Ab hinc… 109 – À Catherine
« Je ne puis être et ne veux vivre que dans l’espace et dans la liberté de mon amour. Nous ne sommes pas ensemble le produit d’une capitulation, ni le motif d’une servitude plus déprimante encore. Aussi menons-nous malicieusement l’un contre l’autre une guérilla sans reproche. » – René Char
Ab hinc… 108
« Il n’y a que trois façons de s’en sortir : se saouler, se flinguer ou rire. » – Charles Bukowski
Qu’est ce que l’Occident ? Philippe Némo
Court essai qui offre matière à penser. Philippe Némo, philosophe et professeur à ESCP Europe, auteur de conversations pour France Culture avec notamment Emmanuel Lévinas ou Georges Brassens, propose des pistes de réflexion sur une identité commune de l’Occident comme civilisation. Comment définir la civilisation Occident en regard aux civilisations que sont la Russie et l’Europe orthodoxe, l’Islam, les civilisations asiatiques ou l’Amérique Latine (liste non-exhaustive) ?
Némo reconnaît comme l’Occident l’Europe catholique et protestante et les états d’Amérique du Nord, États-Unis et Canada. Il définit la civilisation occidentale par cinq révolutions successives et indissociables qui sont selon Philippe Némo :
1- le « miracle grec », la Cité, la science ;
2- l’invention du droit privé et de l’humanisme par les Romains ;
3- l’éthique et l’eschatologie bibliques ;
4- la révolution papale des XIe – XIIIe Siècles ;
5- l’avènement de la démocratie libérale.
Appartiennent à la civilisation occidentale les pays ayant connu ces cinq révolutions.
Ayant ainsi défini l’Occident, à grand renfort de références historiques, philosophiques et religieuses, Philippe Némo en déduit la vocation universelle de certaines valeurs occidentales et plaide pour une Union Occidentale transatlantique.
Que l’on approuve ou pas la thèse et les propositions développées par Philippe Némo (il ne nous appartient pas de nous prononcer dessus : ni engagé, ni dégagé, concerné), il est indéniable qu’elles sont intéressantes et argumentées, et qu’elles méritent d’être soumises au débat et discutées. Il est d’ailleurs regrettable que le débat politique fasse montre d’invectives, de noms d’oiseaux, de points Godwin en tout genre au lieu de procéder, comme cela devrait être en démocratie, d’une dispute civilisée fondée sur la confrontation d’arguments et les travaux scientifiques (au sens le plus large : philosophiques, historiques…) à l’image du brillant essai de Philippe Némo.
Chronique à retrouver sur le Salon Littéraire.
Ulysse – Lob & Pichard
Scénarisée par Lob d’après L’Odyssée d’Homère, cette adaptation dessinée d’Ulysse (en grec : Odysseus) respecte les principaux épisodes du retour du Rusé dans son île d’Ithaque. Le dessin de Pichard est une signature, un gage de qualité. Nul mieux que Pichard ne sait, dans un noir & blanc soigné, érotiser le corps des femmes – et quelles femmes dans l’Odyssée, excusez-moi du peu : Calypso, Circé, Pénélope… – leur donnant chair et formes, loin de l’obésité malbouffeuse ou des squelettes de la mode.
L’Ulysse de Pichard & Lob s’inscrit pleinement dans son époque (1974/1975) dans son traitement érotique à l’encontre des images d’Épinal, et dans le choix des auteurs de transposer le monde des dieux dans la sphère de la science-fiction ; l’Olympe devenant un vaisseau spatial commandé par Zeus, avec son équipage-Panthéon, en proie aux querelles divines. Rivalités et jalousies dont les mortels font les frais. À l’image de nos politicards et technocrates déconnectés de l’humain et du réel.
À la fois fidèle et audacieuse, à la fois oeuvre historique, actuelle et science-fictionnelle (vive les néologismes !), à la fois littéraire et politique, Pichard & Lob signent là une des plus belles adaptations de l’Odyssée, prouvant une nouvelle fois que les grands textes sont universels et intemporels, s’adressant à tous et à chacun. À nous d’en être digne (si ce mot conserve une signification aujourd’hui).




