Journal d'un caféïnomane insomniaque
mercredi février 19th 2020

Insider

Archives

Introït

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.

 

Bordel de Dieu – Marsault

Marsault est de retour en solo, plus énervé que jamais ! Son oeil acéré et acerbe sur notre société dérange, au point d’être menacé et assailli de tentatives pour le réduire au silence… Et pourtant, cet œil s’avère pertinent sur les émissions de « témoignages » héritées de Delarue sur le sévice public ; Marsault en révèle avec cruauté et jubilation le fond abject, odieux, ignoble et profondément dégueulasse de ces programmes, de ceux qui les produisent, les animent, et j’ajoute, les regardent. Son œil est toujours pertinent sur la liberté d’expression et l’enflure de la « cage aux phobes » si bien pressentie par Philippe Muray ! La société de la transparence, des médias et des réseaux sociaux vire au totalitarisme, c’est-à-dire, pour reprendre une expression de Claude Polin, à la « dictature de l’individu sur l’individu », cet être atomisé au coeur d’une société liquide et veule, parfaitement interchangeable et idiot utile des manipulateurs et des puissants.

Marsault croque nos tares contemporaines et notre décadence avec férocité et humour, avec tendresse parfois, pour les innocents broyés et méprisés par la machine. De la télé aux phobies liberticides, de la malbouffe au porno à outrance, rien n’échappe à l’épée vengeresse du dessinateur polémique. Une catharsis qui fait du bien et qui ne plaira pas à tout le monde. Brassens le chantait en 1954, les braves gens n’aiment pas qu’on suive une autre route qu’eux. Ce qui a changé depuis, ce sont les braves gens…

Philippe Rubempré

Marsault, Bordel de Dieu, Éditions Ring, janvier 2020.

Lectures janvier

  1. Un Faux Livre 2. Le petit illustré qui va droit dans le mur – Un Faux Graphiste
  2. Le pire a de l’avenir – Georges Wolinski
  3. Le théâtre des opérations. Journal métaphysique et polémique 1999 – Maurice G. Dantec
  4. Notre histoire. Ce que nos enfants devraient apprendre à l’école – Dimitri Casali (dir.)
  5. BREUM#2 Blindage et liberté – Marsault
  6. Aux sources du malaise identitaire français. Valeurs, identité et instinct de collaboration – Paul-François Paoli
  7. La fonction du balai – David Foster Wallace

L’Esthétique contre-cool – Pierre Robin

Chers lecteurs, si vous vous sentez en délicatesse avec l’époque, ce guide est fait pour vous ! L’Esthétique contre-cool, guide à l’usage de ceux qui veulent échapper à leur époque, est le cordial qui vous mettra du baume au coeur aussi sûrement qu’une bouteille de chenin du Val-de-Loire bien fraîche accompagnée d’une terrine de campagne en automne.

Pierre Robin, membre du groupe Jalons (souvenez-vous, c’est ce groupe de joyeux turlurons présidé par Basile de Koch qui manifesta un certain hiver aux cris de « Verglas, assassin ! Mitterrand, complice ! »), incarne son univers contre-cool en nous immergeant dans ses lieux, ses livres, ses musiques, son style vestimentaire… L’auteur jette à la face de nos temps sinistres et laids un bel objet contre-cool imprimé sur papier glacé, plein d’humour tel qu’on ne le pratique pas sur France Inter, et superbement illustré de photographies de qualité, dont un Gérard de Villiers, père de SAS Malko Linge, posant en couverture devant le restaurant Chez Maxim’s, rue Royale, nonchalamment appuyé sur le capot d’une Rolls. Introduit par une belle préface signée Bertrand Burgalat, le guide de Pierre Robin est une invitation rafraîchissante à lutter joyeusement et gaillardement contre la fange quotidienne de ce bas monde en délitescence. Un défi à relever avec honneur et fierté, deux vertus contre-cool !

Ce manuel de savoir-vivre drôlatique et profitable se fera un nid dans votre bibliothèque entre les œuvres délicieusement nostalgiques de Thomas Morales et les fulgurances esthétiques de l’éclectique Michel Marmin.

Philippe Rubempré

Pierre Robin, L’Esthétique contre-cool. Guide à l’usage de ceux qui veulent échapper à leur époque, Éditions rue fromentin, novembre 2019, 151 p.

Lectures décembre

  1. Fou d’amour – Wolinski
  2. La panthère des neiges – Sylvain Tesson
  3. Causes toujours – Philippe Muray
  4. La loi de fer de l’oligarchie. Pourquoi le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple est un leurre – Dalmacio Negro Pavon
  5. Gamiani, deux nuits d’excès – Alfred de Musset
  6. De l’urgent, du presque rien et du rien du tout – Olivier de Kersauson
  7. Le Coeur rebelle – Dominique Venner
  8. Le Pavillon d’Or – Yukio Mishima
  9. BREUM #1 Attention ça va piquer ! – Marsault
  10. Leçons de Ténèbres et autres nouvelles du Prix Hemingway
  11. Deux poids, deux mesures – Marsault & Cordell

Journal pré-posthume – Siné

Siné, dessinateur anarchiste, provocateur sans limites, réputé antisémite (nous sommes convaincu qu’il ne l’était pas), antimilitariste, anti flics, anticapitaliste, anti pub, bouffeur de curés, de rabbins, d’imams et de pasteurs, chieur dans les bégonias de Bobonne, amoureux de ses chats et de sa femme, Siné était contre, tout contre… Il n’a jamais fait l’unanimité ; sujet clivant, comme on dirait de nos tristes jours. Pourquoi chroniquer Siné, dont tout chez lui, ou presque, apparaît à l’opposé des vertus célébrées dans ces pages ? Il arrive comme une couille dans le pâté, c’est assez urticant ! Eh bien tout simplement car Siné était un Homme Libre. Libre et extrêmement talentueux. Son Outrance (ses outrances?) serait ridicule, sinon. Libre, entier, se moquant de ce qu’on pense et dit de lui. Siné est Libre, c’est pourquoi il mérite d’être salué, quoi qu’on en pense par ailleurs et quels que soient les (très) nombreux désaccords que nous partageons.

Son Journal pré-posthume, tenu en 2012-2013 alors qu’il soignait une leucémie foudroyante, est une bonne entrée dans son œuvre. On y retrouve sa plume corrosive, ses dessins au vitriol (et ceux de collègues adressés en soutien moral), ses règlements de compte à froid avec ses ennemis (qui ne sont pas toujours les nôtres) – Siné a la rancune tenace et la plume assassine. Son journal est celui d’un amoureux de la vie et des chats, dans un combat loin d’être gagné d’avance. Son courage dans l’épreuve physique et morale que constitue la maladie ET son traitement atomique suscite le respect et, disons-le, une forme d’admiration. Siné n’a cessé de dessiner, chroniquer, éditorialiser, écrire pendant son séjour à Avicenne. Leucémie 0 – Siné 1. Elle ne fera pas passer l’arme à gauche à cet antimilitariste !

Drôle, mordant et émouvant, libre et insoumis envers et contre tout, Siné illustre parfaitement l’insoumission selon son ennemi idéologique Dominique Venner : « Exister, c’est combattre ce qui me nie. Être un insoumis (…) cela signifie être à soi-même sa propre norme par fidélité à une norme supérieure. S’en tenir à soi devant le néant. Veiller à ne jamais guérir de sa jeunesse. Préférer se mettre le monde à dos que se mettre à plat ventre. » À ce titre, Siné était un Homme d’Honneur, vertu qu’il ne célébrait guère ; à ce titre, il mérite d’être salué. Comme il aimait à le dire, « Mourir ? Plutôt crever ! »

Philippe Rubempré

Siné, Journal pré-posthume, Le Cherche-Midi, 2013, 96 p.

 Page 1 of 125  1  2  3  4  5 » ...  Last »