Journal d'un caféïnomane insomniaque
dimanche novembre 17th 2019

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Introït

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.

 

Lectures – octobre

  1. Le grand procès de l’Histoire de France – Dimitri Casali
  2. FDP de la Mode 2 L’ultime croisade – Marsault & Papacito
  3. Sans la liberté – François Sureau
  4. Breum #2 Blindage et liberté – Marsault
  5. Condor – Caryl Férey
  6. Breum #3 C’est pas la taille qui compte – Marsault
  7. Dernière pute avant la fin du monde – Marsault
  8. Contes libertins – Jean de la Fontaine, Milo Manara
  9. Guerilla 1. Le jour où tout s’embrasa – Laurent Obertone
  10. Guerilla 2. Le temps des barbares – Laurent Obertone
  11. Erma Jaguar, l’intégrale – Alex Varenne
  12. Knock ou le triomphe de la médecine – Jules Romains

Chroniques du Léopard – Appollo & Tehem

Réjouissant roman graphique que ces Chroniques du Léopard. Le Régime de Vichy vu depuis une adolescence réunionnaise et une amitié exceptionnelle. Lucien, blanc pauvre admis au sein du prestigieux lycée Leconte-de-Lisle de Saint-Denis en raison de l’héroïsme de son père, partage avec son camarade Charles – et pour l’essentiel, avec votre serviteur – la médiocrité en gym, la nullité en latin (j’ai bien écrit pour l’essentiel…), le pathétique en maths, le goût de l’histoire et l’amour des lettres ; sans oublier la passion de la Liberté, qui signifiait encore quelque chose en ces temps troubles.

Au fil de leur année scolaire et des amours adolescentes, nous accompagnons avec grand plaisir et non sans une certaine nostalgie le parcours de Lucien et Charles, entre velléités poétiques et luttes politiques. Les seconds rôles, hauts en couleurs à l’image du surveillant, pétainiste bambochard, surnommé Laï-Hong, en raison de sa fréquentation assidue du bouge éponyme, sont parfois célèbres, à l’image d’un Raymond Barre devenu Premier ministre de Giscard ou des frères Vergès, respectivement devenu avocat des diables et héraut du PC réunionnais…

Ce retour sur la Réunion vichyste puis gaulliste (Le Léopard est le navire des Forces Françaises Libres qui a libéré l’île) se déguste avec un bonheur enfantin et incite furieusement à découvrir ou redécouvrir l’île Bourbon, comme on ne l’appelle plus, exception faite de sa vanille.

Philippe Rubempré

Appollo & Tehem, Chroniques du Léopard, Dargaud, 2018, 196 p.

À la première personne – Alain Finkielkraut

Finkielkraut à la première personne. À soixante-dix ans, le penseur revient sur son parcours, non pas dans une autobiographie, mais dans une enquête où il questionne ce qui le caractérise et ce dont on l’affuble à tort ou à raison. Je préfère penseur à philosophe quant à Alain Finkielkraut, car bien que réfléchissant à l’être et la vie, il n’a pas bâti de système de pensée philosophique à l’instar d’un Kant, d’un Hegel ou d’un Sartre.

Dans son texte bref et poignant de sincérité, taillé à la serpe, Finkielkraut revient sur l’amour, sur sa judéité et son soutien critique à l’État d’Israël, les rencontres essentielles de sa vie, Bruckner, Foucault, Roth, et surtout Milan Kundera, auquel le livre est dédié. Le penseur analyse aussi sa relation à l’oeuvre de Heidegger et à l’impact qu’a eu le scandale de la publication des Cahiers noirs sur la réception de la pensée heideggerienne.

À travers les essentiels de sa vie, c’est avant tout l’occasion pour Alain Finkielkraut de se dévoiler en vérité et d’essayer de comprendre pourquoi ceux qu’il appelle ironiquement le « parti ouaf-ouaf » guettent le moindre de ses battements de cil pour le taxer de facho, de réac, de raciste, voire, ce qui est arrivé dernièrement, de l’empêcher de tenir une conférence – belle vision de la démocratie que celle du parti ouaf-ouaf... Le « pas de liberté pour les ennemis de la liberté » a fini par se retourner contre Saint-Just. Sans souhaiter l’aller simple pour l’abbaye de Monte-à-Regret aux membres du parti ouaf-ouaf, nous les verrions sans déplaisir se prendre les pieds dans le râteau et manger le manche en pleine poire. L’examen auquel se livre Finkielkraut révèle à quel point la liberté d’expression, et par là même la Liberté, est compromise en France. Pas tant par son Gouvernement (quoiqu’avec la loi dite sur les Fake News, ce dernier contribue largement à ce recul civilisationnel), mais par les GAFA, nombre d’associations, les communautaristes de toutes obédiences, les anywhere. Paradoxalement, la Liberté est menacée par les tenants du progressisme le plus audacieux au moins autant que par ceux de l’identitarisme crasse à relents communautaristes.

En revenant sur son parcours, Alain Finkielkraut nous tend un miroir de notre époque et nous offre à réfléchir sur ce que la France et le monde deviennent.

Comme le disait Bukowski, il ne reste que trois solutions, « se saouler, se flinguer ou en rire ».

En rire quotidiennement ; se saouler de temps en temps ; se flinguer quand les deux premières options deviennent impossibles.

Philippe Rubempré

Alain Finkielkraut, À la première personne, NRF Gallimard, 2019.

Adios, Tierra del Fuego – Jean Raspail

Araucanie, Patagonie, Terre de Feu, détroit de Magellan, Cap Horn, Port-Famine, Ushuaïa, Punta Arenas, Alakalufs, Yahagans, Mapuches… Ces noms enchanteurs ont fait rêver bien des générations d’enfants – celles d’avant la télévision et le numérique, quand l’enfance était encore possible. Ils évoquent pourtant des peuples disparus ou presque, des terres hostiles que mère-nature a taillées à la pointe de l’eskiltuna, ce couteau traditionnel du Sud fuégien… Lire Raspail donne envie de relire Francisco Coloane, à moins que ce ne soit le contraire…

L’auteur du Camp des Saints et du Roi au-delà de la mer est aussi un explorateur qui a, lui aussi, enfourché sa monture et quitté la ville au crépuscule par la porte du Sud qui n’était plus gardée… C’est un plaisir enfantin que de l’accompagner en Terre de Feu pour une tournée d’adieux et un devoir de mémoire accompli. Sur les traces des Fuégiens et d’Orélie-Antoine 1er, roi de Patagonie, Raspail essaime quelques signes sur une piste au bord de laquelle on se prend à rêver lui emboiter le pas.

Raspail ou l’aventure de la Patagonie vivante. Consul général de Patagonie ayant rallié nombre de preux chevaliers à sa cause, Raspail a repris aux British l’archipel des Minquiers, lâché par la France, devenu la Patagonie Septentrionale, sise au large de Granville et Saint-Malo, entre Jersey et Chausey. Cette réponse à l’invasion des Malouines par Thatcher provoqua l’incrédulité moqueuse avant de se métamorphoser en quelques remous diplomatiques et force unes de presse, dont celle du notable Times !

Adios, Tierra del Fuego, un peu d’aventure et de poésie dans notre monde terne et déclinant ; un peu de justice rendue aux Alakalufs et autres Yahagans ; les honneurs et la gloire aux rêveurs et au roi d’Araucanie et de Patagonie, Sa Majesté Orélie-Antoine 1er de Tounens, et ses successeurs… son cosas de Patagonia

Philippe Rubempré

Jean Raspail, Adios, Tierra del Fuego, Éditions Albin Michel, 2001, 390 pages.

Lectures – septembre

  1. FDP de la mode – Marsault + Papacito
  2. Madame est servie – Thomas Morales
  3. Théorie de la dictature – Michel Onfray
  4. Sans filtre. L’intégrale – Marsault
  5. Ex-libris eroticis -Massimo Rotundo
  6. L’empire du politiquement correct – Mathieu Bock-Côté
  7. Un peu de nuit en plein jour – Érik L’Homme
  8. Les poneys sauvages – Michel Déon
  9. No society. La fin de la classe moyenne occidentale – Christophe Guilluy
  10. Le scandale des EHPAD. Une aide-soignante dénonce le traitement indigne des personnes âgées – Hella Kherief, en collaboration avec France Carp
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