Journal d'un caféïnomane insomniaque
lundi août 2nd 2021

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Les Nouveaux Vertueux – Bruno Lafourcade

« L’esprit de sérieux est la négation par excellence de la liberté. »

Hannah Arendt

Dans le combat séculaire de la Vérité et de la Vertu, Bruno Lafourcade a choisi : ce sera la Vérité. Ironiste hors-pair, il met à nu dans une apocalypse1 de la bien-pensance quelques donneurs de leçons patentés, coureurs de plateaux et cyniques en diable.

Destinant aux « petits jeunes » son essai, Lafourcade se lance dans un exercice de style mordant visant à « redonner courage et inspiration aux intrigants et aux courtisans, en rappelant la voie qui depuis toujours leur est ouverte : la vertu ». L’occasion de dévoiler par les faits, actes et paroles, la réalité des Joffrin, Plenel, Thuram, Taubira, Caron et j’en passe… Aucune attaque ad hominem. Des faits, rapportés avec style ; une plume racée qui joue de l’ironie avec autant d’aisance qu’un mousquetaire tire sa rapière et Voltaire sur l’Église.

Les Nouveaux Vertueux propose, par exemple, un juste retour sur le scandaleux procès instruit à l’encontre de Renaud Camus (nous l’avons déjà évoqué ici) pour quelques lignes extraites de La Campagne de France, auxquelles on a consciencieusement fait dire ce qu’elle ne disaient aucunement, à grands renforts de lynchages médiatiques et de ciseaux d’Anastasie. Au nom du Bien, de la Vertu, à laquelle toujours s’oppose la Vérité. Maximilien d’Arras a fait couler tant de sang, tombé tant de têtes au nom de la Vertu que cette période est gravée dans le marbre de l’Histoire sous le nom de Terreur… pourtant, la tête de Robespierre a roulé à son tour dans la sciure, amputée d’une partie de la mâchoire par un coup de pistolet.

Il n’est pas question de souhaiter aux Robespierre 2.0 et aux nouvelles tricoteuses à la petite semaine, ici révélés dans leur Vérité, un aller simple pour l’abbaye de monte-à-regrets. Juste d’ouvrir les yeux. De préférer la Vérité à la Vertu, et tant pis si ça pince ! Honneur et Liberté plutôt qu’égalitarisme (par nature) mensonger.

À notre connaissance, aucune plainte en diffamation des intéressés, qui sans doute – mais ce serait un procès d’intention – ne se seraient pas gênés pour clouer le bec de Lafourcade au nom de la Vertu à la moindre faille… Comme le chantait Guy Béart,

« Le premier qui dit la Vérité

Il doit être exécuté »

Philippe Rubempré

Bruno Lafourcade, Les Nouveaux Vertueux, Jean-Dézert Éditeur, 2017, 201 p.

1Le mot « apocalypse » est à entendre dans son sens originel de révélation.

Ab hinc… 300

« En 1969, j’ai arrêté les femmes et l’alcool : ce furent les vingt minutes les plus dures de ma vie. » – George Best

La Littérature à balles réelles – Bruno Lafourcade

« La retenue et la modération ne sont pas de mise dans une cause excellente »

Cicéron

Voilà un essai critique qui porte bien son nom ! Lafourcade tire en effet à balles réelles et au gros calibre sur les fausses gloires et les potiches écrivant.e.s. qui polluent librairies et médias. Mais Lafourcade aime aussi ; il admire ; et il l’écrit. Remarquablement. Enfin, contrairement à ses « victimes », Lafourcade ne s’épargne pas. Il est lucide, et cela lui confère à notre avis certains droits, notamment celui de mettre les pieds dans le plat et du 357 Magnum dans les plumes d’Annie Ernaux ou J.M.G. Le Clézio (je partage l’aversion de l’auteur pour ces baudruches bien-pensantes sans l’ombre du quart de l’once d’un nano-talent littéraire).

Bruno Lafourcade est romancier (L’Ivraie, paru chez Léo Scheer, ou Le Hussard retrouve ses facultés chez Auda Isarn, liste bien entendu loin d’être exhaustive), mais je le connais surtout comme chroniqueur, ou plus exactement, portraitiste de son époque, dans les colonnes d’Éléments. C’est une des plumes de cette digne revue diffamée par les imbéciles et les illettrés qu’on attend avec impatience tous les deux mois.

Sa Littérature à balles réelles est cruelle, parfois, juste souvent ; quand bien même nous serions moins sévère que lui quant à certaines de ses cibles… Mais c’est une lecture réjouissante, absolument, et écrite avec style. C’est racé et drôle, sans attaque ad hominem (Lafourcade n’est vraisemblablement pas de gauche, et ne connaît aucun des auteurs cités personnellement). Son tour de force : donner une furieuse envie de lire ceux qu’il aime ; et laisser son lecteur apprécier les autres, en lui offrant toutes les références le lui permettant.

À mettre entre toutes les mains qui apprécient la Liberté, la Littérature et la Disputatio.

Philippe Rubempré

Bruno Lafourcade, La Littérature à balles réelles, Jean-Dézert Éditeur, mars 2021, 100 p.

Lectures avril

  1. Gully Travers – Alex Varenne
  2. Vous avez dit bizarre ? – Alain Bonnand
  3. Linda aime l’art – Philippe Bertrand
  4. Touche pas à mon corps – Frémond
  5. Prendre la route. Une philosophie de la conduite – Matthew B. Crawford
  6. La société malade – Jean-Pierre Le Goff
  7. Justine – Guido Crepax, d’après le Marquis de Sade
  8. La Belle Éplorée et autres histoires – Leone Frollo
  9. L’Aventure, le choix d’une vie – Collectif, préface de Patrice Franceschi
  10. Ego Transfert – Gérard Leclaire, dialogues A. Vatel
  11. Putain de télé – Stan & Vince
  12. Le jour d’après. Ce que je ne savais pas… et vous non plus – Philippe de Villiers
  13. Évangile – Saint Luc
  14. Nécron. Les Femmes Araignées – Magnus
  15. Édom (L’éternel Adam) – Jules Verne
  16. Ranx – Liberatore & Tamburini
  17. Marc Edito : l’information d’abord – Piotr
  18. Locas – Jaime Hernandez
  19. Rose profond – Jean-Pierre Dionnet & Michel Pirus
  20. La Survivante – Paul Gillon
  21. Les 110 pilules – Magnus
  22. Raskar Kapac L’Anthologie II – Maxime Dalle, Yves Delafoy, Archibald Ney
  23. La machine à explorer le temps – H.-G. Wells
  24. Y a plus de jeunesse – Franck Margerin
  25. Jeanine – Reiser
  26. Ranx 2. Bon anniversaire Lubna – Liberatore & Tamburini
  27. Pinochia – Gibrat & Lai
  28. Lisa Bay – Denis Sire
  29. Tueur de cafards – Tardi & Legrand
  30. La Marque du péché – Trillo & Domingues
  31. Gwendoline en course pour la Gold Cup et autres raretés – John Willie

Ab hinc… 299

« Nous ne changerons pas le monde, il ne faut pas se faire d’illusions, ce n’est pas nous qui changerons le monde, mais le monde ne nous changeras pas. » – Jean Mabire

Cité par Olivier François, « Les royaumes de Pierre-Guillaume de Roux. La littérature comme combat », in Éléments, n°189, avril-mai 2021, p.53.

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