Journal d'un caféïnomane insomniaque
lundi janvier 22nd 2018

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Ab hinc… 254

verrewhisky    « Vous défiliez, les poings serrés, levés. J’allais au café. Je vous regardais traîner des pieds sous les banderoles, d’un pas lourd (la théorie n’incite guère au sprint). Des 10/18 amochés dépassait de la poche de vos duffle-coats. Vous aviez lu Marx, Lénine, Marcuse, ces noms qui ne disent plus grand-chose à personne. J’avais autre chose à faire. Je préférais boire à votre santé un whisky tassé, sans glace pour une fois, fidèlement, à l’écossaise. Vous en auriez eu bien besoin. Vous vous y êtes mis, depuis, avec un métro de retard, comme toujours. Pour nous, le whisky était le supplément indispensable, un accessoire de la panoplie, un cadeau qui n’attendait pas Noël. C’était un truc, nous en parlions tout le temps. Le whisky était la pour la couleur, le clin d’oeil. C’était presque de la récitation, un morceau d’anthologie. Chez quel auteur suis-je quand je trempe mes lèvres délicates dans ce verre où tintent les glaçons ? Frank ? Fitzgerald ? Drieu ? Blondin ? On était entre nous, de la bonne compagnie, du personnel choisi, trié sur le volet, d’un commerce exquis, stylé. Ce liquide ambré convenait aux intérieurs l’hiver, aux feux de cheminée, aux rues tranquilles du VIIe arrondissement où il ne se passe jamais rien – le VIIe, c’est le dimanche des arrondissements. » – Eric Neuhoff, Un Triomphe.

Lectures avril

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  1.  Vladivostok. Neiges et moussons – Cédric Gras
  2. Brassens, l’ami – Mario Poletti
  3. Lettres de l’Atlantide – Robert Silverberg
  4. Oh Giovanna ! – Giovanna Casotto
  5. Giovanna Si ! – Giovanna Casotto
  6. Histoire de Rome –  Theodor Mommsen
  7. Julip – Jim Harrison
  8. Poèmes saturniens – Paul Verlaine
  9. Les onze mille verges – Guillaume Apollinaire
  10. De l’urgence d’être conservateur –  Roger Scruton
  11. La tragédie du Viking – Georges Tiffany
  12. Les exploits d’un jeune don juan – Apollinaire/Pichard
  13. Sophisticated ladies – Paula Meadows
  14. Fêtes galantes – Paul Verlaine

 

Ab hinc… 253

ab-hinc-rubempre003    « La souveraineté nationale est une condition préalable à la démocratie. Et la démocratie nationale implique le droit de déterminer qui réside à l’intérieur des frontières nationales, qui contrôle les biens de la nation et qui peut prétendre aux avantages de la citoyenneté. Elle présuppose un « nous » d’où commencent nos relations, et dont les intérêts sont servis par ces relations. Les traités entre États souverains n’impliquent pas une perte d’autonomie, pas plus qu’un contrat entre individus n’implique une perte de liberté. Au contraire, le contrat et le traité sont tous deux des expressions de la souveraineté, et l’axiome selon lequel pacta servanda (les contrats doivent être respectés) est (…) une loi qui exprime la liberté de ceux qui sont liés par elle. » – Roger Scruton, De l’urgence d’être conservateur, trad. Laetitia Strauch-Bonart, L’Artilleur, 2016

Traverses – Jean-Claude Pirotte

Traverses    Dans son avant-propos, Sylvie Doizelet, sa compagne, nous précise que cette année de juin 2010 à juin 2011 est la seule pendant laquelle le poète et romancier Jean-Claude Pirotte a tenu des carnets. Année difficile pour l’écrivain en cavale ; il parle de « dépression », s’interroge sur sa santé, sa difficulté à respirer et sa capacité à arrêter de fumer. Sylvie et ses chers poètes deviennent le réconfort indispensable, le fil à la patte qui relie à la vie.

Ces Traverses, entre Jura et mer du Nord, sont illuminées d’une tristesse scintillant des feux des amours littéraires de Pirotte. C’est aussi une déclaration d’amour déçu à la France, dont la vie politique de l’époque est submergée par l’omniprésence d’un « Machiavel de sous-préfecture atteint de mégalomanie galopante, souffrant d’une méconnaissance crasse de la langue, et jugeant de tout avec l’esprit d’un gamin gravement attardé. » Plus que de politique, c’est de dignité et d’honneur perdus dont nous entretient Pirotte, en filant le parallèle avec sa lecture du journal de Léon Werth, Déposition. La charge est sévère, lourde, difficile à entendre – parfois à la limite du supportable pour un amoureux de la France. Pourtant, la France a bien basculé du côté obscur de l’indignité communicante en 2007. La fonction présidentielle et la Politique, déjà largement amoindries et abîmées, ont perdu toute crédibilité, et depuis cela va de mal en pis. Génération de politocards incultes et veules, vendus au Saint-Fric mondialisé et méprisant avec cynisme les peuples et la démocratie.

Pirotte n’a rien d’un déclinologue, c’est un amoureux déçu. Un écrivain belge amoureux de la France des arts et lettres, cette France assassinée par la vulgarité consumériste et le tout divertissement. Amères Traverses que ces carnets… Témoin de la perte de la France, le poète est en proie en parallèle à une santé et une inspiration anémiées. Et pourtant, qu’il est bon de lire Pirotte ! Réconfortant malgré tout, une rivière de perles littéraires, Jean-Claude Pirotte est un grand écrivain qui honore la langue de Molière et la France.

Jean-Claude Pirotte, Traverses, Le Cherche-Midi, 2017, 88 pages.

Ab hinc… 252

ab-hinc-rubempre003    « C’est bien peu de chose que l’homme, et tout ce qui a fin est bien peu de chose. Le temps viendra où cet homme qui nous semblait si grand ne sera plus, où il sera comme l’enfant qui est encore à naître, où il ne sera rien. » – Jacques-Bénigne Bossuet, Méditations sur  la brièveté de la vie

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