la faire jouir. »

« Un homme intelligent n’est pas autre chose qu’un con raté. »

« Rien n’est plus fort que le mutisme, quand on a quelque chose d’important à dire. »

« La larme est la goutte d’eau qui fait déborder l’âme. »

« Soyez cons en silence, c’est la moindre des politesses. »

« Le vrai tombeau des morts est dans le coeur des vivants. »


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