Journal d'un caféïnomane insomniaque
samedi novembre 28th 2020

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Introït

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.

 

Lectures octobre

  1. Rugby Blues – Denis Tillinac
  2. Éloge de la force – Laurent Obertone
  3. Liberté d’inexpression. Nouvelles formes de la censure contemporaine – Anne-Sophie Chazaud
  4. Cadeau de génie – Turk & De Groot
  5. La nouvelle guerre des mondes – Michel Geoffroy
  6. Même pas mort (Rois du monde, I) – Jean-Philippe Jaworski

Ab hinc… 286

« La culpabilisation permanente, associée à l’hyper-sécurisation puérile sans vergogne déshonore notre société, voire nos civilisations.

Alors, je leur réponds quoi à tous ceux qui m’écrivent pour me demander ce qu’ils doivent faire pour mener une vie rugissante ?

Quand on est élevé dans une société où l’on vous encourage à être un consommateur « mature et raisonné », où, en 2011, les cheminots touchent toujours la prime de charbon, un demi-siècle après la disparition de la dernière locomotive à vapeur, où l’on t’explique qu’il ne faut pas conduire plus de deux heures de suite et qu’il faut boire quand il fait chaud, tu pars avec un sacré handicap ! Sans parler que dès l’adolescence, tout un tas de loosers t’expliquent que tu vas droit au chômage et que tu n’es pas sûr qu’on pourra payer ta retraite. Ça ne donne pas envie d’attaquer ton existence d’adulte la fleur au fusil. À force d’être matraqué par tout ce verbiage de gens qui n’ont jamais rien vécu sinon par procuration, on fait une génération de morts-nés, juste bons pour défiler entre Nation et République ou faire des militants sans frontière. Pauvre France ! »

Philippe Esnos, L’Aventurier, Alphée, 2011.

Ab hinc… 285

« En résumé, pas de liberté d’expression en France, si ce n’est dans les livres, où elle est en quelque sorte conditionnelle : l’écrivain est toléré parce qu’il est l’exception, et cette tolérance n’exclut pas pour lui le risque d’être mis à l’index par ses confrères et emprisonné par les juges. »

Marcel Aymé, « La liberté d’expression », La Parisienne, janvier 1953.

Lectures septembre

« Big Jim » Harrison
  1. Achille Talon et le trésor de Virgule – Greg
  2. Tartarin de Tarascon – Alphonse Daudet, adaptation/scénario/dessins : Pierre Guilmard, couleurs : Louisa Djouadi
  3. La disparue – Sidney & Bom
  4. Moi, et moi, émois ! – Sidney & Bom
  5. C’est quand les vacances ? – Sidney & Bom
  6. La Grande Traversée – Goscinny & Uderzo
  7. La Fabrique du crétin digital. Les dangers des écrans pour nos enfants – Michel Desmurget
  8. Le Devin – Goscinny & Uderzo
  9. Les Portes de l’Aventure – Jean Hougron
  10. Les Jeux de la Nuit – Jim Harrison
  11. Astérix chez les Belges – Goscinny & Uderzo
  12. Une saison en enfer – Arthur Rimbaud

En hommage à Denis Tillinac, qui vient de rejoindre le bistrot du bon Dieu…

… revoici notre chronique de L’âme française, véritable déclaration d’amour à la France d’un grand romancier et journaliste.

L’Âme française (chronique initialement publiée le 23/09/2016)

Denis Tillinac ne manque pas de panache, son essai traitant du bonheur d’être réac en atteste s’il en est besoin. Sa définition de L’âme française n’en manque pas non plus : littéraire, aventureuse, désinvolte, galante, mettant l’honneur et l’amitié au-dessus de tout… Tillinac signe un nouvel essai enlevé, qui se lit comme un roman. Sa lecture nous laisse un sentiment de joie mêlée de fierté et d’enthousiasme ; elle nous pousse à aller de l’avant, non au service de je ne sais quelle idéologie (ou parti), plutôt une incitation à mieux se connaître pour mieux se dépasser. Invitation lancée au lecteur et à la France.

Désireux de « peindre une belle inconnue qui s’éveille d’une longue somnolence : la sensibilité de la droite française. Ses figures symboliques, ses paysages mentaux, ses lieux de pèlerinage, en somme sa raison d’être et son honneur« , Denis Tillinac rend justice à cette âme trop souvent réduite par la gauche politique, sociétale et médiatique à un ersatz de passéisme intolérant. Évidemment, la liberté de l’individu plutôt que l’embrigadement du collectif, l’aventure plutôt que la société du « care » (l’expression est de Martine Aubry, c’est dire si elle est riche de promesses joyeuses), la conscience de la nature humaine plutôt que l’illusion de la changer (qui a conduit au pire, de la Terreur au totalitarismes), le réel plutôt que l’idéologie, l’honneur plutôt que la moraline… on comprend la gêne d’une gauche tabula rasa, de ce fait incapable d’entendre, à défaut de comprendre, qu’on puisse penser différemment, que le Progrès comme religion universelle et sens unique de l’histoire puisse ne pas faire l’unanimité. La gauche ne doute pas, l’idée de la possibilité d’un cul-de-sac ne l’effleure pas, même quand elle se prend le réel dans la figure comme un poing dans le plexus. La soit-disant droite politique actuelle n’est pas en reste, toujours à la remorque d’une gauche qui a su intelligemment et avec succès (soyons beau joueur) mettre en application les idées d’Antonio Gramsci (avec mention très bien quant au langage). Tillinac l’explique et le démontre très bien : être de droite ne rime pas (nécessairement) avec voter à droite. Autrement dit, selon sa conception, des gens de droite peuvent voter à gauche, sans même savoir qu’ils sont de droite. Tillinac démontre aussi à merveille que la gauche « n’a pas le monopole du coeur » comme le dirait un ancien Président de la République classé au centre-droit, en réalité libéral-libertaire tendance pro-business et désaffiliation, donc pas de droite.

La droite est multiple, René Rémond l’a magistralement exposé (Les droites en France, Aubier-Montaigne, 1982 (1954)). Tillinac en montre la diversité par ses lieux de mémoire et de pèlerinage, de la crypte de Saint-Denis à Colombey en passant par Combourg. Magie des lieux, en quelque sorte… On est cependant d’autant plus touché qu’il s’attache aux héros littéraires (les Trois Mousquetaires, Cyrano…), réels (Mermoz, Guynemer…) ou cumulards (Chateaubriand). In fine se dégagent des « valeurs » telles que l’esprit chevaleresque, l’honneur, la liberté, la désinvolture, l’aventure, le panache, l’héritage ou l’altérité (que Tillinac baptise joliment « éternel féminin« ), qui dressent un portrait idéal, à la fois imaginaire et réel, de l’homme de droite tel qu’il peut se fantasmer et s’y reconnaître…

Bien plus qu’un éloge de la droite, L’âme française est une déclaration d’amour à la France, à son essence, à sa littérature, ses lieux magiques et ses paysages sublimes, à son savoir-vivre et son esprit. Tout est bon en France, jusque dans nos contradictions de Gaulois bagarreurs et ripailleurs chers à Goscinny et Uderzo. L’âme française ne manque pas de panache ni de profondeur !

Philippe Rubempré

Denis Tillinac, L’âme française, Albin Michel, 2016, 246 p., 18,90€

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