Journal d'un caféïnomane insomniaque
mercredi avril 1st 2020

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Introït

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.

 

Lectures mars

  1. 20 000 Lieus sous les mers – d’après Jules Verne, Adaptation et scénario Fabrizio Lo Bianco, dessins Francesco Lo Storto
  2. Squeak the Mouse ! – Mattioli
  3. Degenerate housewives #1 – Rebecca
  4. Nana – Émile Zola
  5. L’esprit de Tepeyolt – Les grands classiques de l’épouvante, réédition Elvifrance
  6. Le Masque de la Mort rouge – Edgar Allan Poe
  7. Monstres fabuleux et autres amis littéraires – Alberto Manguel
  8. Le piège de Saïgon – Pierre Nord
  9. Naufragé volontaire – Alain Bombard

Lectures février

  1. Contact. Pourquoi nous avons perdu le monde, et comment le retrouver – Matthew B. Crawford
  2. Sido – Colette
  3. Je bois donc je suis – Roger Scruton
  4. Huis-Clos – Jean-Paul Sartre
  5. Le Mariage de Figaro ou la folle journée – P.-A. C. de Beaumarchais

Bordel de Dieu – Marsault

Marsault est de retour en solo, plus énervé que jamais ! Son oeil acéré et acerbe sur notre société dérange, au point d’être menacé et assailli de tentatives pour le réduire au silence… Et pourtant, cet œil s’avère pertinent sur les émissions de « témoignages » héritées de Delarue sur le sévice public ; Marsault en révèle avec cruauté et jubilation le fond abject, odieux, ignoble et profondément dégueulasse de ces programmes, de ceux qui les produisent, les animent, et j’ajoute, les regardent. Son œil est toujours pertinent sur la liberté d’expression et l’enflure de la « cage aux phobes » si bien pressentie par Philippe Muray ! La société de la transparence, des médias et des réseaux sociaux vire au totalitarisme, c’est-à-dire, pour reprendre une expression de Claude Polin, à la « dictature de l’individu sur l’individu », cet être atomisé au coeur d’une société liquide et veule, parfaitement interchangeable et idiot utile des manipulateurs et des puissants.

Marsault croque nos tares contemporaines et notre décadence avec férocité et humour, avec tendresse parfois, pour les innocents broyés et méprisés par la machine. De la télé aux phobies liberticides, de la malbouffe au porno à outrance, rien n’échappe à l’épée vengeresse du dessinateur polémique. Une catharsis qui fait du bien et qui ne plaira pas à tout le monde. Brassens le chantait en 1954, les braves gens n’aiment pas qu’on suive une autre route qu’eux. Ce qui a changé depuis, ce sont les braves gens…

Philippe Rubempré

Marsault, Bordel de Dieu, Éditions Ring, janvier 2020.

Lectures janvier

  1. Un Faux Livre 2. Le petit illustré qui va droit dans le mur – Un Faux Graphiste
  2. Le pire a de l’avenir – Georges Wolinski
  3. Le théâtre des opérations. Journal métaphysique et polémique 1999 – Maurice G. Dantec
  4. Notre histoire. Ce que nos enfants devraient apprendre à l’école – Dimitri Casali (dir.)
  5. BREUM#2 Blindage et liberté – Marsault
  6. Aux sources du malaise identitaire français. Valeurs, identité et instinct de collaboration – Paul-François Paoli
  7. La fonction du balai – David Foster Wallace

L’Esthétique contre-cool – Pierre Robin

Chers lecteurs, si vous vous sentez en délicatesse avec l’époque, ce guide est fait pour vous ! L’Esthétique contre-cool, guide à l’usage de ceux qui veulent échapper à leur époque, est le cordial qui vous mettra du baume au coeur aussi sûrement qu’une bouteille de chenin du Val-de-Loire bien fraîche accompagnée d’une terrine de campagne en automne.

Pierre Robin, membre du groupe Jalons (souvenez-vous, c’est ce groupe de joyeux turlurons présidé par Basile de Koch qui manifesta un certain hiver aux cris de « Verglas, assassin ! Mitterrand, complice ! »), incarne son univers contre-cool en nous immergeant dans ses lieux, ses livres, ses musiques, son style vestimentaire… L’auteur jette à la face de nos temps sinistres et laids un bel objet contre-cool imprimé sur papier glacé, plein d’humour tel qu’on ne le pratique pas sur France Inter, et superbement illustré de photographies de qualité, dont un Gérard de Villiers, père de SAS Malko Linge, posant en couverture devant le restaurant Chez Maxim’s, rue Royale, nonchalamment appuyé sur le capot d’une Rolls. Introduit par une belle préface signée Bertrand Burgalat, le guide de Pierre Robin est une invitation rafraîchissante à lutter joyeusement et gaillardement contre la fange quotidienne de ce bas monde en délitescence. Un défi à relever avec honneur et fierté, deux vertus contre-cool !

Ce manuel de savoir-vivre drôlatique et profitable se fera un nid dans votre bibliothèque entre les œuvres délicieusement nostalgiques de Thomas Morales et les fulgurances esthétiques de l’éclectique Michel Marmin.

Philippe Rubempré

Pierre Robin, L’Esthétique contre-cool. Guide à l’usage de ceux qui veulent échapper à leur époque, Éditions rue fromentin, novembre 2019, 151 p.

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