Journal d'un caféïnomane insomniaque
mercredi septembre 30th 2020

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Ab hinc… 279

« Nous étions des combattants soûls de toutes les passions du monde ; pleins de luxure, trouvant l’exaltation dans l’action. Ce que nous voulions ? Nous ne le savions pas. Et ce que nous savions, nous ne le voulions pas ! Combats, aventure, excitation et destructions. Une force indicible, envahissante, surgissait de tout notre corps et nous écorchait vif. » – Ernst Von Salomon, cité in Histoire des Mercenaires, Walter Bruyère-Ostells, Tallandier, 2011.

Le Librairtaire de Proust de Kremena Nikolova

Autoportrait, 2014.

« Après avoir terminé mes études de lettres à l’Université de Sofia, mon diplôme en poche, je suis arrivée à Paris en 2002 où j’ai cumulé des bribes d’Histoire de l’Art, enchaîné avec l’Ecole des Beaux-Arts à Versailles et une année à l’école du Louvre où j’ai eu l’honneur de suivre le cursus de Bernard Blistène « Theater without Theater ». Mon travail peut être défini comme une réflexion sur le paradoxe qui règne entre la mémoire et l’oubli. Face aux supports divers, naviguant entre l’écriture et la matière plastique, je cherche à plonger le spectateur/lecteur dans les strates simultanées de différentes temporalités. Je me promène dans des paysages qui apparaissent étrangement familiers et qui sont peuplés de personnages-fantômes, errant dans un sentiment instable, quelque part à la limite entre visible et invisible. »

Merci à Kremena Nikolova d’avoir accepté de répondre à notre questionnaire de Proust revisité.

Quel est pour vous le comble de la misère ?

Il est aussi fréquent que malheureux de côtoyer la misère humaine de nos jours. Le manque d’empathie en est pour moi le comble. L’être humain a évolué à sa façon et continue à évoluer de manière proportionnelle à une aisance économique en dépit de son psychisme et humanité. Etant un simple spectateur, mais également le protagoniste de son évolution effrénée, l’Homme semble avoir oublié les vertus fondamentales de l’espèce à laquelle il appartient. On observe l’essor d’une individualité imposée par les règles sociétales non écrites et sous-jacentes, qui détruit les capacités des hommes à vivre ensemble. Les vies se font sur une corde tendue entre la naissance et le succès à tout prix. Il en résulte une haute tension. Ce qui est vraiment important, reste enfoui dans les rêves, surgit sous la forme de psychoses, de dépressions nerveuses, de burn-outs, d’insatisfaction croissante de toute chose et de toute personne. Il me semble que ces êtres humains qui ont oublié comment parler à l’autre dans l’amour et dans le respect ne s’aiment point, ni ne se respectent pour autant.

Ils sont pour moi l’incarnation de la misère, telle que je la vois aujourd’hui.

Où aimeriez-vous vivre ?
J’aimerais vivre dans un monde pur où la nature est omniprésente et vénérée, où la simplicité et l’entente font les lois. J’aimerais retourner dans un état limpide et serein qui permet la rencontre de soi dans son authenticité. C’est plus un état qu’une localisation. Je crois que j’aimerais exister au milieu d’une forêt, haut dans la montagne, les pieds dans l’eau d’un lac glacé et transparent.

C’est une Utopie !

Oui, je voudrais vivre dans une Utopie simple et impossible.

Je vivrai bien dans le pays de l’impossibilité…

Votre idéal de bonheur terrestre ?
Voici que je ne peux pas échapper à mes désirs répétitifs. Je ne fais que répéter continuellement la même chose. Le bonheur c’est l’endroit où l’on vit, la communication avec l’autre, la paix avec soi-même. Le bonheur c’est de ne pas se l’interdire, de l’accepter. Le bonheur est simple. Au risque de paraître naïve comme les enfants, je me permets de m’approprier leur sagesse : le bonheur c’est tout autour de moi, même le pire, car le bonheur c’est la vie et la vie est tissée de toutes les nuances des émotions que je peux traverser en fermant mes yeux.

Pour quelles fautes avez-vous le plus d’indulgence ?
Je pardonne les maladresses, toute faute « spontanée » qui n’est pas préméditée. Cette question me fait également penser aux fautes d’orthographe que j’ai du mal à supporter, mais en même temps je me rends compte que je me détends de plus en plus par rapport à ce genre de fautes puisque le plus important dans ce que l’on dit est le sens. Dire le sens, l’essence, le dire de façon dyslexique est encore plus beau que dire des sottises dans un orthographe parfait et avec une phrase correcte et bien rangée.

Ainsi on apprend à lire entre les lignes, entre les mots, entre les lettres…

Je pardonne la dyslexie humaniste…

Explosion of a family Tree, 2015, Performance.

Vos héros de roman favoris ?
Le Maître…
Gaoustyn (un personnage de Georgi Gospodinov, l’auteur de « la tristesse bulgare »)

Le narrateur dans le je-récit…

Votre personnage historique favori ?
J’aime bien l’idée de Yeshua, tellement, tellement conventionnelle cette réponse… Je ne suis pas croyante, mais cette figure, autour de laquelle se sont créés des mythes, me fascine vraiment. Tout autant que celle de Judas Iscariote. A vrai dire, je n’avais jamais pensé que j’allais pouvoir réponde de cette façon à une telle question. Et sont-ils vraiment des personnages historiques ?

Vos héroïnes favorites dans la vie réelle ?
Les femmes qui s’aiment, celle qui se respectent, qui croquent la vie à pleines dents, les mamans et les putains.

Vos peintres favoris ?

Jheronimus van Aken, dit JérômeBosch ou encore Jheronimus Bosch, Léonardo da Vinci, René Magritte, Friedensreich Hundertwasser Regentag Dunkelbunt, Jackson Pollock, Francis Bacon, Jean-Michel Basquiat, la grande Louise Bourgeois, Maria Helena Vieira da Silva Anselm Kiefer, Pierre Soulages… j’arrête !

Votre musicien favori ?
Jim Morisson, Thom Yorke, Nina Simone, les musiciens gitans, Colette Magny

Votre qualité préférée chez l’homme ?

La sincérité

Votre qualité préférée chez la femme ?
La sincérité

Votre vertu préférée ?
La sensibilité rationnelle

Votre occupation préférée ?
La contemplation

Memories Of Another Life, Montage photo, tirage sur aluminium numéroté, 2015.

Qui auriez-vous aimé être ?
Je n’arrive pas à répondre à cette question. J’aurais aimé être n’importe qui, tout le monde, à n’importe quelle époque, dans tous les temps, finalement… moi-même. J’aurais bien aimé être moi-même…

Le principal trait de votre caractère ?
Patience et adaptabilité.

Ce que j’apprécie le plus chez mes amis ?

Leur disponibilité. Leur chaleur. Leur intelligence.

Mon principal défaut ?
Le désordre

Mon rêve de bonheur ?

Etre là, tout simplement et m’exprimer librement avec tous mes moyens d’expression sans en être empêchée ou me laisser perturber par des gens « bienveillants » qui se mettraient à réfléchir à ma place.

Never Forget Your Pasta, Travail en binôme autour de la transformation d’un livre d’Art du photographe bulgare Nikola Mihov, 2015.

Quel serait mon plus grand malheur ?
Mon plus grand malheur serait de ne plus voir, ni entendre ou parler tout en étant consciente de tout.

La couleur que je préfère ?
Je les aime toutes, mais c’est comme si j’avais une petite préférence pour le bleu dans toutes ses teintes.

La fleur que j’aime ?
J’aime beaucoup le Galanthus elwesii qui est plus connu sous le nom populaire de Perce-neige. Il y en a beaucoup dans les jardins Bulgares au printemps.

L’oiseau que je préfère ?
La chouette/ Le hibou

Mes auteurs favoris en prose ?
Mikhaïl Boulgakov, Gabriel Garcia Màrquez, Christian Bobin, Khalil Gibran, Georgi Gospodinov
Harms, Brodsky…

Mes poètes préférés ?
Géo Milev (poète bulgare expressionniste), les symbolistes bulgares, les poètes maudits russes comme Akhmatova, Blok, Essénine, Khlebnikov, Maïakovski, Tsvetaïeva, mais aussi Verlaine, Rimbaud, Eluard…

Un livre à conseiller ?
Un roman naturel

Un auteur à découvrir ?
Georgi Gospodinov

Dubravka Ugrešić 

Un film ?
J’ai beaucoup aimé Le barbier de Sibérie, mais je me demande s’il n’a pas mal vieilli… J’étais jeune quand je l’ai vu… The wall (le film). C’en fait deux, alors peut-être un troisième ? Vodka Lémon, film arménien. Et probablement un coréen, puisque ce dernier m’a vraiment retourné : Locataires, mais aussi un japonais : Departures… stooooooop !!! 

Mes héros dans la vie réelle ?
Les hommes qui pleurent sans se cacher.

Mes héroïnes dans l’Histoire ?
Georges Sand

Mes (pré)noms favoris ?
… difficile à dire. J’aime beaucoup Amitthaï, Josepha…

Spiritus Sanctus/Πνεῦμα τὸ Ἅγιον, dessin et aquarelle sur papier artisanal tchèque des années 80′, 2018.

Ce que je déteste par-dessus tout ?
La petitesse, la manipulation, l’hypocrisie et la fausse politesse.

Caractères historiques que je méprise le plus ?

Difficile pour moi à mépriser ce que je ne connais pas de près pour juger. Adolf H peut-être?

Le fait militaire que j’admire le plus ?

J’ai l’impression que je ne peux pas admirer des faits militaires… Pour moi admiration et militaire ne pourraient pas être utilisés ensemble.

La réforme que j’admire le plus ?

Abolition de l’esclavage, ainsi que de la peine de mort…

Le don de la nature que je voudrais avoir ?
Repousser de ses graines chaque printemps. Renaître.

Comment j’aimerais mourir ?
En paix.

État présent de mon esprit ?
Sérénité.

Ma devise ?

Nous n’avons aucun souvenir de ce qui n’a jamais été.

Un souhait pour l’avenir ?
Se rappeler/ Ne pas oublier

Site internet : https://kremenanikolova.wixsite.com/kremenanikolova

Lectures mai

  1. Le Capitaine Fracasse – Théophile Gautier
  2. Le Corsaire rouge – Fenimore Cooper
  3. Prisonniers de la jungle – Arthur Catherall
  4. Bouncer #4 La Vengeance du manchot – Boucq & Jodorowsky
  5. Bouncer #5 La Proie des louves – Boucq & Jodorowsky
  6. Les Passagers du vent #1 La fille sous la dunette – François Bourgeon
  7. Coeur des Ténèbres – Joseph Conrad
  8. Les Passagers du vent #2 Le ponton – François Bourgeon
  9. Les Passagers du vent #3 Le comptoir de Juda – François Bourgeon
  10. Les Passagers du vent #4 L’heure du serpent– François Bourgeon
  11. Le pays des géants couchés – Jim Cobbler
  12. La France Big Brother – Laurent Obertone
  13. La Mémoire du fleuve. L’Afrique aventureuse de Jean Michonnet – Christian Dedet
  14. Les Passagers du vent #5 Le Bois d’ébène – François Bourgeon
  15. La Bandera – Pierre Mac Orlan

Le Librairtaire de Proust de Jean-Luc Bansard

Jean-Luc Bansard est artisan de théâtre, metteur en scène et comédien. Il dirige le Théâtre du Tiroir des affabulations qu’il a créé en 1987. Merci à lui d’avoir accepté de répondre à notre questionnaire de Proust revisité.

La République des enfants du Dr Korczak, création 2019, mise en scène d’Étienne Guichard, avec Cécile Hays et Jean-Luc Bansard (photo).

Quel est pour vous le comble de la misère ?

Ne pas manger à sa faim comme 10,8% de la population dans le monde.

Où aimeriez-vous vivre ?

En voyage permanent, sans attaches même si je me sens bien là où je suis.

Votre idéal de bonheur terrestre ?

Il ressemble à l’harmonie qui se dégage musique de Bach : chacun reçoit selon besoin et chacun donne selon ses moyens…

Pour quelles fautes avez-vous le plus d’indulgence ?

Les fautes sincères, celles que l’on fait croyant bien faire…

Vos héros de roman favoris ?

Jean Valjean, Trigorine de Tchekhov, Hamlet.

Votre personnage historique favori ?

Si Personnage = personne entrée dans l’histoire : Louise MICHEL.

Vos héroïnes favorites dans la vie réelle ?

Les agricultrices et les ouvrières d’usine.

Vos peintres favoris ?

Jean Eric Fouchault, Brigitte Maurice et Van Gogh.

Votre musicien favori ?

Affiche de Claude Baillargeon pour Ulysse ou les chants du retour, création 2012, mise en scène JL Bansard.

Gould et Chopin.

Votre qualité préférée chez l’homme ?

La sincérité.

Votre qualité préférée chez la femme ?

La sincérité.

Votre vertu préférée ?

La douceur.

Votre occupation préférée ?

Marcher en montagne.

Qui auriez-vous aimé être ?

Un oiseau.

Le principal trait de votre caractère ?

La persévérance.

Ce que j’apprécie le plus chez mes amis ?

La fidélité.

Mon principal défaut ?

L’activisme.

Mon rêve de bonheur ?

Vivre en montagne près d’un cours d’eau en bonne compagnie.

Quel serait mon plus grand malheur ?

Celui d’avoir été abusé sexuellement dans mon enfance.

La couleur que je préfère ?

Le gris vert.

La fleur que j’aime ?

La pâquerette.

L’oiseau que je préfère ?

Le coucou.

Mes auteurs favoris en prose ?

Dostoievski.

Mes poètes préférés ?

Français : Rimbaud, Lydie Datas, Rictus.

Monde Arabe : DARWICH, AL MAGHROUT, Nazik Al MALAIKA.

Anglais : Oscar Wilde.

Inde : Taslima Nasreen et Rabindranath Tagore.

Japon : NANAO SAKAKI.

Un livre à conseiller ?

En ce moment, Raymond GUREME, Interdit aux nomades.

Un auteur à découvrir ?

BABOUILLEC, autrice autiste.

Un film ?

Demain.

Mes héros dans la vie réelle ?

Les agriculteurs et les ouvriers d’usine.

Mes héroïnes dans l’Histoire ?

Rosa Luxembourg, Louise Michel, Marie Curie.

Mes (pré)noms favoris ?

Léon et Clémentine.

Ce que je déteste par-dessus tout ?

La cigarette et la suffisance…

Caractères historiques que je méprise le plus ?

Hitler, Sharon, Pol Pot.

Le fait militaire que j’admire le plus ?

La non-violence de Ghandi.

La réforme que j’admire le plus ?

Le droit de vote des femmes et le droit à l’éducation des enfants.

Le don de la nature que je voudrais avoir ?

Celui de voler comme un oiseau… Ou celui de fleurir chaque printemps.

Comment j’aimerais mourir ?

Discrètement. S’isoler dans un endroit calme à l’écart du monde comme le faisait les indiens d’Amérique du Nord : se retirer dans la nature et se faire oublier du monde…

État présent de mon esprit ?

Sérénité pour vivre heureux et actif en attendant la mort.

Ma devise ?

Se prêter en souriant aux autres mais ne se donner qu’à soi même…

(Plus facile à dire qu’à faire… pour moi)

Un souhait pour l’avenir ?

Éradication de la faim dans le monde par le partage des richesses de la nature et du travail en abolissant le propriété des moyens de production!!!

Site internet : www.theatre-du-tiroir.com

Prochain spectacle :

Création juin 2020


Ab hinc… 278

Alexis de Toqueville, par Théodore Chassériau

« Nos contemporains sont travaillés par deux passions ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de les satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs. Chaque individu souffre qu’on l’attache, parce qu’il voit que ce n’est pas un homme ni une classe, mais le peuple lui-même, qui tient le bout de la chaîne. » – Alexis de Toqueville, Le despotisme démocratique.

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