Journal d'un caféïnomane insomniaque
samedi octobre 20th 2018

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Introït

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.

 

Lectures septembre

  • L’Étrange suicide de l’Europe – Douglas Murray
  • Le Tour de la France par deux enfants d’aujourd’hui – Pierre Adrian & Philibert Humm
  • Le Seigneur des Anneaux – J.R.R. Tolkien
  • Tarzan, la légende de la jungle – Edgar Rice Burroughs
  • La super-classe mondiale contre les peuples – Michel Geoffroy
  • Sparte et les Sudistes – Maurice Bardèche

Paradise Island – Lu Ping & Teufel

    Chloé gagne au jeu télévisé La Roue de la Chance – toute ressemblance avec un jeu de TF1 étant purement non-fortuite – un séjour pour deux dans un club de luxe sis sur Paradise Island. Quoique n’ayant réussi à dénicher aucune information sur ladite île paradisiaque, elle s’envole en compagnie de son amant, Tom, vers les vacances bien méritées, conquises de haute lutte télévisuelle.
L’arrivée sur l’île est quelque peu déroutante : une hôtesse fait le maillot de Chloé pendant qu’une autre accueille Tom à la mode de Saint-Claude. Le monde semble en chaleur sur cette île. De retour avec Tom dans leur chambre et constatant le grand remplacement de leurs affaires par une collection osée, Chloé décide de partir… Le pourront-ils ?
Soyons clair, il n’y a rien d’intello dans cette bande-dessinée pour adulte à la pornographie léchée (sic !). Le scénario, plutôt adroit pour une oeuvre du genre, est cohérent ; les dessins bien exécutés ; les scènes érotiques, éclectiques et à profusion, excitantes. Les ambitions des auteurs de cette agréable gauloiserie sont le divertissement et l’émoustillement de leur lectorat des deux sexes.
Toutefois, le choix d’un gain de jeu télévisé et le parallèle évident avec certaines émissions de téléréalité est révélateur – lapsus dessiné, sans doute – des véritables objectifs des promoteurs de temps de cerveau disponible : vous jeter en pâture à la populace pour leur plus grand profit sonnant et trébuchant, si possible en train de baiser en satisfaisant ainsi, cerise du le gâteau, leurs instincts pervers et voyeurs.
Aux amateurs assidus ou occasionnels de ce genre de programmes télévisés, à bon entendeur…

Philippe Rubempré

Paradise Island, scénario de Lu Ping, dessins de Teufel, et couleurs d’Angus, Éditions Glénat, coll. Drugstore, 2012, 48 pages.

The Boob Tube, un soap opera érotique, parodique, malicieux et délirant !

    La fièvre porcine actuelle témoigne du degré de folie atteint par certaines idées féministes. Réfractaire au principe de délation et amateur d’érotisme, il ne me déplait pas dans ce contexte de mettre à l’honneur des oeuvres qui nous rappellent que le sexe se doit d’être d’abord libre et joyeux, comme ici et encore .

The Boob Tube, la chaine (TV) des seins, illustre à merveille la gaudriole dans la bonne humeur partagée, festive et conviviale comme disent les promoteurs du vivre-ensemble depuis qu’ils ont assassiné la fraternité. Cette parodie érotique de soap opera est enlevée par une bande d’actrices et d’acteurs qui n’ont pas plus froid aux yeux qu’ils ne sont traumatisés d’avoir interprété un film pour adultes. Pas le moins du monde des victimes, n’en déplaise aux ceusses qui estiment (en quel nom ?) que prostituées et actrices pornographiques en sont nécessairement, même si elles l’ignorent.

Ce film de 1979 – une époque où les films érotiques avaient scénario, acteurs et budget dignes de ce nom – met en scène de façon hilarante l’installation d’un psychiatre généreusement doté par la nature dans une petite communauté de Californie. À peine arrivé, le pauvre homme est assailli par Selena Carpenter, voisine nymphomane délaissée par son mari ; lequel découvre les plaisirs sadiques en compagnie de sa secrétaire ; secrétaire dont l’amant, jaloux, infidèle et masseur, imagine une machination pour faire chanter ledit mari… Un charivari coquin pimenté par l’assistante et les clientes du masseur, une madame Stein obsédé par les parachutistes de l’armée israélienne, une ado de 16 ans avec un corps de femme et l’inévitable plombier ! Le tout, comme à la télé, entrecoupé de spots publicitaires tous plus délurés les uns que les autres.

The Boob Tube est un film érotique parodique décomplexé, joyeux, drôle, et bien interprété. Une curiosa à regarder seul(e) ou accompagné(e), qu’on soit à voile, à vapeur, cumulard, partouzard, cinéphile ou nanarophile. Divertissement réservé, cela va de soi, à un public averti. Saintes Nitouches, mères-la-pudeur, faces de carême, grenouilles de bénitier et autres peines-à-jouir de toutes obédiences, s’abstenir.

Spud Begbie

 

The Boob Tube, réalisation Christopher Odin, USA, 1979, avec John Alderman, Colleen Brennan, Elana Casey, Lyllah Torena… Réédition DVD Bach Film, 2009, collection « Sexploitation », 75 minutes, couleur, VOSTFR, format 1.85, public averti.

Arthur et Janet. À fleur de peaux – Cornette & Karo

 

    Arthur et Janet forment un couple de bobos vingtenaires, voire trentenaires, plutôt cultivés, et totalement libérés question bagatelle et plaisirs de la route. Au travers de six de leurs aventures coquines et pleines d’humour, Cornette et Karo dédramatisent l’érotisme et le couple.

La galerie des lieux, insolites ou familiers, et des personnages secondaires, vient pimenter cette joyeuse gaudriole, et éclairer à n’en pas douter d’un jour nouveau quelques horizons de votre quotidien.

Drôle, intelligent et excitant, que demander de plus à une bande-dessinée destinée au divertissement des adultes consentants…

Philippe Rubempré

Arthur et Janet. À fleur de peaux, scénario de Cornette, dessins et couleurs de Karo, Éditions Glénat, coll. Drugstore, 2009, 48 pages.

Éloge de la voiture – Thomas Morales

À la mémoire de Pierre N.

    Je me souviens de la Renault 18 verte de ma mère. Un break 4 vitesses, on le surnommait « le tank ». Son moteur a fait boum, comme celui des Dupondt dans Tintin au Pays de l’Or noir, sur la route de Landerneau. Je me souviens de la 4L de mon père, plancher en paquets de Marlboro et aération par les trous de la carrosserie. Une légende dans le bourg. Il faut croire que le paquet de cibiches nuit autant au plancher automobile qu’à la santé, mon père ayant été obligé de se séparer de sa 4L (pour une Alfa Romeo 75) le jour où il est passé à travers le plancher ! Je me souviens de mon grand-père maternel, artisan garagiste à l’ombre des buttes ardoisières et des chevalements du Sud-Mayenne, Amateur de vieilles voitures. Je me souviens des bagnoles alignées dans la cour, devant le garage. Je me souviens de la Renault Prairie, qu’il démarrait à la manivelle dans une pétarade bleutée et enfumée ; je me souviens de sa 4L « camionnette » au poste vissé sur Radio Bleue ; de sa Peugeot 504 blanche, la cinq sens, comme il disait, synonyme pour moi, mon frère et mes soeurs de vacances ; je me souviens de la 404 pick-up utilisée comme dépanneuse, souvent garée sur la fosse du garage ; de sa 2CV Citroën, avec les portes avant qui s’ouvrent à l’envers, entièrement construite de ses mains à partir de deux cadavres pour fêter sa retraite. Aujourd’hui, mon grand-père n’est plus, mon père ne conduit plus.

Cette douce nostalgie de temps heureux s’est réveillée à la lecture du dernier opus de Thomas Morales, Éloge de la voiture. Sous-titré Défense d’une espèce en voie de disparition, cet essai est un bijou de nostalgie joyeuse, une nostalgie littéraire autant que cinématographique ou familiale. À travers le prisme des voitures de sa vie, Thomas Morales rend ses lettres de noblesse à cet art de vivre que fut (et reste pour une élite) l’automobilisme, loin des préjugés et des oukases à l’encontre du conducteur-pollueur, fond de teint comptant pour rien des ceusses qui peuvent se permettre de n’utiliser que métro, tram ou vélo au quotidien, infime minorité de bobos amnésiques. Car l’automobile fut, et est encore parfois et heureusement, une oeuvre d’art populaire, un symbole autant qu’un véhicule de liberté. D’aucuns ont parlé de « civilisation automobile ». Et ce ne sont pas les (nombreux) ouvrages, titres de presse ou beaux-livres, consacrés aux Ferrari, Porsche, Delahaye et autres Bugatti ou De Dion-Bouton qui vont me contredire !

Morales, une fois de plus, distille généreusement sa gourmandise en brocardant avec humour bien-pensance et infantilisation à outrance. Sa lettre ouverte à Anne Hidalgo, ci-devant bourgmestre de Lutèce, prouve son ouverture d’esprit et sa finesse : l’automobiliste passionné peut être en même temps un être galant, gracieux et cultivé. Cette nouvelle pierre à l’oeuvre de Thomas Morales est un nouveau vaccin contre la connerie, une nouvelle déclaration d’amour à la beauté, à la liberté et à une certain savoir-vivre inspiré par la voiture. Littérature, cinéma, géographie, gastronomie ne sont pas en reste. Avec Morales, la voiture demeure ce symbole fantastique de liberté individuelle…

 

Philippe Rubempré

Thomas Morales, Éloge de la voiture. Défense d’une espèce en voie de disparition, Éditions du Rocher, 2018, 228 pages, dans toutes les bonnes librairies le 19 septembre 2018.

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