Journal d'un caféïnomane insomniaque
jeudi février 2nd 2023

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Lectures octobre

  1. La nuit commence au Cap Horn – Saint-Loup
  2. Les aventures de Cléo #5 – W.G. Colber
  3. Tropique de la violence – Nathacha Appanah
  4. Le temps des loups – Olivier Maulin
  5. Les moutons de la pensée. Nouveaux conformismes idéologiques – Jean Szlamowicz
  6. Tintin au Congo – Hergé
  7. Un capitaine de quinze ans – Jules Verne
  8. Ça vous intéresse ? – Dany
  9. On va plus loin ? – Dany
  10. Vous n’avez pas honte ? – Dany
  11. Survivre à l’effondrement économique – Piero San Giorgio
  12. Ça vous choque ? – Dany
  13. Comment osez-vous ? – Dany
  14. Jeremiah #1 Die Nacht der Adler – Hermann
  15. Rues barbares. Survivre en ville – Piero San Giorgio, Vol West
  16. Abattre l’Occident. Comment l’antiracisme est devenu une arme de destruction massive – Douglas Murray

Défaire le parti des médias – Martial Bild, Philippe Milliau

À l’origine de cet essai percutant et engagé, revendiquant une parfaite honnêteté intellectuelle plutôt qu’une objectivité par définition relative, voire douteuse1, deux militants patriotes2 assumés, Martial Bild et Philippe Milliau. Ces deux personnages sont à l’initiative d’un média hors-les-murs encore jamais pris en défaut par le CSA, devenu ARCOM, TVL (TVLibertés), étant respectivement le directeur général et président de cette web-TV.

Avec Défaire le parti des médias, Bild et Milliau entendent dénoncer, après un rappel historique, la duplicité, les failles, parfois la malhonnêteté, des médias autorisés3, de la presse dite de grand chemin, pour emprunter une expression qui ne m’appartient pas. Extrêmement bien sourcé – chaque fait avancé étant parfaitement documenté et vérifiable –, l’ouvrage livre des médias une image fort peu reluisante, qui explique par bien des aspects la crise – très violente – que connaît la majeure partie de la presse au sens large aujourd’hui. Cet essai n’est en rien complotiste ; il invite simplement à développer un regard critique (que tout adulte responsable devrait avoir). Complotisme et béni-oui-ouisme sont deux facilités opposées, mais deux facilités tout de même, qui économisent la réflexion au profit d’un confort intellectuel paresseux et d’une domestication affligeante. En cela, Défaire le parti des médias s’avère un complément utile aux deux essais majeurs d’Ingrid Riocreux, La langue des médias et Les marchands de nouvelles (L’Artilleur, 2016 ; 2018).

Défaire le parti des médias se veut en outre un ouvrage de « combat pour une presse vraiment libre », ainsi que le claironne le bandeau apposé en couverture. Et de fait, en tirant les leçons de l’expérience et du succès de TVL, Bild et Milliau avancent des propositions concrètes, parmi lesquelles ne se trouve pas le retour de la censure… Étrange, non ? Cette dernière est brandie dans la presse de grand chemin comme une menace qui s’abattrait inéluctablement sur la France si d’aventure l’essetrême drouâte venait à gagner une élection majeure. Or, la censure effectivement constatée aujourd’hui l’est dans des médias proches des Euro-mondialistes4 libéraux libertaires. Cette censure, longtemps sournoise, l’est de moins en moins, au nom de cette idéologie considérée – sincèrement, hélas, pour nombre de leurs esprits formatés – comme étant le Bien à défendre coûte que coûte contre le Mal que représenteraient l’identité, la souveraineté, le repli sur soi, bref le retour des fameuses et pavloviennes Zheures-les-plus-sombres

Parmi les solutions esquissées, la séparation des églises médiatiques et de l’État parait une nécessité. En effet, est-il normal que les impôts des citoyens soient employés à maintenir en soins palliatifs des journaux sans lecteurs ? N’y a-t-il pas des priorités plus essentielles ? Personnellement, payer pour L’Humanité, qui a soutenu les pires tyrans, me gêne profondément5. De plus, quelle indépendance, quelle liberté réelles vis-à-vis de la main qui vous nourrit ? Une presse libre vit de son lectorat, de son auditorat, de son audience, pas de subsides de l’État. Quant à la presse propriété de milliardaires, d’industriels ou toute autre élite économique, elle n’est de facto pas libre. La reprise en main du groupe Canal par Bolloré l’a montré – même si nous devons nous réjouir de l’apport de diversité et de pluralité d’opinions consécutif à ce rachat.

Le problème se retrouve démultiplié sur Internet, où la plupart des plateformes sont privées, américaines ou russes, et défendent avant tout leurs intérêts. Techniquement, la France n’est pas en mesure d’offrir une alternative crédible. Espérons que cela changera, mais nous pouvons légitimement en douter. Les médias indépendants, quel que soit leur bord, sont dans l’obligation de faire avec, y compris TVL, censurée à plusieurs reprises par la plateforme leader du marché, YouTube.

Bild et Milliau versent au débat public avec Défaire le parti des médias un regard critique et un panel de solutions, s’appuyant pour cela sur l’expérience TVL. Il est fort dommage que la presse mainstream ne s’en soit pas emparé – même si cela n’étonne plus. Le silence tue bien plus sûrement qu’une critique incendiaire…

Philippe Rubempré

Martial Bild – Philippe Milliau, Défaire le parti des médias, Coédition Bouledogue Medias & Dualpha, 2022, 219 p.

1Souvenez-vous du Monde d’Edwy Plenel et Jean-Marie Colombani, ou même pensez à L’Immonde de Navet et Gnôme au Monde de Davet et Lhomme, qui distille son idéologie libérale-libertaire – respectable en soi – ouverte au wokisme (idéologie totalitaire dans le sens où d’une part elle condamne des personnes pour ce qu’elles sont et non pour ce qu’elles disent ou font ; et d’autre part, car elle prétend réécrire l’histoire, les sciences et créer un homme nouveau) sous couvert d’objectivité, et sans trop de considération pour l’encombrante charte de Munich, code de déontologie des journalistes.

2Donc de la droite nationale, si vous êtes de leurs partisans, ou d’essetrême drouâte, si vous comptez parmi leurs détracteurs. Cette dernière étiquette, infamante, offre l’immense avantage de n’avoir pas à se donner la peine de lire ou d’écouter des arguments jugés a priori ignobles.

3Selon la définition d’Ingrid Riocreux, un média autorisé peut être repris dans une revue de presse télévisée ou radiophonique sur le service public. Ainsi, l’affaire Fabrice Le Quintrec a montré que sur Radio France, il n’était pas possible de citer le quotidien national-catholique Présent trente secondes dans une revue de presse dans laquelle le quotidien communiste L’Humanité avait quant à lui toute sa place… https://www.causeur.fr/le-scandale-france-inter-devrait-etre-un-theme-majeur-de-la-campagne-211872 (entre autres sources multiples et facilement consultables dans la presse et sur la toile).

4J’emploie ce terme polémique par facilité de langage : il a le mérite d’être explicite.

5En revanche, je n’ai aucune objection à l’existence d’une presse dont j’abhorre les idées dès lors qu’elle est financée par son lectorat ou son auditorat.

Instinct primaire – Baptiste Marchais

« Exister, c’est combattre ce qui me nie. Être un insoumis […] cela signifie être à soi-même sa propre norme par fidélité à une norme supérieure. S’en tenir à soi devant le néant. Veiller à ne jamais guérir de sa jeunesse. Préférer se mettre le monde à dos que se mettre à plat ventre. »

Dominique Venner

« Si la violence ne résout rien, cela veut juste dire que vous n’avez pas tapé assez fort. »

Jean Yanne

Un « repas de seigneurs » avec Papacito m’a permis de découvrir Baptiste Marchais, seigneur du développé-couché (bench) et amateur de cigares devant l’Éternel, cette dernière qualité n’étant pas pour me déplaire. Depuis, je suis régulièrement, sans en être absolument inconditionnel, sa chaîne YouTube Bench’n’Cigars, particulièrement pour ce qui concerne la gastronomie, la chasse (quoique n’étant pas moi-même chasseur), ou l’artisanat. La fréquentation numérique de Marchais m’a permis de découvrir l’excellente chaîne de Richard sur Terre ou de réviser mon opinion sur des personnes comme Julien Rochedy, par exemple.

Baptiste Marchais a décidé de s’expliquer. Qui est-il ? D’où vient-il ? Que fait-il ? Que veut-il ? La meilleure réponse à toutes les conneries qu’on balance sur votre compte (et dans votre dos) est sans doute le silence, mais il n’est pas interdit de sanctionner ses calomniateurs, ni d’honorer ses soutiens. C’est chose faite, façon coup de poing dans la gueule, avec la publication aux éditions Hétairie, de Julien Rochedy, d’Instinct primaire, récit autobiographique et, en même temps (sans soupçon possible de la moindre accointance avec le macronisme), de développement personnel.

Baptiste Marchais se livre et éclaire son parcours jusqu’au succès fulgurant de Bench’n’Cigars dans un texte brut de décoffrage à l’oralité assumée. Enfant du Val d’Oise, puis de Picardie, issu de la petite classe moyenne, Marchais a été confronté très jeune aux joies de la diversité multiculturelle (pour mes lecteurs occasionnels et ceux qui me découvrent, je suis opposé au multiculturalisme pour des raisons développées ici ou encore , mais je ne me soucie guère de l’ethnie, dans les limites définies par le Général de Gaulle), avant de goûter à celles, concrètes, de la vie à la campagne, au contact charnel de la nature. La passion du sport permet au jeune Marchais de se hisser au-dessus du lot et de sortir son épingle du jeu, en ouvrant sa boite de coaching, puis en créant sa chaîne culturelle à vocation métapolitique Bench’n’Cigars – laquelle n’est affiliée à aucun parti, mais défend, non des valeurs, relatives par définition, mais des principes chers à mon cœur comme l’honneur, l’amitié ou la fidélité. Bien entendu, des valeurs y sont promues, ainsi la gastronomie, l’écologie (rien à voir avec l’écologisme à la sauce rousseauiste, une sauce verte bien dégueulasse). Il est à souligner enfin que la Foi catholique y est honorée. Le catholique mécréant que je suis ne peut s’empêcher de saluer ici le fidèle qui s’assume sans s’excuser d’être ce qu’il est, un fils de France, cette grande Nation qui fut fille aînée de l’Église en son temps.

Fort de son parcours singulier, Baptiste Marchais ne se fait pas pour autant donneur de leçons. S’appuyant sur sa propre expérience, il montre que malgré la situation catastrophique, à défaut d’être totalement désespérée, il est possible de rester fidèle à l’honneur, à ses principes, à sa famille et à ses amis en offrant aussi peu de prises que possible à nos ennemis (État tentaculaire sur pente totalitaire liquide, gauchisme, cons, pour résumer. Liste non-exhaustive). C’est à lever la tête et à marcher droit que Marchais nous invite. Nous n’avons pas choisi de vivre la décadence ; nous pouvons choisir de Vivre et de ne pas subir sans réagir.

190 pages coup de poing. Absence totale de langue de bois garantie. Si vous voulez connaître un peu mieux Baptiste Marchais, donnez la parole à l’accusé plutôt que de vous fier aux papiers malveillants de la presse autorisée (i.e. selon la définition d’Ingrid Riocreux, la presse autorisée à être citée dans les revues de presse, sur les radios de se(r)vice public par exemple) ; lisez Instinct primaire. Soyez séduits, choqués, ou cumulards, et cultivez dès à présent votre bien le plus précieux, votre Liberté.

Philippe Rubempré

Baptiste Marchais, Instinct primaire, Éditions Hétairie, 2022, 190 p.

Rééducation nationale – Patrice Jean

Merveilleux et subtil contempteur de l’air du temps, ironiste talentueux, professeur de lettres, Patrice Jean, auteur de l’inénarrable Homme surnuméraire (rue fromentin, 2017), est avec le rabelaisien Olivier Maulin et le voltairien Bruno Lafourcade l’un des écrivains les plus drôles et les plus (im)pertinents de sa génération. Avec Rééducation nationale, paru en juillet dernier, il s’attaque à un mammouth qu’il connaît parfaitement pour le pratiquer au quotidien, l’Éducation nationale.

Dans ce court roman délicieusement ironique, Jean met en scène Bruno Giboire, en reconversion es qualité de professeur de lettres au lycée André Malraux. Néophyte issu de la fonction publique territoriale, Giboire a la foi du charbonnier quant aux théories pédagogiques de Philippe Meirieu, qu’il n’est pas loin de sanctifier. Rééducation nationale est le récit de sa première année d’enseignement.

Patrice Jean nous plonge au cœur d’un système parfaitement décrit, nous offrant une galerie de portraits des plus jouissives, tant sa profondeur et sa justesse jusque dans la caricature font mouche. Du proviseur au prof gauchiste militant en passant par les supposés réacs ou fachos (entendre ceux qui privilégient la transmission des savoirs sur les ateliers pédagogiques et citoyens), la caricature se fond dans la réalité, ainsi avec le récit de l’inspection subie par Giboire, révélatrice d’une dérive pédagogiste de l’enseignement. La citation de l’inspectrice de lettres de Pays de la Loire en exergue du roman atteste de cette confusion inquiétante entre le réel et sa caricature, qui se constate par ailleurs dans le journalisme ou la politique. Tout bascule dans le monde idéal de Bruno Giboire quand il est proposé de vendre la statuette khmer offerte par André Malraux himself lors de l’inauguration du lycée pour financer des ateliers « pédagogiques et citoyens »…

Patrice Jean signe ici un grand roman sur l’Éducation nationale telle qu’elle va, c’est-à-dire de mal en pis, avec les résultats que l’on sait, constatés par toutes les personnes de bonne foi, les classements internationaux et dénoncés depuis vingt ans au moins par des enseignants compétents et dignes de ce nom, à l’instar de Jean-Paul Brighelli (La Fabrique du crétin, JC Gawsewitch Éditeur, 2005 ; La Fabrique du crétin 2 – Vers l’apocalypse scolaire, éditions de l’Archipel, 2022, entre autres). À la fois drôle et inquiétant, Rééducation nationale nous fait prendre conscience, si ce n’était pas déjà le cas, de l’urgence absolue de mettre un terme définitif aux délires pédagogos et de revenir aux fondamentaux, la transmission des savoirs et une école sanctuarisée, protégée des idéologies politiques ou religieuses, une école à-même de former des êtres libres et responsables.

Philippe Rubempré

Patrice Jean, Rééducation nationale, rue fromentin, 2022, 140 p.

Blondin un jour, Blondin toujours !

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