Journal d'un caféïnomane insomniaque
vendredi septembre 20th 2019

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Lectures – juin

  1. Quatre ? – Enki Bilal
  2. La Débauche – Esparbec
  3. Ô vous, frères humains – Luz, d’après l’oeuvre d’Albert Cohen
  4. Autour de la lune – Jules Verne
  5. L’ultime faveur – Patrick Wald Lasowski
  6. Le Grand Secret – René Barjavel

La Justesse de la Langue – Gabriel Girard

Les éditions Manucius ont réédité en 2007 un charmant petit ouvrage de l’abbé Gabriel Girard, La Justesse de la Langue ou les différentes significations des mots qui passent pour synonymes. Un acte de finesse et de résistance à l’heure de l’abaissement (abrutissement ?) de la langue et de sa réduction à un utilitarisme globish sonnant et trébuchant !

Composé au XVIIIe siècle, ce traité plein de malice en déploie de la langue les beautés et les subtilités. Doté d’un index offrant une navigation aisée au fil des pages, cet ancêtre de notre dictionnaire des synonymes ravira les amoureux des mots et les amateurs de la belle langue.

Après avoir dédicacé son travail à Madame, duchesse de Berry, Girard, dans un propos préliminaire qu’on lira avec profit, témoigne de sa démarche linguistique et littéraire. Le résultat en est que ce livre de sémantique recèle plus de littérature en quelques 160 pages que l’intégralité des « oeuvres » d’Angot, Ernaux, Le Clézio et Musso.

De la belle ouvrage pour fins gourmets, à offrir et faire lire à tous les amoureux de la langue de Molière.

Philippe Rubempré

La Justesse de la Langue ou les différentes significations des mots qui passent pour synonymes, Gabriel Girard, Éditions Manucius, coll. Le Philologue, 2007, 163 pages.

Libre comme Robinson – Luc Dellisse

Libre comme Robinson, sous-titré « Petit traité de vie privée » est un réjouissant et salutaire petit essai de Luc Dellisse. Faisant le constat de l’accélération du flicage généralisé, des atteintes à la vie privée et du recul des libertés dans notre démocratie de façade, l’auteur nous conte avec jubilation et style ses recettes concrètes pour retrouver la liberté et la vie privée. La clé : la discrétion. Le secret. Fuir la transparence. Rester modeste sans sacrifier l’essentiel.

Le sociologue Dominique Wolton notait il y a quelques années que « (…) en démocratie la liberté est fondée sur le principe absolu que la vie privée doit, normalement (sauf circonstances exceptionnelles), être soustraite au contrôle de la société ou de la puissance publique (Big Brother). » Cette liberté démocratique là est en instance de mort clinique, ainsi que le montre Wolton en citant l’exemple de l’hygiénisme, qui « tend invinciblement à placer les comportements individuels sous l’emprise du corps social, avec d’autant moins de scrupules que « c’est pour la bonne cause ». » Dellisse partage ce constat, qu’on peut élargir à l’expression des pensées et des opinions. Il propose de prendre acte de cet état de fait, certes déplorable, et d’en tirer les conséquences. Il est encore un espace dans lequel nous pouvons être libre, pour peu que nous nous en donnions les moyens, c’est la vie privée. Comment ? en donnant le moins de prises possibles au corps social, aux réseaux sociaux et à la puissance publique ; en étant conscient des enjeux de chaque parcelle concédée aux susdits. Il s’agit, à la manière de Robinson sur son île, d’organiser notre propre île. Non pas au sein de la nature sauvage et des cannibales, mais au sein de la civilisation redevenant sauvage et des cannibales sociétaux qui la composent.

Avec humour et érudition, Luc Dellisse déploie sa stratégie au fil de chapitres très courts, posant le diagnostic, proposant son ordonnance. Un petit bijou réellement subversif à découvrir. Vous y trouverez, à n’en pas doutez, quelques idées de recettes à cuisiner au service de votre vie privée et de votre liberté retrouvées.

Philippe Rubempré

Luc Dellisse, Libre comme Robinson. Petit traité de vie privée, Les Impressions Nouvelles, mai 2019, 208 pages, 17 euros

Lignes d’avant(s) et lignes d’arrivée – Dominique Braga

Sport, zone privilégiée d’exercice de la cruauté naturelle des enfants ; sport pourri jusqu’à la moelle par le fric et la dope et la vanité ; sport, activité de donneurs de leçons chère aux hygiénistes et aux tyrans de tout poil… Omniprésent et oppressant sport dont les restes de la presse nous abreuvent quotidiennement… Sport, enfin, école d’honneur et sujet de Littérature ?

C’est la gageure relevée par Dominique Braga, écrivain et journaliste sportif franco-brésilien des Années folles, dont les textes sportifs des années 1922-1938 ont paru aux éditions La Thébaïde dans un recueil intitulé Lignes d’avant(s) et lignes d’arrivée. L’ouvrage rassemble essentiellement des articles issus de diverses publications, ainsi qu’un texte littéraire, 5000, récit sportif, d’inspiration futuriste qui fait revivre comme jamais cela n’a été fait, ni avant, ni depuis, une course de 5000 mètres dans le corps et la tête d’un coureur.

Nul besoin d’être historien du sport pour apprécier ces textes des années 1922-1938. Les éditions La Thébaïde ont conduit un très beau travail éditorial, avec notices et biographie, ainsi qu’une intéressante préface signée Denis Lalanne. L’éditeur Emmanuel Bluteau a eu aussi la riche idée d’adjoindre au recueil une recension de critiques parues à propos de 5000, ainsi que des extraits de correspondance.

À travers ses textes, Braga rend au sport ses lettres de noblesse et sa noblesse littéraire. Lui même sportif accompli, il met en avant l’abnégation, l’effort sur soi, le travail physique et mental qu’exige le sport avec un objectif, la victoire, mais pas à n’importe quel prix ; ici, nous sommes loin du culte imbécile et prétentieux de la performance et de l’écrasement de l’adversaire, hélas si répandu parmi nos contemporains (comptant pour rien ?). Chez Braga, plus que la victoire, essentielle, c’est l’idéal qui est valorisé : l’honneur, le gentleman sportif, le sportsman, l’esprit d’équipe, l’investissement corps et âme du Sportif. Car le sport incarne chez le franco-brésilien une philosophie, une école de vie accessible à tout un chacun. Voilà qui a de la gueule quand on songe au mercato permanent des nouvelles foires aux sportifs. Ces sportifs nouveaux, qui sont au sportsman cher à Dominique Braga ce que le beaujolais nouveau est au nuits-saint-georges, s’achètent et se vendent comme de vulgaires paquets de pâtes industrielles.

Braga livre une esth-éthique du Sport quasi-stoïcienne qui nous interroge sur le pourquoi et le comment le sport est tombé aussi bas de nos jours… De fait, où sont passés les grands champions admirés autant pour leur honneur que pour leurs exploits ? Qui sont les grandes plumes sportives d’aujourd’hui ? les Braga, Blondin, Lalanne ?

Les articles de Dominique Braga nous réconcilient avec le Sport, qui s’était quelque peu perdu de vue avec la professionnalisation et la perfusion de saint-fric globalisé. Quant à son récit sportif, 5000, saluons encore aujourd’hui la performance littéraire : Braga nous tient deux heures en haleine dans le corps et la tête de Monnerot, coureur français en lutte contre un Belge, un Italien, un Anglais et un Suédois, le temps d’un 5000 mètres explosif. Sensations fortes garanties !

Philippe Rubempré

Lignes d’avant(s) et lignes d’arrivée. Textes sportifs 1922-1938, Dominique Braga, préface de Denis Lalanne, édition établie par Nicolas Jeanneau et Emmanuel Bluteau, Éditions La Thébaïde, coll. Au Marbre, 2015, 307 pages.

Lectures mai

  1. Le populisme ou la mort et autres chroniques – Olivier Maulin
  2. La grande histoire de la Bible – Patricia Hunt, illustrations Angus McBride
  3. L’insurrection qui vient – Comité invisible
  4. État d’ivresse – Denis Michelis
  5. Qu’est-ce qu’un chef ? – Général d’armée Pierre de Villiers
  6. Platon La Gaffe. Survivre au travail avec les philosophes – Jul & Charles Pépin
  7. Même les pierres ont résisté – Yves Viollier
  8. Le sommeil du monstre – Enki Bilal
  9. Le retour des peuples – André Bercoff
  10. Ethique du samouraï moderne. Petit manuel de combat pour temps de désarroi – Patrice Franceschi
  11. « Je vous écris d’Italie… » – Michel Déon
  12. 32 décembre – Enki Bilal
  13. Rendez-vous à Paris – Enki Bilal
  14. Gagner la guerre – Jean-Philippe Jaworski
  15. De la brousse à la jungle – Général Bigeard
  16. De la Terre à la Lune – Jules Verne
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