Journal d'un caféïnomane insomniaque
vendredi novembre 27th 2020

Insider

Archives

Ab hinc… 280

« Ceux qui sacrifient la liberté pour la sécurité n’obtiendront ni ne méritent ni l’une ni l’autre. » – Benjamin Franklin

Le Librairtaire de Proust de Brigitte Maurice

Brigitte Maurice, artiste plasticienne, rêveuse à tendance active.

Quel est pour vous le comble de la misère ? la souffrance


Où aimeriez-vous vivre ?


Votre idéal de bonheur terrestre ? J’ai huit ans et c’est l’été


Pour quelles fautes avez-vous le plus d’indulgence ? la casse d’un objet


Vos héros de roman favoris ? Pierre, dans Guerre et Paix – Agathe, dans L’homme sans qualité


Votre personnage historique favori ? Pierre Mendès-France


Vos héroïnes favorites dans la vie réelle ?


Vos peintres favoris ? Balthus – Rembrandt – Kiki Smith – Zoran Music – Lucian Freud – Hélène Duclos – G. Garouste – A. Messager – G. Richier…


Votre musicien favori ? Schubert


Votre qualité préférée chez l’homme ? l’humour, la curiosité
l

Votre qualité préférée chez la femme ? l’endurance


Votre vertu préférée ? c’est quoi la vertu ?


Votre occupation préférée ? peindre


Qui auriez-vous aimé être ? mon amie Agnès (philosophe) – Jeanne Moreau – Camille (chanteuse) – P. Chéreau


Le principal trait de votre caractère ? l’introversion


Ce que j’apprécie le plus chez mes amis ? le rire, la bienveillance


Mon principal défaut ? manque de courage


Mon rêve de bonheur ? la surprise


Quel serait mon plus grand malheur ? perdre l’enfant


La couleur que je préfère ? vert


La fleur que j’aime ? le daphné, le jasmin


L’oiseau que je préfère ? la mésange


Mes auteurs favoris en prose ? M.Duras – M. Yourcenar – G.Bachelard – M.Proust – N. Bouvier – A.Tchekov – Th.Mann – JC. Bailly – Jhumpa Lahiri – Hanif Kureshi …


Mes poètes préférés ? Whitman – Dickinson – St John Perse – Mallarmé – Heleni Sikelianos – Rilke – O. Mandelstam – P. Ceylan…


Un livre à conseiller ? Dieu gît dans les détails, de Marie Depussé – La femme changée en renard, de David Garnett


Un auteur à découvrir ? le théâtre de B.M.Koltès et Dorothy Mc Johnson (Contrée indienne)


Un film ? Petits arrangements avec les morts, de Pascale Ferran – Le salon de musique, de S. Ray ; Le dieu noir et le diable blond, de Glauber Rocha – Pierrot le fou, de Jean-Luc Godard


Mes héros dans la vie réelle ? Ghandi, François Ruffin et quelques précieux(ses) ami(e)s


Mes héroïnes dans l’Histoire ? Germaine Tillon, Charlotte Delbo, Joséphine Baker


Mes (pré)noms favoris ? Jeanne – Suzanne – Paul – Isaac


Ce que je déteste par-dessus tout ? le bruit et la violence


Caractères historiques que je méprise le plus ? Le racisme


Le fait militaire que j’admire le plus ?


La réforme que j’admire le plus ? la création du Conseil National de la Résistance – le vote des femmes – l’IVG


Le don de la nature que je voudrais avoir ? Ce que j’ai , mais en beaucoup plus fort, plus la voix et la danse


Comment j’aimerais mourir ? Plus tard…


État présent de mon esprit ? correct


Ma devise ? Soyons heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple (J. Prévert)

Un souhait pour l’avenir ? Un monde plus doux et des glaciers qui se reforment

Merci à Brigitte Maurice d’avoir accepté de répondre à notre questionnaire de Proust revisité.

Site internet : https://brigittemaurice.jimdofree.com

Histoire des Mercenaires – Walter Bruyère-Ostells

Parue en 2011 chez Tallandier, cette Histoire des Mercenaire de 1789 à nos jours signée Walter Bruyère-Ostells rend hommage à ces soldats de fortune – et souvent, soldats d’infortune, comme le dit Alain Sanders –, deuxième plus vieux métier du monde.

Partant de la rupture que fut la Révolution française pour le mercenariat, l’historien évoque les différents types de soldats de fortune, les conflits dans lesquels ils se sont illustrés. Bien entendu, l’ouvrage est riche de portraits de mercenaires de légende, de Garibaldi aux « Affreux », Bob Denard ou Rolf Steiner… Bruyère-Ostells ne se borne pas à « raconter » l’histoire des mercenaires ; il explore leurs motivations, de l’aventure à l’appât du gain en passant par les convictions politiques, anticommunisme au premier chef. Il remet en perspective historique le mercenariat, et le replace dans son actualité, avec ses enjeux. De ce point de vue, une édition mise à jour serait bienvenue compte-tenu des évolutions géopolitiques depuis 2011.

Cette Histoire des Mercenaires se dévore comme un bon polar. Tout y est, à commencer par l’Aventure. Les portraits sont savoureux, le récit des épisodes célèbres également. On se prend à rêver de barouds au soleil ; on se dit qu’il est temps de revoir Dark of the Sun (Le dernier train du Katanga, Jack Cardiff, 1965) ou de relire Les Mercenaires de Lartéguy ; qu’on chinerait bien les mémoires de Mister Bob ou de Frank Hugo… On est ému, fasciné et respectueux à l’évocation de l’Honneur des légionnaires de Camerone.

En bref, cette Histoire des Mercenaires éclaire une profession trouble, à la fois enviée et méprisée, et la remet en perspective dans l’histoire et le présent, tout en se lisant comme un roman. Une réussite !

Philippe Rubempré

Walter Bruyère-Ostells, Histoire des Mercenaires, Tallandier, 2011, 271 p.

L’Aveuglement – José Saramago

L’actualité déclinante a incité nombre de personnes à relire qui La Peste d’Albert Camus, qui Le Hussard sur le toit de Giono ou encore Nemesis de Philip Roth. Il faut ajouter à cette liste L’Aveuglement du Prix Nobel de Littérature portugais José Saramago.

Un homme au volant de sa voiture attend au feu rouge. Devenu subitement aveugle, il ne verra jamais le feu passer au vert, créant ainsi une belle pagaille. Raccompagné chez lui par un autre homme, il consulte un ophtalmologue. Ce dernier ne voyant aucune lésion justifiant un aveuglement soudain s’inquiète. Revenu chez lui, il devient à son tour aveugle et prévient les autorités. Cette épidémie de cécité, que les autorités ont surnommée « le mal blanc », gagne le pays à grande vitesse. Il est donc décidé d’enfermer les aveugles dans des lieux dédiés, confinés sous peine de mort jusqu’à la découverte d’un remède. Imaginez deux cents aveugles enfermés dans un ancien asile psychiatrique insalubre, sous la menace permanente d’une troupe de soldats, mal approvisionnés en nourriture, dans une hygiène sans nom, et vous avez là la quintessence de la nature humaine qui se révèle.

L’Aveuglement est un très grand roman, non par la métaphore politique de la tyrannie, non plus par le réel qui le rattrape et lui confère une puissance d’une autre dimension, mais car il est un révélateur de la nature humaine. De la nature humaine, de sa permanence, de son intangibilité. Saramago nous fait comprendre avec finesse que les sectateurs du progrès de l’Homme, voire de l’avènement d’un homme nouveau (notamment tous les -ismes hérités des deux siècles passés, socialisme, communisme, fascisme, nazisme, internationalisme, mondialisme et toutes leurs variantes et descendances), se trompent sur la nature humaine, qui ne change pas. En réduisant la population d’un pays à la cécité, l’écrivain met en lumière la nature biologique et sociale profonde de l’Homme, celle qui explique que les sociétés humaines se sont bâties en civilisations ; que l’éducation et l’instruction des enfants sont nécessaires… et que Rousseau a tort, l’Homme ne naît pas bon, et ce n’est pas la société, pas seulement la société, qui le corrompt. La réalité de la nature humaine, à l’oeuvre de tout temps et en tout lieu, nous saute aux yeux à la lecture de L’Aveuglement, invitant à un peu de modestie et d’humilité dans notre rapport au monde.

José Saramago joue avec l’enfermement lié à l’épidémie galopante de cécité, et avec les conditions effroyables de cet enfermement, pour éclairer la réalité de cette nature humaine prise en étau entre l’éducation reçue et l’instinct de survie. Enveloppant son lecteur dans son style très personnel, maniant le discours indirect libre comme un mousquetaire sa rapière, il lui procure la sensation d’être un de ces aveugles. Saramago maîtrise l’art de faire passer les sensations par le truchement de la langue, ainsi des bruits, des odeurs, des sensations corporelles… Il rappelle en cela certains passages du Kaputt de Malaparte, sur les charognes, les cadavres, les odeurs…

L’Aveuglement est enfin un roman qui témoigne métaphoriquement de l’impuissance des hommes et de ceux qui les gouvernent, face à une nature qu’ils exploitent au-delà d’une saine complémentarité, sans vergogne si le pillage s’avère sonnant et trébuchant. Plus qu’un roman, L’aveuglement est un apologue tragique, à la fois politique et philosophique, à méditer sans modération.

Philippe Rubempré

José Saramago, L’Aveuglement, Éditions du Seuil, 1997, 303 p.

Ab hinc… 279

« Nous étions des combattants soûls de toutes les passions du monde ; pleins de luxure, trouvant l’exaltation dans l’action. Ce que nous voulions ? Nous ne le savions pas. Et ce que nous savions, nous ne le voulions pas ! Combats, aventure, excitation et destructions. Une force indicible, envahissante, surgissait de tout notre corps et nous écorchait vif. » – Ernst Von Salomon, cité in Histoire des Mercenaires, Walter Bruyère-Ostells, Tallandier, 2011.

 Page 4 of 136  « First  ... « 2  3  4  5  6 » ...  Last »