Journal d'un caféïnomane insomniaque
mardi janvier 20th 2026

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Introït

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.

 

Rendre l’eau à la terre – Baptiste Morizot & Suzanne Husky

« Ce qui amène à reconnaître une alterintelligence, ce n’est donc pas de la fascination pour les animaux, ni une théorie philosophique, c’est de l’estime pour une expertise alienne reconnue, dont on voit les effets en connaissance, au jour le jour. Comme lorsqu’un artisan spécialisé admire l’inventivité avec laquelle un autre du même métier a résolu un problème de fabrication difficile, et pourtant invisible pour nous, profanes. »

Baptiste Morizot, op. cit., p. 233.

Coup de cœur pour cet essai à quatre mains signé Baptiste Morizot et illustré superbement par Suzanne Husky. Sous-titré « Alliances dans les rivières face au chaos climatique », Rendre l’eau à la terre développe le pari a priori fou de construire et développer une alliance avec les castors, ces rongeurs mignons des contes pour enfants massacrés comme nuisibles par l’homme au point de devoir être protégés… Et non, Morizot n’est pas fou ! Il a même toute sa tête et son propos fondé sur de nombreuses expériences réelles, concrètes, est plus que convaincant.

Nos aménageurs de territoires seraient bien inspirés de lire cet ouvrage d’un écologiste intelligent (on avait presque fini par oublier que cela existe avec les frasques ridicules et lunaires de certain.e.s élu.e.s EELV – écriture inclusive à valeur sarcastique), conscient, réaliste, avec les pieds bien ancrés dans la terre. S’inspirer des castors et travailler avec eux pour gérer l’eau, prévenir sécheresse et catastrophes naturelles est possible, peu coûteux et parfaitement écologique. Il s’agit de rendre à certaines rivières leur cours naturel (les auteurs sont parfaitement conscients de la nécessité d’aménagements humains pour l’agriculture ou la protection contre les crues, par exemple) et de laisser les castors (ou de les imiter pour) en réguler le flux… Improbable ? Lisez Morizot, vous serez convaincu de la faisabilité de la chose !

Cet essai accessible et bien écrit, qui prend toute sa saveur avec les magnifiques aquarelles de Suzanne Husky, nous réconcilie avec l’écologie, qui, nous l’oublions trop souvent, n’a à peu près rien à voir avec l’écologisme des politocards d’EELV. Soyez optimistes, laissez-vous séduire par le peuple castor, vous ne regretterez pas le voyage.

Philippe Rubempré

Baptiste Morizot, Suzanne Husky, Rendre l’eau à la terre. Alliances dans les rivières face au chaos climatique, Actes Sud, octobre 2024, 352 p.

Ab hinc… 403

« Les hommes n’existent que par ce qui les distingue : clan, lignée, histoire, culture, tradition. Il n’y a pas de réponse universelle aux questions de l’existence et du comportement. Chaque civilisation a sa vérité et ses dieux, tous respectables pour autant qu’ils ne nous menacent pas. Chaque civilisation apporte ses réponses, sans lesquelles les individus, hommes ou femmes, privés d’identité et de modèles, sont précipités dans un trouble sans fond. Comme les plantes, les hommes ne peuvent se passer de racines. Il appartient à chacun de retrouver les siennes. » – Dominique Venner

Lectures décembre

  1. La Vicieuse – Bruce Morgan
  2. Spirou & Fantasio #7 Le Dictateur et le champignon – Franquin
  3. Spirou & Fantasio #9 Le Repaire de la Murène – Franquin
  4. Spirou & Fantasio #15 Z comme Zorglub – Franquin
  5. Hessa #10 Duel de tanks – Nevio Zeccara
  6. Spirou & Fantasio #16 L’Ombre du Z – Franquin
  7. Hessa #11 Mission au Loch Ness – Nevio Zeccara
  8. Le Sang noir – Louis Guilloux
  9. Apologie de l’Antiquité – Collectif, à l’initiative de Pierre Gillieth
  10. Le Jardin des désirs – Will & Desberg
  11. L’Anti-humaniste – Claude Marion
  12. Survivre à la peur Tome 2 – Piero San Giorgio
  13. Le Meilleur des Mondes – Aldous Huxley
  14. La 27e Lettre – Will & Desberg
  15. L’Appel de l’Enfer – Will & Desberg
  16. Nouvelles misogynes – Claude Marion
  17. Contes grivois – Guy de Maupassant
  18. Ballades des Frontières écossaises – Walter Scott
  19. La Fête des paires – San-Antonio
  20. Les Écrivains collaborateurs. Engagement, stigmate et postérité – Tristan Rouquet
  21. Les Robinsons de la Grève – Jules Gros
  22. La Mer cruelle – Nicholas Monsarrat
  23. Giovannissima #2 – Giovanna Casotto

Ab hinc… 402 – Vœux 2026

« Laisse-toi aller à la félicité de l’instant […]. Tu es un vaillant, un pur. […] La vie, tu la sais, et par conséquent la dédaigne dans ses superflances. N’en conserve que l’essence. La flamme vive bien dansante. […] Mange ton pain, dors, aime, baise et travaille. Et regarde le ciel au fond des nues ! La liberté est dans ta tête. » – San-Antonio, À prendre ou à lécher, 1980.

Chères lectrices, chers lecteurs,

Soyez libres en 2026, et pas seulement dans vos têtes. Je vous souhaite une très bonne année d’aventures et de découvertes enrichissantes, pleine de joie et de santé.

Fidèlement,

Philippe Rubempré

Le réseau des tempêtes – Pablo Servigne

Connu comme l’un des concepteurs de la collapsologie – la science des catastrophes, Pablo Servigne ne nie pas la dangerosité de notre monde. Avec Le réseau des tempêtes, il signe un « manifeste pour une entraide populaire ». Servigne mouille la chemise et s’engage en faveur de solutions curatives face aux catastrophes, mais avant tout préventives. C’est en cela qu’on peut le rapprocher du survivalisme, dont il s’éloigne cependant ouvertement.

Je ne crois pas insulter l’auteur en le qualifiant de progressiste et d’écologiste ; je dois toutefois préciser qu’il ne partage pas dans son court essai l’intolérance et la pédanterie communes chez nombre de militant.e.s (écriture inclusive de rigueur et d’ironie) de cette fraction du champ politique et social. Pablo Servigne commence par reconnaître le caractère incertain du monde, cette insécurité physique et morale, écologique, terroriste, technologique, politique qui a fini par faire de la France ce « petit paradis peuplé de gens qui se pensent en enfer » (Sylvain Tesson). Il a l’intelligence de ne pas juger ni condamner les personnes sensibles à cette insécurité, ce « sentiment d’insécurité » (Dupont-Moretti, à la suite de quelques autres).

Que propose Pablo Servigne face à l’inéluctabilité des catastrophes ? Du lien social, de l’entraide, des relations de bon voisinage, bref des relations sociales apaisées, saines et marquées par la confiance. Chacun à sa place, chacun dans son rôle, tous ensemble vers un même but. In fine, Servigne propose de redonner corps, chair, sens, à ce beau mot de Fraternité qui figure au fronton de nos édifices publics – et qui a dégénéré en vivre-ensemble, cette litote signifiant la guerre larvée de tous contre tous. Ce déclassement est certes dû, comme le montre bien l’auteur, à l’essence même de la société capitaliste, mais aussi – et au moins autant – à une gestion des humains et des migrations excelisée, donc déshumanisée, niant les cultures, les civilisations, les religions, les peuples, les ethnies, au profit d’un tout indifférencié dont le réel nous rappelle à chaque instant qu’il est in-humain, c’est-à-dire contraire à la nature biologique même de l’homme.

Pour pallier cela, Pablo Servigne invite à retisser des liens horizontaux et verticaux qui non seulement vont nous permettre de faire efficacement face aux catastrophes inévitables, attendues ou non, mais aussi et surtout améliorer concrètement le quotidien des gens. C’est indéniablement un optimiste qui s’engage pour une solution accessible. C’est en cela que Servigne oppose au survivalisme (en fait, à une certaine caricature de survivalisme) qui prône repli sur soi et culte égoïste de la force et des compétences multiples, un supervivalisme incarné par les bonnes relations sociales et la mutualisation des compétences pour mieux affronter la vie et ses difficultés inéluctables. (Je me dois ici d’ouvrir une parenthèse pour préciser que le survivalisme caricatural à l’américaine n’est pas représentatif de la mouvance entière. Un Piero San Giorgio prône lui aussi des bonnes relations de voisinage pour affronter les affres de la vie, même si en effet, il va limiter à un cercle plus retreint les bénéficiaires de son anticipation et de sa préparation à la catastrophe. Quant à Salsa Bertin, si elle se situe à une échelle locale, rien de fondamental ne s’oppose dans sa vision du survivalisme au supervivalisme de Pablo Servigne).

Pablo Servigne signe ici un manifeste pour une entraide populaire qui, que nous soyons de sensibilité de gauche ou de droite, est la vraie solution face aux catastrophes d’une part, mais aussi face au(x) pouvoir(s) et à leurs abus de plus en plus nombreux et de moins en moins discrets. La multiplication des réseaux d’entraide, des associations locales plus ou moins informelles, la renaissance de communautés non communautaristes vivant en bonne intelligence au sein de la Nation, seule communauté reconnue en France, est en soi un contre-pouvoir aussi démocratique que manifeste, et cette perspective réaliste (qui existe déjà à plus ou moins grande échelle) redonne de l’espoir face à l’incurie (litote) de nos politiciens (de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par l’extrême centre et tout le camaïeu des nuances intermédiaires) incompétents (concrètement, nos politocards nous emmerdent avec la vitesse sur la route et l’alcool, la clope ou je ne sais quoi car c’est le seul pouvoir qu’il leur reste : nous faire chier, moraliniser, infantiliser. Ils n’ont de prise sur rien d’essentiel, par la faute des crétins qui votent sans lire les programmes ni les comprendre malheureusement, ou en s’en foutant).

Pour se redonner de l’espoir et avancer concrètement, lire Pablo Servigne et son « manifeste pour une entraide populaire » est réconfortant et encourageant. Pour une fois, le pessimiste que je suis va défendre l’optimiste Servigne.

Philippe Rubempré

Pablo Servigne, Le réseau des tempêtes. Manifeste pour une entraide populaire, Les Liens qui Libèrent, octobre 2025, 128 p., 12 euros.

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