Journal d'un caféïnomane insomniaque
vendredi octobre 22nd 2021

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Ab hinc… 301

« … Je m’engageais donc sur la route que suivent les indifférents, les timorés, les résignés, ceux qui acceptent n’importe quelle tyrannie en prenant comme excuse qu’ils haïssent la haine et détestent la violence et qu’ils croient à l’amour universel. J’écrivis avec la force de l’ignorance, avec la conviction tirée d’un petit échec. J’ai vu les hommes se révolter, échouer et mourir misérablement, en pure perte, car tout redevint comme avant. Alors, à quoi sert la rébellion ? Mieux vaut rester tranquille. Je devais apprendre un jour que cette acceptation tacite de la tyrannie est le rempart le plus sûr de la tyrannie et que l’apathie, la crainte et l’indifférence sont les véritables meurtriers des Libertés de l’Homme. Mais cela ne devait venir que plus tard… »

Han Suyin, L’Arbre blessé.

Mémoires barbares – Jules Roy

« Il n’y a de mérite dans l’art que pour celui qui risque sa peau. »

Robert Brasillach

Bertrand Poirot-Delpech évoque à propos de Jules Roy dans Le Monde « un bel emmerdeur »… Et en effet, ses Mémoires barbares auraient pu s’intituler « Mémoires d’un Emmerdeur ». D’un Emmerdeur majuscule, pourrait-on même suggérer.

Né en Algérie au début du XXe siècle, écolier turbulent, séminariste, puis officier, pilote de bombardier, pétainiste, Français libre engagé dans la Royal Air Force, officier de presse en Indochine… Jules Roy est un grand témoin du siècle abominable qu’il a traversé. Tout au long de sa vie, il n’a cessé d’être fidèle à ce qu’il croit juste, quittant Pétain pour de Gaulle, l’armée par anticolonialisme ; il n’a cessé de raconter dans ses romans, de combattre dans ses essais, bref, il a mis sa peau, ses couilles et ses idées sur la table !

Sa vie fut aussi riche de rencontres importantes, riches, variées, de relations plus ou moins chaotiques avec d’autres témoins du siècle, de Montherlant à Camus, de Florence Gould à Louise de Vilmorin, d’Amrouche à Doyon, sous l’ombre tutélaire de Malraux, qu’il finira par rencontrer.

Les Mémoires barbares de Jules Roy sont barbares à l’image du XXe siècle. Quant à l’auteur, il est un témoin engagé, touchant, attachant, pudique, et agaçant, énervant, dérangeant aussi. Une forte personnalité qui mérite d’être lue, et relue.

Philippe Rubempré

Jules Roy, Mémoires barbares, Albin Michel, 1989, Prix Méditerranée 1989.

Les Nouveaux Vertueux – Bruno Lafourcade

« L’esprit de sérieux est la négation par excellence de la liberté. »

Hannah Arendt

Dans le combat séculaire de la Vérité et de la Vertu, Bruno Lafourcade a choisi : ce sera la Vérité. Ironiste hors-pair, il met à nu dans une apocalypse1 de la bien-pensance quelques donneurs de leçons patentés, coureurs de plateaux et cyniques en diable.

Destinant aux « petits jeunes » son essai, Lafourcade se lance dans un exercice de style mordant visant à « redonner courage et inspiration aux intrigants et aux courtisans, en rappelant la voie qui depuis toujours leur est ouverte : la vertu ». L’occasion de dévoiler par les faits, actes et paroles, la réalité des Joffrin, Plenel, Thuram, Taubira, Caron et j’en passe… Aucune attaque ad hominem. Des faits, rapportés avec style ; une plume racée qui joue de l’ironie avec autant d’aisance qu’un mousquetaire tire sa rapière et Voltaire sur l’Église.

Les Nouveaux Vertueux propose, par exemple, un juste retour sur le scandaleux procès instruit à l’encontre de Renaud Camus (nous l’avons déjà évoqué ici) pour quelques lignes extraites de La Campagne de France, auxquelles on a consciencieusement fait dire ce qu’elle ne disaient aucunement, à grands renforts de lynchages médiatiques et de ciseaux d’Anastasie. Au nom du Bien, de la Vertu, à laquelle toujours s’oppose la Vérité. Maximilien d’Arras a fait couler tant de sang, tombé tant de têtes au nom de la Vertu que cette période est gravée dans le marbre de l’Histoire sous le nom de Terreur… pourtant, la tête de Robespierre a roulé à son tour dans la sciure, amputée d’une partie de la mâchoire par un coup de pistolet.

Il n’est pas question de souhaiter aux Robespierre 2.0 et aux nouvelles tricoteuses à la petite semaine, ici révélés dans leur Vérité, un aller simple pour l’abbaye de monte-à-regrets. Juste d’ouvrir les yeux. De préférer la Vérité à la Vertu, et tant pis si ça pince ! Honneur et Liberté plutôt qu’égalitarisme (par nature) mensonger.

À notre connaissance, aucune plainte en diffamation des intéressés, qui sans doute – mais ce serait un procès d’intention – ne se seraient pas gênés pour clouer le bec de Lafourcade au nom de la Vertu à la moindre faille… Comme le chantait Guy Béart,

« Le premier qui dit la Vérité

Il doit être exécuté »

Philippe Rubempré

Bruno Lafourcade, Les Nouveaux Vertueux, Jean-Dézert Éditeur, 2017, 201 p.

1Le mot « apocalypse » est à entendre dans son sens originel de révélation.

Ab hinc… 300

« En 1969, j’ai arrêté les femmes et l’alcool : ce furent les vingt minutes les plus dures de ma vie. » – George Best

La Littérature à balles réelles – Bruno Lafourcade

« La retenue et la modération ne sont pas de mise dans une cause excellente »

Cicéron

Voilà un essai critique qui porte bien son nom ! Lafourcade tire en effet à balles réelles et au gros calibre sur les fausses gloires et les potiches écrivant.e.s. qui polluent librairies et médias. Mais Lafourcade aime aussi ; il admire ; et il l’écrit. Remarquablement. Enfin, contrairement à ses « victimes », Lafourcade ne s’épargne pas. Il est lucide, et cela lui confère à notre avis certains droits, notamment celui de mettre les pieds dans le plat et du 357 Magnum dans les plumes d’Annie Ernaux ou J.M.G. Le Clézio (je partage l’aversion de l’auteur pour ces baudruches bien-pensantes sans l’ombre du quart de l’once d’un nano-talent littéraire).

Bruno Lafourcade est romancier (L’Ivraie, paru chez Léo Scheer, ou Le Hussard retrouve ses facultés chez Auda Isarn, liste bien entendu loin d’être exhaustive), mais je le connais surtout comme chroniqueur, ou plus exactement, portraitiste de son époque, dans les colonnes d’Éléments. C’est une des plumes de cette digne revue diffamée par les imbéciles et les illettrés qu’on attend avec impatience tous les deux mois.

Sa Littérature à balles réelles est cruelle, parfois, juste souvent ; quand bien même nous serions moins sévère que lui quant à certaines de ses cibles… Mais c’est une lecture réjouissante, absolument, et écrite avec style. C’est racé et drôle, sans attaque ad hominem (Lafourcade n’est vraisemblablement pas de gauche, et ne connaît aucun des auteurs cités personnellement). Son tour de force : donner une furieuse envie de lire ceux qu’il aime ; et laisser son lecteur apprécier les autres, en lui offrant toutes les références le lui permettant.

À mettre entre toutes les mains qui apprécient la Liberté, la Littérature et la Disputatio.

Philippe Rubempré

Bruno Lafourcade, La Littérature à balles réelles, Jean-Dézert Éditeur, mars 2021, 100 p.

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