Journal d'un caféïnomane insomniaque
lundi mai 23rd 2022

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Ab hinc… 319

« Il faut laisser les imbéciles avoir raison puisque ça les console de n’avoir pas autre chose. » – André Gide

Ab hinc… 318

« Les grandes oeuvres appauvrissent et doivent toujours appauvrir. Elles ôtent de nous le superflu. De leur lecture, on sort toujours dénué : enrichi, mais enrichi par soustraction. » – Mohamed Mbougar Sarr

Lectures février

  1. Brelan de Dames. Safari dans l’enfer vert – Renaud & J. L. Vernal
  2. Le devoir de violence – Yambo Ouologuem
  3. Zemmour contre l’histoire – Collectif
  4. La falsification de l’Histoire. Éric Zemmour, l’extrême-droite, Vichy et les juifs – Laurent Joly
  5. Le Joueur d’échecs – Stefan Zweig
  6. La Patrouille des Castors : Le mystère de Grosbois – Mitacq & Charlier
  7. Dans les forêts de Sibérie – Sylvain Tesson
  8. La Patrouille des Castors : Le disparu de Ker-Aven – Mitacq & Charlier
  9. La couronne de Golconde – Henri Vernes
  10. La Prisonnière – Marcel Proust
  11. Le coup vache et régulier – Philippe Randa
  12. Le quatuor d’Alexandrie #1 Justine – Lawrence Durrell
  13. Le port des brumes – Simenon

Ab hinc… 317

« La culture collective est la plus grave des infamies actuelles. La Culture ne se distribue pas comme les Allocations familiales. » – René Fallet

Paris au XXe siècle – Jules Verne

Paris au XXe siècle est un roman écrit par Jules Verne en 1863 et refusé par son éditeur, Jules Hetzel. Il resta donc dans un coffre scellé jusqu’à ce qu’un déménagement de l’arrière petit-fils de l’écrivain permette sa redécouverte, puis sa publication en 1994.

Roman d’anticipation, Paris au XXe siècle narre le parcours d’un jeune poète désœuvré, Michel Dufrénoy, dans un Paris de 1960 entièrement bourgeois, voué au saint-Fric et au culte du travail. Ici, et sans doute est-ce là son chef d’œuvre en la matière, Jules Verne est visionnaire. L’esprit qui anime son Paris en 1960 apparaît assez proche de celui du Paris bobo anniedinguiste en marche. L’auteur a bien cerné les grandes problématiques que sont les transports, l’immobilier, l’éducation, la finance, et tout ce qui relève du progrès progressiste en général – même s’il est cocasse de noter que les personnages du roman écrivent toujours à la plume d’oie ! Quel sera l’avenir de Michel Dufrénoy dans cet univers impitoyable, hostile à toute forme de poésie, d’art ou de beauté ? Il existe des raisons d’être pessimiste…

… Et plus encore en établissant le parallèle avec le Paris contemporain (comptant pour rien?), et plus largement la société française aujourd’hui. Partout le culte du progrès, du pognon, des nouvelles technologies soi-disant émancipatrices… (sinistre paradoxe, les NTIC – Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication – les plus plébiscitées sont aussi les plus liberticides, les plus déresponsabilisantes, les plus inquisitrices). Ceux qui, comme moi, sont en délicatesse avec notre époque déliquescente, n’auront pas de mal à s’identifier à Dufrénoy, et à faire le parallèle entre d’un côté le poète exclu de la société et les exclus de la mondialisation, et de l’autre, la société du roman, bourgeoise au sens le plus péjoratif du terme, et les « insiders » en marche et contre tous.

Finalement, c’est presque un roman sociologique noir que nous livre Jules Verne. Il pose les bonnes questions quant au progressisme, et comme toute bonne littérature, n’offre pas de réponse prête à consommer : il suscite la réflexion, et par là même le champ des possibles, l’espoir.

Philippe Rubempré

Jules Verne, Paris au XXe siècle, Le Livre de Poche, 2021, 191 p.

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