Journal d'un caféïnomane insomniaque
dimanche février 25th 2018

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Voix de fées – François Jonquères

    Inclinons-nous devant François Jonquères, il élargit les limites trop étroites de nos vies sans saveur. C’est que Jonquères est un écrivain, poète quelquefois, et surtout, il est un rêveur. C’est vous dire à quel point ce joyeux drille tendance hussard n’est pas en odeur de sainteté en Macronie… Ce récidiviste nous avait charmé avec son premier roman, La Révolution buissonnière (Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2016, à lire toutes affaires cessantes si ce n’est pas déjà fait ; à relire le cas échéant). L’essai est largement transformé avec ses (sic) Voix de fées, ces chants et contrechamps d’un prince du calembour, d’un dandy lettré amateur d’Aymé et autre Fallet (la lecture des Voix de fées m’a plongé Les pieds dans l’eau – Mercure de France, 1974 – en compagnie de René Fallet dans la foulée).

La plupart de nos contemporains l’a oublié, voire nie l’évidence : le monde est dirigé par les fées. Et ce sont bien elles qui vont aider le narrateur – l’auteur ? – à résoudre ses questions existentielles. À la fois maîtresses de ce bas monde et du pays des rêves, les fées jouent avec les songes du narrateur et enchantent notre imaginaire en détournant quelques géants de la littérature, de Kipling à Jules Verne en passant par Marcel Aymé, Rabelais, Perrault ou La Fontaine (liste non-exhaustive reflétant en partie seulement les goûts du chroniqueur, qui ajoute en pousse-café Blondin, ce singe hivernal de génie).

Avec son deuxième roman (sur une série de sept annoncés comme les sept péchés capiteux de l’auteur, vaste programme de réjouissances en perspective !), François Jonquères réhabilite la féérie en littérature, rend les honneurs perdus au conte, à l’imagination, au style et à l’originalité – ici, non-galvaudée.

J’ai découvert Jonquères avec son premier roman, dont vous lirez la chronique dans ces pages. je le retrouve bonifié avec ses (re-sic !) Voix de fées. Et j’apprends en lisant Éléments que ce facétieux a refait la traversée de Paris en compagnie du génial Olivier Maulin et de quelques dizaines de gais lurons du même acabit, avec force cochonnailles et haltes bistrotières ! Décidément, ce type ne manque pas de sel ! Lisez et relisez Jonquères, qui a eu le bonheur de commettre de sacrées Voix de fées !

Philippe Rubempré

François Jonquères, Voix de fées. Chants et contrechamps, préface de Philibert Humm, Éditions La Thébaïde, coll. Roman, 2018, 161 pages.

Lecture janvier

  • Scènes de la vie intellectuelle en France. L’intimidation contre le débat. – André Perrin
  • Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee
  • L’Europe est morte à Pristina – Colonel (er) Jacques Hogard
  • Éloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail – Matthew B. Crawford
  • Au lit, citoyens ! Manifeste contre la société de la mal baise – Julia Palombe
  • Chambres étroites – James Purdy
  • Déchirer les ombres – Erik L’Homme
  • Radicalisons-nous ! La politique par la racine – Gaultier Bès
  • Pour la liberté. Répondre au terrorisme sans perdre raison – François Sureau
  • La Main de Dante – Nick Tosches

L’inavouable histoire de France d’Homo Soralis à Cro-Macron – Norbert Hérisson, Stéphane Burne, illustrations de Marsault

    Fuyez ! Ô « amis » du politiquement correct et du rire aseptisé à la sauce France Inter, passez votre chemin, ce livre n’est pas pour vous. Hermétiques au troisième degré, pisse-vinaigre et autres handicapés du rire jaune, noir ou spectral, gardez-vous d’ouvrir cet ouvrage. Pour tous les autres – enfin, ce qu’il en reste – gens libres et doués de raison, adeptes du libre-arbitre et de la part des choses, amateurs d’humour sans barbelés idéologiques, précipitez-vous !

Inutile de préciser que cette histoire « inavouable » de la France n’a que de très lointains rapports avec l’Histoire de France avérée, et absolument aucun avec l’histoire de France idéologique, culpabilisante et ethno-masochiste telle que pratiquée dans une récente histoire de la France que nous ne citons pas pour lui éviter une publicité dont elle n’a que trop bénéficié de la part de médias complaisants, qui est funeste pour l’histoire et l’honnêteté intellectuelle de la profession (cette « grande oeuvre » – par la masse, à n’en pas douter – est une relecture idéologique et anachronique de l’histoire destinée à justifier des positions morales et politiques absolument contemporaines). En revanche, toute ressemblance avec l’actualité et les travers de notre époque n’est pas purement fortuite.

En princes du calembour et de l’humour absurde, Norbert Hérisson et Stéphane Burne retracent une histoire largement fantasmée de la France d’Homo Soralis à Cro-Macron en n’épargnant rien ni personne. Les jeux de mots sont souvent savoureux, le ton cruel, la feinte fait mouche – et mal ! Nous en voulons pour preuve l’inénarrable Edwige Quenelle, de Médiapartout : tout est dit en une formule assassine qui va faire grincer quelques dents progressistes, ouvertes et soit-disant démocratiques ! Vous aurez aussi l’opportunité de lire la plus pertinente analyse des réformes de M. Hollande, telle qu’aucun commentateur politique patenté n’a osé.

Bref, cette inavouable histoire de France est une respiration bienvenue pour les amoureux de l’humour et de la liberté en ces temps de totalitarisme mou des médiacrates subventionnés biberonnés au victimaire égalitariste. Cerise sur le gâteau, généreusement arrosée de rouquin, cette France revisitée est illustrée par le génial Marsault, des dessins qui font BREUM !

 

Philippe Rubempré

L’inavouable histoire de France d’Homo Soralis à Cro Macron – Norbert Hérisson, Stéphane Burne, illustrations de Marsault, Éditions Ring, 2017, 259 pages.

La République n’a pas besoin de savants – Michel Marmin / Voeux 2018

    Michel Marmin : mon premier bonheur de lecture de 2018 ! Son livre d’entretiens avec le critique cinématographique Ludovic Maubreuil, La République n’a pas besoin de savants, est un bijou de style, de liberté, d’audaces artistiques, littéraires, cinématographiques, un précis d’iconoclasteries drôles et érudites. Michel Marmin est un homme d’idées, mais le contraire d’un idéologue. Ses positions politiques – exprimées de manière « métapolitique » – ont conduit les sectateurs de la bien-pensance autorisée et autres colleurs d’étiquettes à le classer à l’extrême-droite… Marmin, en fin provocateur, peu intimidable, en joue, fanfaronne, et tel un mousquetaire de la liberté de penser, tire sa rapière littéraire et relève de savoureux duels.

Lire ces entretiens est un bonheur érudit qui ne verse jamais dans le pédantisme. Curieux de tous les pays, précipitez-vous ! Mélomanes, esthètes, lecteurs, cinéphiles, tous dévoreront avec gourmandise – et quelque soient leurs goûts – cette anthologie très personnelle et un tant soit peu foutraque, dans laquelle le mac-mahonisme fait ménage avec Godard, Alain Corneau et Gérard Blain croisent leur fer cinématographique avec Raoul Walsh, le jazz flirte avec la musique contemporaine savante et les ateliers d’artistes font portes ouvertes.

Le parcours de Michel Marmin, sa vie intellectuelle, politique, artistique, amicale, amoureuse, est toréé avec brio sous le feu des banderilles du talentueux Ludovic Maubreuil. Que nous partagions ou non ses goûts et dégoûts, ses amitiés et ses choix, n’a que peu d’importance. Marmin a cet art – rare – de donner envie de découvrir et redécouvrir, de lire et relire, d’aller au cinéma, de revoir des films, d’approcher les artistes et de s’imprégner de leurs oeuvres. Marmin donne envie de le rencontrer autour d’une bonne bouteille et de quelques cigares.

Au coeur de l’immensité vague de la production éditoriale du temps, La République n’a pas de savants est un ilot précieux que je ne saurais que vous recommander vivement ! Il a enchanté mon entrée en 2018, année que je vous souhaite, chers lecteurs, emplie de joie pour vous et vos proches.

 

Philippe Rubempré

La République n’a pas besoin de savants, Michel Marmin, entretiens avec Ludovic Maubreuil, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2017, 268 pages + index.

Lectures décembre

  • Un Samourai d’Occident – Dominique Venner
  • Lettres à sa fille – Calamity Jane
  • Histoire de la Littérature française – Ch.-M. Des Granges & J. Boudout
  • L’Odyssée du Rock français – Loïc Picaud
  • L’Homme surnuméraire – Patrice Jean
  • La France Big Brother – Laurent Obertone
  • Michel Strogoff – Jules Verne
  • L’inédit de Clairvaux – Lucien Rebatet
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