Journal d'un caféïnomane insomniaque
vendredi février 22nd 2019

Insider

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Lecture août

  • Blèche – Pierre Drieu la Rochelle
  • Un samouraï d’Occident – Dominique Venner
  • King Kong Théorie – Virginie Despentes   

    Publié en poche chez Le livre de Poche

  • Les Lauriers de César – Goscinny & Uderzo
  • Le Bouclier Arverne – Goscinny & Uderzo
  • Ulysse – Homère – Lob – Pichard
  • Brassens au plaisir de la guitare – Yves Uzureau
  • L’éternité plus un jour – Georges-Emmanuel Clancier
  • Les exploits d’un jeune Don Juan – Guillaume Apollinaire / Georges Pichard
  • Mathias Sandorf – Jules Verne   

La neige en deuil – Henri Troyat

    La neige en deuil, court roman de l’académicien d’origine russe Henri Troyat, est un tragédie triple : tragédie familiale ; tragédie montagnarde ; tragédie de l’Honneur, enfin. Pour l’anecdote, il s’agit du premier roman que j’ai lu d’une traite, alors en classe de quatrième ; j’en rends grâce à mon professeur de français, Jean-Claude G., paix à son âme.

L’histoire est fondée sur l’opposition entre les deux frères Vaudagne ; l’aîné, Isaïe, ancien guide de haute montagne, la cinquantaine, a accouché et élevé son frère, Marcellin, âgé d’une trentaine d’années. Autant Isaïe respire la bonté profonde et la générosité, autant Marcellin apparait raté, veule et ingrat, querelleur et paresseux. Les deux frères vivent dans la maison familiale, sise dans un hameau isolé, entourée de brebis. Cette maison, Marcellin veut la vendre pour se faire du fric et investir en ville ; Isaïe le refuse absolument, au nom de l’héritage. C’est sa maison natale, celle de son père et du père de son père… Les ambitions et le caractère de Marcellin compliquent les relations entre les deux frères. La chute d’un avion dans la montagne et l’abandon officiel des secours précipitent les événements. En cédant à un nouveau caprice de Marcellin, Isaïe pose le pied dans un engrenage fatal…

En 120 pages serrées, Troyat incarne en Isaïe l’Honneur et le sens du Sacrifice, deux vertus qui ne sont plus en odeur de sainteté sous le règne du capitalisme consumériste. La geste finale, tragique, vous prend aux tripes. La neige en deuil est un roman d’accès aisé, à la langue colorée et fluide ; l’histoire vous enveloppe dès les premières pages. C’est un roman à faire lire aux jeunes collégiens, et leur faire ainsi sentir que la vie ne se résume pas au fait de se pavaner sur les réseaux dits sociaux et à la satisfaction égoïste de ses menus plaisirs. Seuls l’Honneur et le Sacrifice subliment une Vie, n’en déplaise aux marchands du temple libéral-libertaire.

Philippe Rubempré

Henri Troyat, La neige en deuil, (Flammarion, 1952), Éditions J’ai lu, 1974, 126 pages.

Baise-moi – Virginie Despentes

    Baise-moi, entrée fracassante de Virginie Despentes en littérature. Acheté et lu une première fois suite à la ridicule polémique ayant accompagné la sortie du film. Relu cet été après King Kong Théorie. En pleine vague porcine et liberticide, j’ai désiré relire cet écrivain féministe iconoclaste, dont je dois dire ne pas goûter le discours médiatique, mais dont le style ne me déplait pas.

Baise-moi dégoupille façon King Kong le destin de deux cassosses, Nadine et Manu, deux meurtrières qui ont leur raison, deux princesses de la carousse, deux amatrices assumées des plaisirs de la route. De leur rencontre fortuite va naitre une cavale vengeresse, nihiliste, ultra-violente et arrosée. Celles qui n’ont plus rien à perdre feront tout de même de belles rencontres, de celles qui vous maintiennent quand rien ne va plus.

Baise-moi est un roman de la misère, du viol, des armes, de la pauvreté, de l’inespoir, de la pornographie au sens propre. Ce texte brûlant et brûlot raconte les vies paumées de banlieues oubliées, parce que la merde attire la merde et qu’elle se concentre. À l’écart. C’est le roman qui imagine et met en scène ce qui se passe quand ceux qui n’ont rien à perdre pètent les plombs et explosent, ce qui advient quand la merde déborde de sa fosse…

L’adaptation cinématographique (film éponyme réalisé par l’auteur et Coralie Trinh Tih, sorti en 2000) a choqué la bourgeoise et le ratichon pour quelques scènes de cul non simulées. Sans avoir vu le film, mais ayant lu plusieurs fois le roman, les quelques passages pornographiques ne sont vraiment pas choquant au regard du nihilisme et de la violence extrême déployée ; ce qui choque profondément, c’est l’état d’abandon intérieur, de solitude affective et de déliquescence morale qui conduit deux jeunes femmes à se « libérer » de cette manière, et interroge le lecteur sur la chute.

Certes, Baise-moi est un roman choquant, ultra-provocateur et violent. Il faut néanmoins le lire pour ce qu’il nous dit de notre société et de son modus vivendi capitaliste libéral-libertaire, pour le tableau maudit qu’il en brosse et les parfums viciés qui s’en exhalent. Baise-moi résonne encore pertinemment un quart de siècle après sa parution.

Philippe Rubempré

Baise-moi, Virginie Despentes, (Florent Massot, 1994 – Grasset et Fasquelle, 1999), Éditions J’ai lu, 2000, 249 p.

Lectures juillet

  • Corrida pour une nuit blanche – Renoy
  • La guerre des boutons – Louis Pergaud
  • Le bal du dodo – Geneviève Dormann
  • Le monde selon Jules Verne – Olivier & Patrick Poivre d’Arvor
  • Simbaby – Lavagna & Nizzoli
  • Bye Bye Tristesse – Nataël – Béja
  • La Fable de Venise – Hugo Pratt
  • Braise – Laura Desprein
  • Fleur d’Août – Laura Desprein
  • Le Guépard – Giuseppe Tomasi di Lampedusa
  • État-Civil – Pierre Drieu la Rochelle
  • Sud magnétique – Laura Desprein
  • La Valise vide – Pierre Drieu la Rochelle
  • Autrement et encore – Sébastien Lapaque
  • L’Internationale des Francs-Tireurs – Bruno de Cessole
  • Astérix chez Rahazade – Uderzo
  • L’Odyssée d’Astérix – Uderzo
  • Le fils d’Astérix – Uderzo
  • La Grande Traversée – Goscinny & Uderzo
  • Astérix chez les Belges – Goscinny & Uderzo
  • Le Devin – Goscinny & Uderzo
  • Le Cadeau de César – Goscinny & Uderzo

Noblesse du barbecue – Thomas Morales

    Thomas Morales, plume bien connue des lecteurs de Causeur, Technikart ou Valeurs actuelles, est de retour avec une ode à l’amitié, à la joie et à l’été. En neuf plaisirs coupables, l’écrivain redonne ses lettres de noblesse au barbecue, tant décrié par les hygiénistes, les vegans hystériques et autres contempteurs de la prétendue beaufitude des campings de province, cette France périphérique selon eux infestée de lèpre populiste, conformément à l’expression micronesque en vigueur.

Neuf plaisirs coupables, donc… Allumer le barbecue, tout un art délicat. Prendre l’apéro, geste de fraternité autant que savoir-vivre, et tant pis si les sectateurs du château-la-pompe en font une cirrhose ! Si, suivant Homère et Dominique Venner, l’on considère la Nature comme socle et l’Excellence comme but, alors l’élection de Miss Camping vient nous rappeler que la Beauté demeure notre horizon, n’en déplaise aux culs pincés de l’égalitarisme mortifère. Plongez dans ce court et réjouissant bouquin comme dans l’océan, ne craignez pas le bob Ricard et Max Pécas, la pratique régulière de la décontraction de l’intelligence (Gainsbourg) est salutaire ! Trinquez au rosé et à votre santé, tenez, avec ce côtes-de-Thau Réserve de Monrouby 2017, sans prétention autre que le partage avec les copains. Et découvrez ces plaisirs coupables joliment vantés par Thomas Morales en dégustant quelques brochettes sous la nuit étoilée, bercés par le ressac.

Avec humour, brio, et non sans une iconoclaste érudition, Thomas Morales nous invite à un barbecue en famille. Son essai a des parfums de grillades et d’amitié ; il éclate du rire des copains et du choc des verres à l’apéro ; il sent les vacances méritées après une année de trime. La nostalgie joyeuse de l’auteur vous emporte, embarquez, le bonheur est à portée de fourchette !

Philippe Rubempré

Thomas Morales, Noblesse du barbecue, Éditions Nouvelles Lectures, 2018, 39 pages.

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