Ab hinc 388 – Vœux 2025

« La littérature est parfaitement inutile : sa seule utilité est qu’elle aide à vivre. » – Claude Roy
Chers lecteurs,
Plus que jamais en 2025 la littérature nous prolongera un peu et nous aidera à tenir et à relever les défis qui s’amoncellent. Je vous souhaite à chacune et chacun une très bonne année 2025, emplie de joie et sans thé, surtout meilleure que 2024.
Chaleureusement,
Ph. Rubempré.
Lecture décembre
- L’Affaire Léon Sadorski – Romain Slocombe
- Signé Olrik – Yves Sente & André Juillard
- Mon Siècle – Günter Grass
- Dirty comics – Anonyme
- Secret mortel – Philippe Randa
- Dirty comics #2 – Anonyme
- Encyclopédie en images Histoire Des Premières Civilisations à la Chute de Rome – Dr Anne Millard et Patricia Vanags, ill. Joseph McEwan
- Les Mauvais Fils. Correspondance choisie – Patrice Jean, Bruno Lafourcade
- Lola – Alex Varenne
- Robinsonne la Naufragée – Éric Maltaite
- Traité Néoréactionnaire. Penser l’accélérationnisme – NIMH
- Faire Légion. Pour un réveil des autochtones – Rodolphe Cart
- Le Plomb – Arnaud Bordes
- Le Serment des Barbares – Boualem Sansal
Sa Majesté des Mouches – Aimée de Jongh, d’après William Golding

Adaptation réussie du chef d’œuvre de William Golding par la dessinatrice néerlandaise Aimée de Jongh, qui traduit en roman graphique l’histoire de ces enfants échoués sur une île déserte et livrés à eux-mêmes. Abordant des thèmes d’une actualité toujours poignante (éducation, civilisation, ensauvagement, égoïsme, individualisme…), la version dessinée, globalement fidèle à l’originale, gagne en poésie ce qu’elle perd en cruauté et en puissance de frappe : qui a lu le roman de Golding, surtout à un âge jeune, comprendra…

Un très beau roman graphique, bien adapté, à offrir à vos jeunes et moins jeunes.
Aimée de Jongh, Sa Majesté des Mouches, d’après William Golding, trad. Nora Bouazzouni, Dargaud, 2024, 352 p.
Merde à l’an 2000 – Alphonse Boudard

Réjouissant recueil d’articles et chroniques du truculent Alphonse Boudard – résistant, taulard, tubard, romancier, scénariste et co-auteur de l’inimitable Méthode à Mimile, la méthode Assimil de l’argot –, Merde à l’an 2000 embrasse les thèmes chers à son auteur : souvenirs intimes, de taule, de sana, littérature, cinéma, amitié (pages tendres et merveilleuses sur Georges Brassens ou Albert Simonin). Alphonse Boudard distille le plaisir comme le bouilleur de cru la gnôle.
Écrites dans un français valsant du classicisme à l’argot dont Boudard est un éminent représentant, ces chroniques invitent à la curiosité, à la modestie, et à la joie de l’instant. Elles sont empreintes d’une douce nostalgie, dénuées de leçons de morale.
Ainsi, sur la thématique de la liberté d’expression qui m’est chère, « Merde à l’engagement », chronique consacrée à l’écrivain Lucien Rebatet1, est exemplaire. Rappelons ici que Boudard s’est engagé dans la Résistance, puis dans l’armée de Libération, et qu’il est irréprochable sur ce point, contrairement au donneur de leçon Sartre (pour ne citer qu’un cas emblématique). Alphonse Boudard y constate que « l’engagement nuit à l’intelligence », interdisant toute velléité de clémence ou de pardon, ne permettant pas de reconnaître le talent d’un adversaire, d’un ennemi, d’un salaud comme Rebatet (lire Les Décombres dans sa version non-expurgée : Lucien Rebatet, Le dossier Rebatet : Les Décombres – L’inédit de Clairvaux, Édition établie et annotée par Bénédicte Vergez-Chaignon, préface de Pascal Ory, Bouquins – Robert Laffont, 2015.), tout en exonérant son propre camp de tout écart. Or, Boudard interroge : « on pourrait alors reprocher aux intellectuels communistes leur complicité dans les crimes staliniens ? […] Comme Rebatet suivait Hitler, eux filaient le train du petit père des peuples. » Force est de le constater et de m’en désoler, ce deux poids, deux mesures, cette dichotomie de traitement est d’une actualité criante… Savoir reconnaître le talent même chez un ennemi est un signe de discernement, et il ne viendrait à personne l’idée de censurer l’immense poète Louis Aragon pour stalinisme non-repentant… Brisons-là, nous en avons déjà disserté ici et là.
De ces années 1940 qu’il a vécues, Alphonse Boudard a tiré une œuvre romanesque d’une finesse et d’une intelligence qui forcent le respect, loin de tout manichéisme, et dont nous avons chroniqué dans ces pages L’étrange Monsieur Joseph.
L’an 2000 fut fatal à Boudard, qui cassa sa pipe le 14 janvier de cette ultime année du siècle précédent. Reste son œuvre d’une sagacité rare, à (re)découvrir et transmettre.
Philippe Rubempré
Alphonse Boudard, Merde à l’an 2000, Le Dilettante, 2023, 250 p.
1Lucien Rebatet (1903-1972) est un romancier aussi talentueux (Les Deux Étendards) qu’essayiste (Les Décombres) et journaliste (à L’Action française, puis au quotidien collaborationniste Je suis partout) national-socialiste. Condamné à mort à la Libération, il verra sa peine commuée et poursuivra une carrière d’écrivain et de journaliste.
Lectures novembre
- Ogenki clinic #3 – Haruka Inui
- Soleil noir – Jean-Paul Brighelli
- Révolution #1 liberté – Grouazel & Locard
- Western Circus – Morris & Goscinny
- Le Village aérien – Jules Verne
- Un croque-mort nommé Nestor – Léo Malet
- Ma Dalton – Morris & Goscinny
- Chasseurs de vieux – Dino Buzzati
- Maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme – Jules Verne
- L’Arche de Rantanplan – Achdé & Jul, d’après Morris
- Sophisticated ladies – Paula Meadows
- Lolly-Strip – Danie Dubos & Georges Pichard
- L’Histoire de Lapin Tur – Niele Toroni
- L’Histoire de la couleur – Georg Simmel
- Les Exploits d’une jeune don juan – Georges Pichard, d’après Apollinaire
- Vol au-dessus d’un nid de coucou – Ken Kesey
- La Diligence – Morris & Goscinny
- Transmania. Enquête sur les dérives de l’idéologie transgenre – Dora Moutot & Marguerite Stern
- Les Sains d’esprit – Jules Lacroix
- Girl next door – Mapp
- Encyclopédie en images La Préhistoire – Anne McCord, illustrations Graham Round
- Hessa #4 L’embuscade des Hollandais – Nevio Zeccara
- La Morale anarchiste – Pierre Kropotkine
- Hessa #5 Le train dynamité – Nevio Zeccara