Journal d'un caféïnomane insomniaque
samedi janvier 25th 2020

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Introït

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.

 

L’Esthétique contre-cool – Pierre Robin

Chers lecteurs, si vous vous sentez en délicatesse avec l’époque, ce guide est fait pour vous ! L’Esthétique contre-cool, guide à l’usage de ceux qui veulent échapper à leur époque, est le cordial qui vous mettra du baume au coeur aussi sûrement qu’une bouteille de chenin du Val-de-Loire bien fraîche accompagnée d’une terrine de campagne en automne.

Pierre Robin, membre du groupe Jalons (souvenez-vous, c’est ce groupe de joyeux turlurons présidé par Basile de Koch qui manifesta un certain hiver aux cris de « Verglas, assassin ! Mitterrand, complice ! »), incarne son univers contre-cool en nous immergeant dans ses lieux, ses livres, ses musiques, son style vestimentaire… L’auteur jette à la face de nos temps sinistres et laids un bel objet contre-cool imprimé sur papier glacé, plein d’humour tel qu’on ne le pratique pas sur France Inter, et superbement illustré de photographies de qualité, dont un Gérard de Villiers, père de SAS Malko Linge, posant en couverture devant le restaurant Chez Maxim’s, rue Royale, nonchalamment appuyé sur le capot d’une Rolls. Introduit par une belle préface signée Bertrand Burgalat, le guide de Pierre Robin est une invitation rafraîchissante à lutter joyeusement et gaillardement contre la fange quotidienne de ce bas monde en délitescence. Un défi à relever avec honneur et fierté, deux vertus contre-cool !

Ce manuel de savoir-vivre drôlatique et profitable se fera un nid dans votre bibliothèque entre les œuvres délicieusement nostalgiques de Thomas Morales et les fulgurances esthétiques de l’éclectique Michel Marmin.

Philippe Rubempré

Pierre Robin, L’Esthétique contre-cool. Guide à l’usage de ceux qui veulent échapper à leur époque, Éditions rue fromentin, novembre 2019, 151 p.

Lectures décembre

  1. Fou d’amour – Wolinski
  2. La panthère des neiges – Sylvain Tesson
  3. Causes toujours – Philippe Muray
  4. La loi de fer de l’oligarchie. Pourquoi le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple est un leurre – Dalmacio Negro Pavon
  5. Gamiani, deux nuits d’excès – Alfred de Musset
  6. De l’urgent, du presque rien et du rien du tout – Olivier de Kersauson
  7. Le Coeur rebelle – Dominique Venner
  8. Le Pavillon d’Or – Yukio Mishima
  9. BREUM #1 Attention ça va piquer ! – Marsault
  10. Leçons de Ténèbres et autres nouvelles du Prix Hemingway
  11. Deux poids, deux mesures – Marsault & Cordell

Journal pré-posthume – Siné

Siné, dessinateur anarchiste, provocateur sans limites, réputé antisémite (nous sommes convaincu qu’il ne l’était pas), antimilitariste, anti flics, anticapitaliste, anti pub, bouffeur de curés, de rabbins, d’imams et de pasteurs, chieur dans les bégonias de Bobonne, amoureux de ses chats et de sa femme, Siné était contre, tout contre… Il n’a jamais fait l’unanimité ; sujet clivant, comme on dirait de nos tristes jours. Pourquoi chroniquer Siné, dont tout chez lui, ou presque, apparaît à l’opposé des vertus célébrées dans ces pages ? Il arrive comme une couille dans le pâté, c’est assez urticant ! Eh bien tout simplement car Siné était un Homme Libre. Libre et extrêmement talentueux. Son Outrance (ses outrances?) serait ridicule, sinon. Libre, entier, se moquant de ce qu’on pense et dit de lui. Siné est Libre, c’est pourquoi il mérite d’être salué, quoi qu’on en pense par ailleurs et quels que soient les (très) nombreux désaccords que nous partageons.

Son Journal pré-posthume, tenu en 2012-2013 alors qu’il soignait une leucémie foudroyante, est une bonne entrée dans son œuvre. On y retrouve sa plume corrosive, ses dessins au vitriol (et ceux de collègues adressés en soutien moral), ses règlements de compte à froid avec ses ennemis (qui ne sont pas toujours les nôtres) – Siné a la rancune tenace et la plume assassine. Son journal est celui d’un amoureux de la vie et des chats, dans un combat loin d’être gagné d’avance. Son courage dans l’épreuve physique et morale que constitue la maladie ET son traitement atomique suscite le respect et, disons-le, une forme d’admiration. Siné n’a cessé de dessiner, chroniquer, éditorialiser, écrire pendant son séjour à Avicenne. Leucémie 0 – Siné 1. Elle ne fera pas passer l’arme à gauche à cet antimilitariste !

Drôle, mordant et émouvant, libre et insoumis envers et contre tout, Siné illustre parfaitement l’insoumission selon son ennemi idéologique Dominique Venner : « Exister, c’est combattre ce qui me nie. Être un insoumis (…) cela signifie être à soi-même sa propre norme par fidélité à une norme supérieure. S’en tenir à soi devant le néant. Veiller à ne jamais guérir de sa jeunesse. Préférer se mettre le monde à dos que se mettre à plat ventre. » À ce titre, Siné était un Homme d’Honneur, vertu qu’il ne célébrait guère ; à ce titre, il mérite d’être salué. Comme il aimait à le dire, « Mourir ? Plutôt crever ! »

Philippe Rubempré

Siné, Journal pré-posthume, Le Cherche-Midi, 2013, 96 p.

Manolete, le Calife foudroyé – Anne Plantagenet

Aujourd’hui incomprise quand elle n’est pas exécrée, à l’image de la chasse, la tauromachie n’en traduit pas moins une forme de quintessence de la tragédie du vivant. Par définition, l’être qui nait, qu’il soit humain, animal ou végétal, est destiné à mourir. La tauromachie, lointaine héritière des jeux du cirque romain, perpétue cette tradition d’esthétisation et de codification de la non-appréhendable autant qu’inéluctable mort. La corrida est cruelle, mais elle n’est pas gratuite. Sans elle, la race des taureaux de combat disparaît purement et simplement – qui a parlé biodiversité ? – ou est classée espèce nuisible pour l’homme comme pour la faune et la flore qu’il a domestiquées.

Manolete a incarné dans les années 1940 cette tragédie. Le torero cordouan surnommé le Calife meurt foudroyé à trente ans dans une ultime joute où l’estocade vire en coup fourré. L’annonce de sa mort a fait la une des journaux de la Pologne communiste à l’Amérique du Sud ; le tirage en Espagne a été plus important que celui de la fin de la Seconde Guerre mondiale ! Même ses adversaires saluèrent son courage face à la bête. Manolete vivait la tauromachie comme le Pape le catholicisme. Son âme se confondait avec la corrida aux dépens de son corps et de ses amours.

Avec Manolete le Calife foudroyé, Anne Plantagenet signe une biographie éclairée et vibrante de la légende taurine. Découpée façon corrida, elle se dévore comme un bon polar. Quel parcours que celui qui fut surnommé el nino (le petit), être chétif et malingre, qui va se hisser aux sommets des arènes en habit de lumière, jusqu’à une gloire internationale ! Le portrait brossé par Anne Plantagenet se signale tout particulièrement par sa capacité à restituer l’ambiance, à vous saisir aux tripes ; l’ultime faena de Manolete vous arrache une larme. Vous respirez à l’unisson de Manolete au fil des 320 pages et des corridas.

Qu’on soit aficionado ou non, et je ne le suis pas – ce n’est pas ma culture –, Manolete est admirable par sa ténacité face à une vie qui ne l’a pas épargné plus que les taureaux. Sa vie, pour n’être pas exemplaire, fut toujours fidèle à l’honneur et à la liberté, jusqu’au sacrifice ultime. En cela, Manolete mérite notre respect, il a vécu en Homme.

Philippe Rubempré

Anne Plantagenet, Manolete, le Calife foudroyé, Au Diable Vauvert, 2010.

Lectures – novembre

Lectures automnales…
  1. Neropolis – Hubert Monteilhet
  2. Une minute quarante-neuf secondes – Riss
  3. Gwendoline en cours pour la Gold Cup et autres raretés – John Willie
  4. Le Niçois – Joann Sfar
  5. Crépuscule des Titans – Papacito
  6. 666 Ante demonium – Froideval & Tacito
  7. Microclimat. Pluie de gags en Mayenne – D.Rocher & Marykyta
  8. Le Mur des Cons – Philippe Bilger
  9. 666 Allegro demonio – Froideval & Tacito
  10. 666 Demonio fortissimo – Froideval & Tacito
  11. 666 Lilith Imperatrix Mundi – Froideval & Tacito
  12. 666 Atomik requiem – Froideval & Tacito
  13. 666 Ite, missa est – Froideval & Tacito
  14. Islamophobie. Intoxication idéologique – Philippe d’Iribarne
  15. L’île du dernier homme – Bruno de Cessole
  16. Gully Traver – Alex Varenne
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