Ab hinc… 236
« Nous déclarons donc, aujourd’hui, que les barbus (les socialistes, ndr) vont décourager notre pays. Ses soldats seront froussards, ses ouvriers fainéants, ses enfants illettrés, ses politiciens bavards et ses immigrés féroces. Innombrables ses voleurs et ses criminels. Nous déclarons que notre pays sera déchiré et vaincu. Nous affirmons qu’il est devenu socialiste par paresse, renoncement et démission. Nous bramons à la lune qu’il mourra idiot, abruti par les instituteurs et les profs socialistes. Nous hurlons au ciel que nous assistons à l’irrésistible montée de la lâcheté. Nous prétendons que le fait que la France soit gouvernée par des enseignants barbus prouve qu’elle a le désir de retomber en enfance irresponsable et gâteuse. Le socialisme, c’est sa confiture, ses billes et son cerceau. (…) Ce pays n’a qu’un désir qu’exprime de manière éclatante son socialisme : foutre le camp. Foutre le camp hors de l’Histoire. Se tirer en douce. Partir en vacances. Donner à ses citoyens les ambitions d’animaux domestiques, ce qui entraîne toujours celles d’animaux de boucherie. tant pis. Ils ne veulent pas savoir. » – Jean Cau, La barbe et la Rose, 1982
Lectures novembre
- Les jumeaux diaboliques – Tibet & A.P. Duchateau
- Kôdo le tyran – Fournier
- Des haricots partout – Fournier
- Le Bal mécanique – Yannick Grannec
- Silentium – Fabrice Millon
- S – Luis Seabra
- Maître Au-delà – Masahiko Shimada
- Le Studio de l’inutilité – Simon Leys
- Petit déjeuner au crépuscule et autres nouvelles – Philip K. Dick
- La barbe et la rose – Jean Cau
- Des pierres dans ma poche – Kaouther Adimi
- Le bon fils – Denis Michelis
- Folles Passions – Kazuo Kamimura
- Vagabondages littéraires dans Paris – Jean-Paul Caracalla
- Le meilleur des mondes – Aldous Huxley
- Chanson douce – Leïla Slimani
Ab hinc… 235
« Une connaissance sans danger est comme une éducation sans douleur. Elle ne vous apprend rien. » – Maurice G. Dantec
Sur les chemins noirs – Sylvain Tesson
Tout est parti d’une chute. 8 mètres qui font prendre vingt ans à Sylvain Tesson. De longs mois d’hôpital et une promesse faite à lui-même : lui, le baroudeur des steppes, l’anachorète du lac Baïkal, l’aventurier insatiable, s’il remarche, traversera la France, son propre pays qu’il a trop peu exploré. Sur les chemins noirs est le récit de cette promesse tenue.
Pendant plus de trois mois, Sylvain Tesson traverse la France des chemins noirs, ces chemins perdus dans ce que l’administration appelle l’hyper-ruralité. Du Mercantour, à la frontière italienne, à la pointe du Cotentin et la Hague en passant par le Massif Central et le bocage mayennais, Un périple au coeur de la France oubliée de l’hyper-ruralité, de la France périurbaine snobée, s’attachant autant que possible à rester à l’écart des routes officielles et fréquentées, sur ces chemins noirs d’oubli et de perdition, peut-être, mais aussi chemins de beauté et de magie, de pureté encore vierge des saillies de l’aménagement du territoire… pour un temps compté, sans doute.
Dans un récit sobre et empreint de sagesse, Sylvain Tesson dresse le portrait d’une France trop souvent ignorée quand elle n’est pas méprisée, et promeut la marche comme thérapie reconstructrice de son corps abimé, bravant les séquelles physiques aux conséquences parfois cocasses – ainsi quand aux alentours de Laval, « une joggeuse opéra un demi-tour paniqué au moment où elle (le) vit« . L’auteur nous offre une nouvelle fois l’opportunité de voyager et d’admirer, de réfléchir et d’explorer. Une invitation à l’aventure, qui commence en bas de chez soi.
Philippe Rubempré
Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, Éditions Gallimard, 2016, 143 pages.




