Journal d'un caféïnomane insomniaque
jeudi août 22nd 2019

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Introït

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.

 

Un été chez Max Pécas – Thomas Morales

L’été, la chaleur, les corps qui se dévoilent, une certaine torpeur languide… C’est la saison anti-snob, le règne de la légèreté et des petits plaisirs coupables, le temps où l’on aime bien tout ce qui est bon, surtout si c’est très mauvais, pour paraphraser la soeur médecin des Hospices de Beaune, dans La Grande Vadrouille. En passant Un été chez Max Pécas, Thomas Morales rend justice à ces instants privilégiés de liberté et de joie que la Faculté, l’Académie et les politocards rêvent de rogner voire d’interdire… Pour votre bien et au nom de votre santé, bien entendu.

Que celui qui n’a jamais zappé sur un film de Max Pécas dans la moiteur étouffante d’un été à la campagne lui jette la première pierre… Les plaisirs simples ne se démodent pas sous la plume de Morales. De l’apéro au barbecue en passant par le Tour de France – dernière grande compétition sportive gratuite, donc réellement populaire -, du slow aux amours de vacances en passant par la carte postale, parfois grivoise, horresco referens, le chroniqueur nous raconte avec malice et humour ces bonheurs populaires honnis par une pseudo-élite qui les considère comme populistes. Un honneur quand on songe que le prix Eugène Dabit du roman populiste a couronné René Fallet ou Jean-Pierre Chabrol ! Je ne peux m’empêcher de penser qu’il est aussi cocasse d’être traité de populiste par une pseudo-élite bankerisée que de l’être de pute par un julot ou une mère maquerelle…

Un été chez Max Pécas se déguste sous forme de courtes et savoureuses chroniques, qu’il est de bon ton d’accompagner d’un pastaga ou d’un rosé bien frais, bob Ricard vissé sur le crâne, en attendant que braises se fassent… On se calme, on boit frais, on lit Morales et on retrouve le moral !

Philippe Rubempré

Thomas Morales, Un été chez Max Pécas , Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2019, 85 pages.

Lectures – juillet

  1. Raskar Kapac. L’Anthologie – Maxime Dalle, Yves Delafoy, Archibald Ney
  2. Dans l’ombre de la Révolution – Anonyme
  3. Judy, Lola, Sofia et moi – Robin D’Angelo
  4. La Rouquine Flamboyante – Herbert Ghilen
  5. Les Furtifs – Alain Damasio
  6. Napoléon Pommier – San-Antonio
  7. À propos de 50 ans d’Aventures Bob Morane – Henri Vernes, entretien avec Stephan Caluwaerts & Yann, préface de Jean Dufaux
  8. Jules Verne Politiquement incorrect ? – Ghislain de Diesbach
  9. Deux ans de vacances – Jules Verne

Lectures à l’honneur

Il est des livres qui vous accompagnent tout au long d’une vie, ou simplement quelques années. Ils vous aident à vous construire, à avancer, à appréhender le monde tel qu’il ne va pas et tel que vous le souhaiteriez. Sans être nécessairement Évangiles ou Apocalypse, ces fidèles compagnons du quotidien sont essentiels à notre être, en ce sens que sans eux, nous ne serions pas tout à fait nous-même, quand bien même aucun d’entre eux ne saurait prétendre nous résumer.

« La nature comme socle. L’excellence comme but. La beauté comme horizon.  » – Dominique Venner

« Sans que tu en aies conscience, peut-être, l’homme moral veille en toi et te rive à ton poste par deux puissants mobiles : le devoir et l’honneur. (…) Tu serres les dents et tu restes. » – Ernst Jünger, Carnets

« Fais ce que tu dois. Des faits et non des mots. » – Marcel Bigeard

C’est une facilité humaine de se plaindre et de trouver, toujours et en tout lieu, que tout va mal, quelles que soient les circonstances. L’apanage du râleur qui n’est en rien bâtisseur (mea culpa). Depuis Platon, l’homme occidental se plaint de la jeunesse qui n’est plus ce qu’elle était. Une fois n’est pas coutume, rendons hommage à la perfide Albion, et à son dicton si beau, never complain, never explain1. Voici quelques lectures, non-exhaustives et par nature évolutives, auxquelles, à titre personnel, je me réfère comme à autant de viatiques, de vade mecum, et que je relis pour l’essentiel au moins une fois l’an. Puissent-elles vous inspirer, vous surprendre ou vous outrer…

De mon plus ancien souvenir de lecteur, il est un roman historique pour la jeunesse en deux tomes signé du regretté jazzman André Hodeir que je relis depuis que je dois avoir quelque chose comme dix ans, il s’agit des Aventures de la Petite Chevalière suivi de La Chevalière et le panache blanc2. De la France de Charles IX à l’avènement d’Henri IV, ce roman couvre l’essentiel des Guerres de religion en France, période Ô combien marquante encore aujourd’hui (j’en veux pour preuve l’âpreté des débats sur la laïcité). Dans un contexte historique parfaitement restitué, d’une plume limpide, riche et alerte, Hodeir donne vie à Ermengarde, douze ans au début du roman, jeune parpaillote éprise d’escrime qui va vouer son épée à Henri de Navarre. Que ce soit contre l’historique Catherine de Médicis ou contre l’inénarrable baron de l’Escalope, ou son cousin de l’Estragon, ou leur cousin de l’Escargot, notre jeune héroïne sert de manière anachronique un idéal bien contemporain de fraternité, sans une once de mièvrerie, de béni-oui-oui ou de moraline. Un certain sens de l’honneur. Un livre pour la jeunesse à méditer.

Dans une veine différente, mais toujours, parfois à tort, apparentée à la jeunesse, j’éprouve une admiration jamais démentie pour Jules Verne, Hergé et Henri Vernes. Par-delà leur singularité respective et leurs (grandes) différences, ces trois auteurs brossent un portrait du gentilhomme qui me sied tout particulièrement, quand bien même il serait aujourd’hui qualifié de ringard voire de raciste. Les correspondances inavouées entre les héros de Tintin et ceux de Jules Verne ont été admirablement mises en lumière par Tomasi et Deligne dans Tintin chez Jules Verne, court essai richement illustré paru chez Lefrancq Littérature (1998). Quant à Henri Vernes, père de Bob Morane (qu’à presque quarante ans je relis toujours, envers et contre tout), il a donné un court ouvrage très intéressant sur sa démarche et sa vision du monde aux éditions À Propos en 2003, À Propos de 50 ans d’Aventures Bob Morane. Point commun entre ces trois auteurs qui ne se sont jamais rencontrés, le sens de l’Aventure et de l’Honneur. Quelque part, Sylvain Tesson est actuellement leur héritier le plus vif, quoique dans les genres, différents, de l’essai et du reportage.

Comment dans un article consacré aux bréviaires d’une vie ne pas consacrer quelques lignes à l’Itinéraire spiritueux3 de Gérard Oberlé. Ce livre a changé mon rapport à la vie, à la gastronomie et à la boisson ; combien d’écrivains merveilleux n’ai-je pas découvert à la lumière de cet érudit joyeux vivant ! L’itinéraire d’Oberlé vu à travers le cul de ses bouteilles et entre les lignes de ses auteurs fétiches est un manuel de savoir-vivre qui ne dit pas son nom, un bijou qui se transmet entre initiés, plaisir de la langue et des sens servi par le dernier des rabelaisiens français.

Plus récemment, Un Samouraï d’Occident. Le bréviaire des insoumis4, livre-testament de Dominique Venner, nous remet dans le fil de la longue tradition européenne, sans haine ni animosité, combattant pour le droit de chaque civilisation à exister en tant que telle, y compris l’Europe. Venner, dont le spectaculaire suicide sur le maître-autel de Notre-Dame a quelque peu évincé ses écrits, nous rappelle avec Homère que l’essence de la civilisation européenne, c’est la nature comme socle, l’excellence comme but et la beauté comme horizon. Ce bréviaire néo-stoïcien est une véritable respiration dans nos temps vendus à la performance financière (et n’est en rien un vecteur de haine comme le proclament les imbéciles de droite et de gauche qui ne se sont pas même donné la peine de l’ouvrir).

Avec Déchirer les ombres5, Erik L’Homme quitte le monde du roman pour la jeunesse pour la cour des grands avec fracas et majesté. Tout en dialogues, le parcours de Lucius Scrofa, sa dernière route, est un concentré de vie des plus revigorants. Ancien professeur de philosophie passé par l’Afghanistan au sein des armées françaises, Scrofa livre une analyse des plus percutantes de nos « valeurs actuelles », de la dynamite ! Olivier Maulin a écrit dans Valeurs actuelles, justement, « on croirait Rambo qui a lu Sénèque. » Il ne croyait pas si bien dire !

Pour acquérir quelque lucidité politique, rien de tel qu’un bon roman de fantasy. Niveau Tolkien, et je pèse mes mots. Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski6 retrace l’itinéraire de Don Benvenuto Gesufal, être peu recommandable s’il en est, au service du Podestat Leonide Ducatore. Dans un univers imaginaire empreint de magie qui rappelle l’échiquier politique de la Renaissance italienne et européenne, Jaworski décortique et met à nu les compromissions et les exceptionnelles qualités humaines qu’exigent politique et guerre, par nature inaccessibles au commun des mortels. Le tout dans une plume riche, exceptionnelle, n’ayons pas peur des mots, inventive et jouissive. Un bijou à l’ère des plates Christine Angot, Annie Ernaux et autres apprentis censeurs à la plume faisandée.

Dernier en date, Éthique du samouraï moderne, sous-titré « Petit manuel de combat pour temps de désarroi », signé de l’aventurier, journaliste, écrivain Patrice Franceschi. Un bréviaire reprenant les enseignements de Toshiro Isogushi sous forme de propos courts. La rencontre du néo-stoïcisme et du Bushido, le code d’honneur des samouraïs, à lire dans l’ordre et au hasard, à méditer, à n’en pas douter, pour savoir reconnaître ce qui est essentiel de ce qui est superflu, le superflu étant la fausse gloire, le veau d’or de notre époque peut-être pas tout à fait maudite…

Comme le disait un vieux dégueulasse7, « il n’y a que trois façons de s’en sortir : se saouler, se flinguer ou rire ».

Philippe Rubempré

1Ne jamais se plaindre, ne jamais expliquer (ou se justifier).

2L’ami de poche Casterman, 1983.

3Grasset, 2006.

4Pierre-Guillaume de Roux, 2013.

5Calmann-Levy, 2018.

6Les Moutons électriques, 2009 ; Folio-SF, (2015) 2018.

7Charles Bukowski.

Nouvelles de mes nuits – François Jonquères

Des voix de fées se penchèrent sur son berceau… dédoublement de personnalité et nuits hallucinées, entre rêve et réalité, accompagnées de fins gourmets et de littérateurs genre doués, voilà ce que cela a donné.

Après une escapade révolutionnaire, une visite au pays des fées et une plongée dans les tréfonds les plus sombres et les plus talentueux de la littérature française d’avant 1945, François « Montgomery » Jonquères, avocat d’affaires au soleil, « clochard vertueux » sous la lune, nous donne des nouvelles de ses nuits. Hors des chemins battus, les nuits parisiennes se peuplent d’êtres étranges et attachants, toujours passionnés et passionnants. Pisse-vinaigres, passez votre chemin. Trouillards et moralinisateurs à la petite semaine itou ! Ces errances appartiennent aux seigneurs de la nuit, ces noctambules de talent ou de génie, et tant pis s’ils pensent de travers d’un bord l’autre.

Les nuits de Montgomery – Jonquères recèlent tout ce qui constitue le sel de la bonne vie : littérature, gastronomie, traversée de Paris – mousses, petits blancs et charcuteries inclus !, âmes vagabondes comme l’humeur et tristesse joyeuse de ceux qui savent que la vie si vile n’est pas toujours un cadeau, mais qu’humour et joyeuseté sont la politesse du dés-espoir. Les faunes rencontrés, certains connus, sont tous des aventuriers de leur vie et des gens d’honneur. De ces rencontres nocturnes, le lecteur s’enrichit.

Les nuits de Montgomery, également déambulatoires et solitaires, appellent profondeur et réflexion. Le coup de fouet du muscadet bien frappé se perd dans les affres enivrantes des nuits-saint-georges et nous nous réveillons grandis et armés pour affronter la vie à la hussarde, sabre au clair et en avant !

Philippe Rubempré

François Jonquères, Nouvelles de mes nuits, Éditions Balland, 2019, 225 pages.

Lectures – juin

  1. Quatre ? – Enki Bilal
  2. La Débauche – Esparbec
  3. Ô vous, frères humains – Luz, d’après l’oeuvre d’Albert Cohen
  4. Autour de la lune – Jules Verne
  5. L’ultime faveur – Patrick Wald Lasowski
  6. Le Grand Secret – René Barjavel
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