Journal d'un caféïnomane insomniaque
mercredi octobre 7th 2026

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Western électrique – Pierre Gillieth

Nous sommes au mitan des années 1990. La scène se dresse au Mirail, célèbre quartier de Toulouse réputé pour sa joie de vivre ensemble et son plaisir de recevoir autrui… Une bagnole hors d’âge, des colleurs d’affiches du FNJ (le Front National de la Jeunesse – mouvement de jeunesse du Front national de Jean-Marie Le Pen) au cœur de la nuit… Achevons de planter le décor avec la bande-son de l’époque, scandant F comme Facho, et N comme Nazi à longueur de manifs, quand elle ne s’égosille pas sur le refrain fédérateur de la « Porcherie » des Bérus, « La jeunesse / Emmerde / Le Front na-tional ! ». La séance de collage d’affiches s’annonce prometteuse, et de fait, la valse avec Bachir est en passe de virer au tango funèbre…

Ainsi s’ouvre Western électrique, roman autobiographique signé Pierre Gillieth. Bertrand, alter-ego de l’auteur, héros et narrateur du roman, est issu de la grande bourgeoisie toulousaine, affilié à la famille Baudis par sa mère. Bien qu’issu d’une famille aimante (et aimée), Bertrand s’éloigne de son milieu d’origine, qu’il en vient à détester, et milite au FNJ. Il file un doux coton avec Sonia, assouvit sa passion du rock dans un groupe (apolitique, on ne mélange pas torchons et serviettes), et débute en parallèle un boulot d’huissier qui l’emmerde (et on le comprend !). En bref, une vie engagée à cent à l’heure en amitié, en amour, en politique et en musique !

À travers ce roman autobiographique, Pierre Gillieth – comme le héros de La Bandera, de Mac Orlan ; si c’est un pseudo, il dénote un goût sûr et racé de l’écrivain question littérature populaire – nous fait revivre la seconde moitié des années 1990, qui voit Le Pen atteindre le score de 15 % aux élections présidentielles de 1995, avec comme conséquences politiques la scission mégrétiste trois ans plus tard et le second tour en 2002, et musicales le désormais classique de Noir Désir « Un jour en France » ou le direct de Mano Solo et des Frères Misères « Il ne suffit pas ». Tout ce qui fait le sel d’un bon roman est présent : la vie, la mort, l’amitié, l’amour, l’apprentissage, la déception, les fidélités et les trahisons, in fine, les splendeurs et misères du militantisme, d’autant plus fortes que le parti est extrême.

Gillieth ne renie rien de son passé ni de ses opinions. Il ne s’offusquerait sans doute pas si, un peu par démagogie et beaucoup par facilité, je le qualifiais de « facho », ce terme galvaudé qui ne sert plus qu’à disqualifier un adversaire politique faute d’être suffisamment intelligent et/ou cultivé pour débattre avec lui. Sans partager ses opinions politiques, j’affirme sans détours que son Western électrique mérite le détour, et notre attention. Il recèle en effet de grandes qualités, dont en voici les principales à mes yeux : sa plume vive, enjouée, précise ; l’empathie naturelle que l’écrivain a su créer avec ses personnages ; un épisode de l’histoire récente raconté d’un point de vue qu’il nous est rarement donné d’écouter ou d’entendre ; et quelques idées reçues justement malmenées… Il est toujours piquant qu’un roman bouscule nos certitudes ; cela signifie qu’au-delà d’un simple divertissement, il change, de manière plus ou moins perceptible, quelque chose en vous. Après tout, qu’est-ce que la Littérature, si ce n’est des romans de grande tenue littéraire qui vous bouleversent à jamais ?

Amateurs de plumes racées et de style, aventuriers littéraires ou chevaliers du fauteuil en quête de témérité, osez Pierre Gillieth ! Quand bien même vous ne vous reconnaissez pas « identitaire », « réac » ou « facho »… Fort heureusement, lire un écrivain (ou un titre de presse) ne rime pas avec approuver ses opinions (même si, et singulièrement à gauche de l’échiquier politico-médiatique, de trop nombreux criminels imbéciles l’oublient trop facilement). On (je) continue bien de lire des ordures de génie comme Aragon ou Sartre, pour ne citer que le côté sinistre du spectre éditorial…

Je laisse (peu ou prou) le mot de la fin au grand Léon Daudet, qui disait en substance, « en matière de Littérature, j’emmerde la politique ! »

Philippe Rubempré

Pierre Gillieth, Western électrique, Auda Isarn, 2020, 153p.

Lectures novembre

  1. Jeremiah #5 Un cobaye pour l’éternité – Hermann
  2. Les dépossédés – Christophe Guilluy
  3. Jeremiah #12 Julius et Romea – Hermann
  4. Jeremiah #20 Mercenaires – Hermann
  5. Roman Fleuve – Philibert Humm
  6. Le Combat d’hiver – Jean-Claude Mourlevat
  7. Postures médiatiques. Chronique de l’imposture ordinaire – André Perrin
  8. Jo – Derib
  9. Girls don’t cry – Nine Antico
  10. 20. 000 Lieues sous les mers – Jules Verne
  11. Les bourreaux de Cupidon – Hubert Monteilhet
  12. Les Démoniaques – Mattias Köping
  13. La nuit nous sauvera – Philippe Ségur
  14. Locas, elles ne pensent qu’à ça ! – Jaime Hernandez
  15. Sophisticated Ladies – Paula Meadows

Ab hinc… 331

« Tu veux un monde meilleur, plus fraternel, plus juste ? Eh bien, commence à le faire, qui t’en empêche ? » – Lanza del Vasto

Lectures octobre

  1. La nuit commence au Cap Horn – Saint-Loup
  2. Les aventures de Cléo #5 – W.G. Colber
  3. Tropique de la violence – Nathacha Appanah
  4. Le temps des loups – Olivier Maulin
  5. Les moutons de la pensée. Nouveaux conformismes idéologiques – Jean Szlamowicz
  6. Tintin au Congo – Hergé
  7. Un capitaine de quinze ans – Jules Verne
  8. Ça vous intéresse ? – Dany
  9. On va plus loin ? – Dany
  10. Vous n’avez pas honte ? – Dany
  11. Survivre à l’effondrement économique – Piero San Giorgio
  12. Ça vous choque ? – Dany
  13. Comment osez-vous ? – Dany
  14. Jeremiah #1 Die Nacht der Adler – Hermann
  15. Rues barbares. Survivre en ville – Piero San Giorgio, Vol West
  16. Abattre l’Occident. Comment l’antiracisme est devenu une arme de destruction massive – Douglas Murray

Défaire le parti des médias – Martial Bild, Philippe Milliau

À l’origine de cet essai percutant et engagé, revendiquant une parfaite honnêteté intellectuelle plutôt qu’une objectivité par définition relative, voire douteuse1, deux militants patriotes2 assumés, Martial Bild et Philippe Milliau. Ces deux personnages sont à l’initiative d’un média hors-les-murs encore jamais pris en défaut par le CSA, devenu ARCOM, TVL (TVLibertés), étant respectivement le directeur général et président de cette web-TV.

Avec Défaire le parti des médias, Bild et Milliau entendent dénoncer, après un rappel historique, la duplicité, les failles, parfois la malhonnêteté, des médias autorisés3, de la presse dite de grand chemin, pour emprunter une expression qui ne m’appartient pas. Extrêmement bien sourcé – chaque fait avancé étant parfaitement documenté et vérifiable –, l’ouvrage livre des médias une image fort peu reluisante, qui explique par bien des aspects la crise – très violente – que connaît la majeure partie de la presse au sens large aujourd’hui. Cet essai n’est en rien complotiste ; il invite simplement à développer un regard critique (que tout adulte responsable devrait avoir). Complotisme et béni-oui-ouisme sont deux facilités opposées, mais deux facilités tout de même, qui économisent la réflexion au profit d’un confort intellectuel paresseux et d’une domestication affligeante. En cela, Défaire le parti des médias s’avère un complément utile aux deux essais majeurs d’Ingrid Riocreux, La langue des médias et Les marchands de nouvelles (L’Artilleur, 2016 ; 2018).

Défaire le parti des médias se veut en outre un ouvrage de « combat pour une presse vraiment libre », ainsi que le claironne le bandeau apposé en couverture. Et de fait, en tirant les leçons de l’expérience et du succès de TVL, Bild et Milliau avancent des propositions concrètes, parmi lesquelles ne se trouve pas le retour de la censure… Étrange, non ? Cette dernière est brandie dans la presse de grand chemin comme une menace qui s’abattrait inéluctablement sur la France si d’aventure l’essetrême drouâte venait à gagner une élection majeure. Or, la censure effectivement constatée aujourd’hui l’est dans des médias proches des Euro-mondialistes4 libéraux libertaires. Cette censure, longtemps sournoise, l’est de moins en moins, au nom de cette idéologie considérée – sincèrement, hélas, pour nombre de leurs esprits formatés – comme étant le Bien à défendre coûte que coûte contre le Mal que représenteraient l’identité, la souveraineté, le repli sur soi, bref le retour des fameuses et pavloviennes Zheures-les-plus-sombres…

Parmi les solutions esquissées, la séparation des églises médiatiques et de l’État parait une nécessité. En effet, est-il normal que les impôts des citoyens soient employés à maintenir en soins palliatifs des journaux sans lecteurs ? N’y a-t-il pas des priorités plus essentielles ? Personnellement, payer pour L’Humanité, qui a soutenu les pires tyrans, me gêne profondément5. De plus, quelle indépendance, quelle liberté réelles vis-à-vis de la main qui vous nourrit ? Une presse libre vit de son lectorat, de son auditorat, de son audience, pas de subsides de l’État. Quant à la presse propriété de milliardaires, d’industriels ou toute autre élite économique, elle n’est de facto pas libre. La reprise en main du groupe Canal par Bolloré l’a montré – même si nous devons nous réjouir de l’apport de diversité et de pluralité d’opinions consécutif à ce rachat.

Le problème se retrouve démultiplié sur Internet, où la plupart des plateformes sont privées, américaines ou russes, et défendent avant tout leurs intérêts. Techniquement, la France n’est pas en mesure d’offrir une alternative crédible. Espérons que cela changera, mais nous pouvons légitimement en douter. Les médias indépendants, quel que soit leur bord, sont dans l’obligation de faire avec, y compris TVL, censurée à plusieurs reprises par la plateforme leader du marché, YouTube.

Bild et Milliau versent au débat public avec Défaire le parti des médias un regard critique et un panel de solutions, s’appuyant pour cela sur l’expérience TVL. Il est fort dommage que la presse mainstream ne s’en soit pas emparé – même si cela n’étonne plus. Le silence tue bien plus sûrement qu’une critique incendiaire…

Philippe Rubempré

Martial Bild – Philippe Milliau, Défaire le parti des médias, Coédition Bouledogue Medias & Dualpha, 2022, 219 p.

1Souvenez-vous du Monde d’Edwy Plenel et Jean-Marie Colombani, ou même pensez à L’Immonde de Navet et Gnôme au Monde de Davet et Lhomme, qui distille son idéologie libérale-libertaire – respectable en soi – ouverte au wokisme (idéologie totalitaire dans le sens où d’une part elle condamne des personnes pour ce qu’elles sont et non pour ce qu’elles disent ou font ; et d’autre part, car elle prétend réécrire l’histoire, les sciences et créer un homme nouveau) sous couvert d’objectivité, et sans trop de considération pour l’encombrante charte de Munich, code de déontologie des journalistes.

2Donc de la droite nationale, si vous êtes de leurs partisans, ou d’essetrême drouâte, si vous comptez parmi leurs détracteurs. Cette dernière étiquette, infamante, offre l’immense avantage de n’avoir pas à se donner la peine de lire ou d’écouter des arguments jugés a priori ignobles.

3Selon la définition d’Ingrid Riocreux, un média autorisé peut être repris dans une revue de presse télévisée ou radiophonique sur le service public. Ainsi, l’affaire Fabrice Le Quintrec a montré que sur Radio France, il n’était pas possible de citer le quotidien national-catholique Présent trente secondes dans une revue de presse dans laquelle le quotidien communiste L’Humanité avait quant à lui toute sa place… https://www.causeur.fr/le-scandale-france-inter-devrait-etre-un-theme-majeur-de-la-campagne-211872 (entre autres sources multiples et facilement consultables dans la presse et sur la toile).

4J’emploie ce terme polémique par facilité de langage : il a le mérite d’être explicite.

5En revanche, je n’ai aucune objection à l’existence d’une presse dont j’abhorre les idées dès lors qu’elle est financée par son lectorat ou son auditorat.

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