Journal d'un caféïnomane insomniaque
mercredi septembre 30th 2020

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Introït

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.

 

En hommage à Denis Tillinac, qui vient de rejoindre le bistrot du bon Dieu…

… revoici notre chronique de L’âme française, véritable déclaration d’amour à la France d’un grand romancier et journaliste.

L’Âme française (chronique initialement publiée le 23/09/2016)

Denis Tillinac ne manque pas de panache, son essai traitant du bonheur d’être réac en atteste s’il en est besoin. Sa définition de L’âme française n’en manque pas non plus : littéraire, aventureuse, désinvolte, galante, mettant l’honneur et l’amitié au-dessus de tout… Tillinac signe un nouvel essai enlevé, qui se lit comme un roman. Sa lecture nous laisse un sentiment de joie mêlée de fierté et d’enthousiasme ; elle nous pousse à aller de l’avant, non au service de je ne sais quelle idéologie (ou parti), plutôt une incitation à mieux se connaître pour mieux se dépasser. Invitation lancée au lecteur et à la France.

Désireux de « peindre une belle inconnue qui s’éveille d’une longue somnolence : la sensibilité de la droite française. Ses figures symboliques, ses paysages mentaux, ses lieux de pèlerinage, en somme sa raison d’être et son honneur« , Denis Tillinac rend justice à cette âme trop souvent réduite par la gauche politique, sociétale et médiatique à un ersatz de passéisme intolérant. Évidemment, la liberté de l’individu plutôt que l’embrigadement du collectif, l’aventure plutôt que la société du « care » (l’expression est de Martine Aubry, c’est dire si elle est riche de promesses joyeuses), la conscience de la nature humaine plutôt que l’illusion de la changer (qui a conduit au pire, de la Terreur au totalitarismes), le réel plutôt que l’idéologie, l’honneur plutôt que la moraline… on comprend la gêne d’une gauche tabula rasa, de ce fait incapable d’entendre, à défaut de comprendre, qu’on puisse penser différemment, que le Progrès comme religion universelle et sens unique de l’histoire puisse ne pas faire l’unanimité. La gauche ne doute pas, l’idée de la possibilité d’un cul-de-sac ne l’effleure pas, même quand elle se prend le réel dans la figure comme un poing dans le plexus. La soit-disant droite politique actuelle n’est pas en reste, toujours à la remorque d’une gauche qui a su intelligemment et avec succès (soyons beau joueur) mettre en application les idées d’Antonio Gramsci (avec mention très bien quant au langage). Tillinac l’explique et le démontre très bien : être de droite ne rime pas (nécessairement) avec voter à droite. Autrement dit, selon sa conception, des gens de droite peuvent voter à gauche, sans même savoir qu’ils sont de droite. Tillinac démontre aussi à merveille que la gauche « n’a pas le monopole du coeur » comme le dirait un ancien Président de la République classé au centre-droit, en réalité libéral-libertaire tendance pro-business et désaffiliation, donc pas de droite.

La droite est multiple, René Rémond l’a magistralement exposé (Les droites en France, Aubier-Montaigne, 1982 (1954)). Tillinac en montre la diversité par ses lieux de mémoire et de pèlerinage, de la crypte de Saint-Denis à Colombey en passant par Combourg. Magie des lieux, en quelque sorte… On est cependant d’autant plus touché qu’il s’attache aux héros littéraires (les Trois Mousquetaires, Cyrano…), réels (Mermoz, Guynemer…) ou cumulards (Chateaubriand). In fine se dégagent des « valeurs » telles que l’esprit chevaleresque, l’honneur, la liberté, la désinvolture, l’aventure, le panache, l’héritage ou l’altérité (que Tillinac baptise joliment « éternel féminin« ), qui dressent un portrait idéal, à la fois imaginaire et réel, de l’homme de droite tel qu’il peut se fantasmer et s’y reconnaître…

Bien plus qu’un éloge de la droite, L’âme française est une déclaration d’amour à la France, à son essence, à sa littérature, ses lieux magiques et ses paysages sublimes, à son savoir-vivre et son esprit. Tout est bon en France, jusque dans nos contradictions de Gaulois bagarreurs et ripailleurs chers à Goscinny et Uderzo. L’âme française ne manque pas de panache ni de profondeur !

Philippe Rubempré

Denis Tillinac, L’âme française, Albin Michel, 2016, 246 p., 18,90€

Lectures août

La bibliothèque, le whisky
  1. Du Brut pour les Brutes – San-Antonio
  2. Baise-ball à la Baule – San-Antonio
  3. Ultima necat III. Journal intime 1989-1991 – Philippe Muray
  4. La planchette bulgare – Michel Brice
  5. Mes Camarades sont morts 1- La guerre du renseignement – Pierre Nord (Colonel A. Brouillard)
  6. Malevil – Robert Merle
  7. L’idéologie du réchauffement. Science molle, doctrine dure – Rémy Prud’homme
  8. Paul et Virginie – Bernardin de Saint-Pierre
  9. Mes Camarades sont morts 2 – Contre-espionnage et intoxication – Pierre Nord (Colonel A. Brouillard)
  10. Atala – François-René de Chateaubriand

Ab hinc… 284

« La Bienfaisance est bien plutôt un vice de l’orgueil qu’une véritable vertu de l’âme. » – D.A.F. Marquis de Sade

Paris-Berry Nouvelle Vague – Thomas Morales

« Nous sommes en transit vers un ailleurs sans cesse fantasmé et l’inanité de notre quotidien. »

Le confinement subi de mars à mai derniers a eu un effet positif, le nouvel essai de Thomas Morales, Paris-Berry Nouvelle Vague. Reclus dans son Berry natal, le chroniqueur, Parisien d’adoption, laisse libre court à sa nostalgie drôlatique et un projet cinématographique. Avec Morales, l’envie de se re-confiner nous guette. Il faut avouer que ni le vin de Sancerre ni la compagnie ne sont dégueulasses ! Entre autres et sans exhaustive, d’Ettore Bugatti à René Fallet, de l’AMC Pacer au Taxi pour Tobrouk, sur un air de Bill Withers ou de Christophe, les rencontres sont riches et rafraîchissantes. Un essai de Morales est un estaminet dans lequel se croisent, excusez du peu, Vialatte, Pirotte, Fallet, Villon, Kleber Haedens ou Pascal Thomas !

Le confinement à la campagne est propice au souvenir et à l’introspection. Tout le talent de l’écrivain est de métamorphoser sa matière en un texte enlevé, drôle, mélancolique parfois, qui invite à explorer tous azimuts souvent. Un texte à cent lieues des indécentes jérémiades de boboïnes en souffrance dans leur villa basque ou normande…

Entre réminiscences de l’enfance et nostalgie d’une certaine vie parisienne, Thomas Morales nous propose à la fois un essai et une bande-son, entrecoupés de scenarii pour un film à sketches dont le réalisateur désigné serait Pascal Thomas (réalisateur de l’inimitable et irrésistible Pleure pas la bouche pleine !). Véritables miroirs grossissants de la tragi-comédie covidique, ces situations offrent une galerie de caractères iconoclastes, parfois insolents, présentés sous un jour ironique et tendre, léger et grave. Souhaitons qu’un producteur relève le défi et que Pascal Thomas Morales fassent de ce confinement une galéjade populaire !

Chronique d’un confinement en fin de compte plutôt réussi, Paris-Berry Nouvelle Vague est un réservoir de cartouches littéraires, cinématographiques, musicales, etc, pour armer votre fusil anti-déprime d’une joyeuse nostalgie régénérante.

Philippe Rubempré

Thomas Morales, Paris-Berry Nouvelle Vague, Éditions La Thébaïde, juin 2020, 108 p.

Ab hinc… 283

« Depuis que l’art est mort, on sait qu’il est extrêmement facile de déguiser les policiers en artistes. » – Guy Debord

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