Journal d'un caféïnomane insomniaque
samedi janvier 21st 2017

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Ab hinc… 241

dsc00265    « Dans les circonstances tragiques, j’ai toujours fait confiance au vin. Le vin est profond, il ne baratine pas mais agit. Quelques bons apôtres vous prendront par la main et vous assureront qu’il ne faut pas boire pour oublier. Les plus vicelards vous diront même de ne jamais boire seul. Foutaises et saintes nitoucheries que tout cela ! Quand on boit seul, on n’est pas seul. Les bouteilles ne sont pas de simples objets, des corps inanimés. Les vins sont comme les livres, ce sont des personnes vivantes, avec une âme et de la conversation. » – Gérard Oberlé

Les Aristocrates – Michel de Saint-Pierre

aristo    C’est à la lecture de l’article de Christian Brosio, « Pour Michel de Saint-Pierre, contre Jean d’Ormesson. Destins croisés de l’aristocratie » (Éléments n°162, novembre – décembre 2016, pp. 52-54), que je me suis souvenu que le roman de Michel de Saint-Pierre, Les Aristocrates, me faisait de l’oeil sur ma table de travail, noblement empanaché dans sa couverture de La Table Ronde de 1954. Le moins que je puisse écrire est que je n’ai pas été déçu du voyage !

Plus que le portrait de la famille de Maubrun, aristocrates bourguignons, c’est un portrait de la noblesse telle qu’elle devrait être et telle qu’elle est en train de devenir – sans doute aujourd’hui il faudrait écrit telle qu’elle est devenue -, l’éternelle lutte entre le rite, le rang, la transcendance de la tradition d’un côté, et le progrès, la modernité, l’immanence de l’instant présent de l’autre.

Jean de Rémicourt-Porringes, marquis de Maubrun, veuf inconsolable et père de six enfants, vit pour son nom et son domaine, menacé à la fois de décrépitude et de banqueroute. Cet homme droit incarne la noblesse d’épée dans toute sa tradition et sa pureté, se bat quotidiennement pour oeuvrer à sa tâche aux côtés de ses enfants. Deux tantes vivent au domaine, et le marquis accueille en cet été une amie de sa fille, une simple roturière au charme étrange. Tout le sel de ce beau roman tient d’une part à sa plume classique et classieuse, et d’autre part aux relations familiales complexes, tortueuses et paradoxales entretenues par le marquis et ses enfants, tous de caractère affirmé et singulier, tous conscients de leur rang et désireux de sauver le domaine de Maubrun. Chacun se trouve confronté selon sa sensibilité à l’époque nouvelle, à l’évolution des moeurs et de la modernité technologique, à la vitesse du temps, redoutable au regard de la lente et majestueuse pompe du savoir-vivre aristocratique.

Michel de Saint-Pierre signe ici une saga familiale qui va au-delà du simple roman populaire adaptable – et adapté –  pour la télévision. Que l’on soit noble ou non, c’est un roturier assumé qui écrit, les Aristocrates est un livre qui nous interroge sur notre histoire intime, familiale, aux prises avec l’Histoire et le temps ; sur notre rapport à notre héritage, ce que nous en faisons, sur la manière dont nous le transmettons – ou non – à nos enfants. Un roman qui nous aide à nous situer pour mieux nous assumer, nous et nos responsabilités. Un roman qui en plus d’être plaisant et bien composé nous aide à être libre.

Philippe Rubempré

Michel de Saint-Pierre, Les Aristocrates, Éditions de La Table Ronde, 1954, 349 pages.

Ab hinc… 240

« (…) un artiste qui accepterait paiement pour son art se disqualifierait et se verrait aussitôt réduit à une condition inférieure d’artisan. » – Simon Leys

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Le tour du monde de La Coquille, 1822-1825

coquille    La Coquille, corvette sous le commandement de Louis-Isidore Duperrey, effectue une circumnavigation d’exploration géographique et scientifique entre 1822 et 1825, exceptionnelle par la richesse de ses découvertes autant que par le fait qu’aucune disparition n’ait été déplorée parmi les membres de l’équipage ou de la mission…

Partie de Toulon en août 1822, son voyage dure 3 ans, passant notamment par les îles du Cap-Vert, Saint-Hélène, Sainte-Catherine (au large du Brésil), la Polynésie, la Nouvelle-Guinée, j’en passe et des plus exotiques, avant un retour à Marseille. Le Service historique de la Défense a eu l’excellent idée de publier avec les éditions du Gerfaut le rapport d’expédition présenté par Arago à l’Académie des Sciences, avec entre autres commissaires de Humboldt ou le naturaliste Cuvier. Abondamment illustré par les dessins de Jules-Louis Lejeune, dessinateur attitré, les cartes et les tableaux établis par les savants membres de l’expédition, ce récit du voyage et des découvertes scientifiques, géographiques, botaniques, animalières… se dévore comme un véritable roman d’aventures, à la poursuite de civilisations méconnues et de terres mystérieuses…

De Sainte-Hélène aux côtes chiliennes en passant par Tahiti, rien n’échappe au fusain de Lejeune qui croque admirablement indigènes et navires, scènes de la vie quotidienne et traditions, costumes et ustensiles artisanaux, faune et flore. Il faut souligner le soin particulier apporté à l’iconographie dans cette très belle retranscription.

Voici une aventure géographique et scientifique caractéristique de la soif de découverte et de compréhension du monde au XIXème Siècle, soif qui a fait rêver des générations grâce aux romans de Jules Verne ou aux exploits des Stanley et autre Livingstone. Cette aventure offre aussi un aperçu significatif de l’état d’esprit dans lequel ces explorations et ces recherches étaient effectuées, dans une véritable curiosité scientifique et une volonté de faire connaître.

Un beau livre, une belle lecture, de belles découvertes… la recette d’une bonne aventure à vivre et revivre sans modération !

Philippe Rubempré

Le tour du monde de La Coquille 1822-1825, présenté par Alain Morgat, conservateur de la bibliothèque centrale de la Marine, Service historique de la Défense / Éditions du Gerfaut, 2005, 143 pages.

Ab hinc… 239, avec nos meilleurs voeux librairtaires pour 2017 !

ab-hinc-rubempre003    « Celui des maîtres que vous avez choisi (si le choix vous en est laissé) proclame qu’il vous délivre de l’autre. C’est aux cris de « Vive la liberté! » qu’on vous enchaine et vous voilà bien contents d’être libres, entre deux tyrans qui se disputent vos services. Belle liberté, si chérie en effet qu’on ne la laisse pas sortir seule de peur qu’il ne lui arrive malheur, et qu’on la dote d’un conseil judiciaire pour lui conserver tous ses biens, en dépit d’elle-même. » – Louis Martin-Chauffier, L’engagement total, 1945

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