Journal d'un caféïnomane insomniaque
mercredi décembre 12th 2018

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Éloge de la voiture – Thomas Morales

À la mémoire de Pierre N.

    Je me souviens de la Renault 18 verte de ma mère. Un break 4 vitesses, on le surnommait « le tank ». Son moteur a fait boum, comme celui des Dupondt dans Tintin au Pays de l’Or noir, sur la route de Landerneau. Je me souviens de la 4L de mon père, plancher en paquets de Marlboro et aération par les trous de la carrosserie. Une légende dans le bourg. Il faut croire que le paquet de cibiches nuit autant au plancher automobile qu’à la santé, mon père ayant été obligé de se séparer de sa 4L (pour une Alfa Romeo 75) le jour où il est passé à travers le plancher ! Je me souviens de mon grand-père maternel, artisan garagiste à l’ombre des buttes ardoisières et des chevalements du Sud-Mayenne, Amateur de vieilles voitures. Je me souviens des bagnoles alignées dans la cour, devant le garage. Je me souviens de la Renault Prairie, qu’il démarrait à la manivelle dans une pétarade bleutée et enfumée ; je me souviens de sa 4L « camionnette » au poste vissé sur Radio Bleue ; de sa Peugeot 504 blanche, la cinq sens, comme il disait, synonyme pour moi, mon frère et mes soeurs de vacances ; je me souviens de la 404 pick-up utilisée comme dépanneuse, souvent garée sur la fosse du garage ; de sa 2CV Citroën, avec les portes avant qui s’ouvrent à l’envers, entièrement construite de ses mains à partir de deux cadavres pour fêter sa retraite. Aujourd’hui, mon grand-père n’est plus, mon père ne conduit plus.

Cette douce nostalgie de temps heureux s’est réveillée à la lecture du dernier opus de Thomas Morales, Éloge de la voiture. Sous-titré Défense d’une espèce en voie de disparition, cet essai est un bijou de nostalgie joyeuse, une nostalgie littéraire autant que cinématographique ou familiale. À travers le prisme des voitures de sa vie, Thomas Morales rend ses lettres de noblesse à cet art de vivre que fut (et reste pour une élite) l’automobilisme, loin des préjugés et des oukases à l’encontre du conducteur-pollueur, fond de teint comptant pour rien des ceusses qui peuvent se permettre de n’utiliser que métro, tram ou vélo au quotidien, infime minorité de bobos amnésiques. Car l’automobile fut, et est encore parfois et heureusement, une oeuvre d’art populaire, un symbole autant qu’un véhicule de liberté. D’aucuns ont parlé de « civilisation automobile ». Et ce ne sont pas les (nombreux) ouvrages, titres de presse ou beaux-livres, consacrés aux Ferrari, Porsche, Delahaye et autres Bugatti ou De Dion-Bouton qui vont me contredire !

Morales, une fois de plus, distille généreusement sa gourmandise en brocardant avec humour bien-pensance et infantilisation à outrance. Sa lettre ouverte à Anne Hidalgo, ci-devant bourgmestre de Lutèce, prouve son ouverture d’esprit et sa finesse : l’automobiliste passionné peut être en même temps un être galant, gracieux et cultivé. Cette nouvelle pierre à l’oeuvre de Thomas Morales est un nouveau vaccin contre la connerie, une nouvelle déclaration d’amour à la beauté, à la liberté et à une certain savoir-vivre inspiré par la voiture. Littérature, cinéma, géographie, gastronomie ne sont pas en reste. Avec Morales, la voiture demeure ce symbole fantastique de liberté individuelle…

 

Philippe Rubempré

Thomas Morales, Éloge de la voiture. Défense d’une espèce en voie de disparition, Éditions du Rocher, 2018, 228 pages, dans toutes les bonnes librairies le 19 septembre 2018.

Lecture août

  • Blèche – Pierre Drieu la Rochelle
  • Un samouraï d’Occident – Dominique Venner
  • King Kong Théorie – Virginie Despentes   

    Publié en poche chez Le livre de Poche

  • Les Lauriers de César – Goscinny & Uderzo
  • Le Bouclier Arverne – Goscinny & Uderzo
  • Ulysse – Homère – Lob – Pichard
  • Brassens au plaisir de la guitare – Yves Uzureau
  • L’éternité plus un jour – Georges-Emmanuel Clancier
  • Les exploits d’un jeune Don Juan – Guillaume Apollinaire / Georges Pichard
  • Mathias Sandorf – Jules Verne   

La neige en deuil – Henri Troyat

    La neige en deuil, court roman de l’académicien d’origine russe Henri Troyat, est un tragédie triple : tragédie familiale ; tragédie montagnarde ; tragédie de l’Honneur, enfin. Pour l’anecdote, il s’agit du premier roman que j’ai lu d’une traite, alors en classe de quatrième ; j’en rends grâce à mon professeur de français, Jean-Claude G., paix à son âme.

L’histoire est fondée sur l’opposition entre les deux frères Vaudagne ; l’aîné, Isaïe, ancien guide de haute montagne, la cinquantaine, a accouché et élevé son frère, Marcellin, âgé d’une trentaine d’années. Autant Isaïe respire la bonté profonde et la générosité, autant Marcellin apparait raté, veule et ingrat, querelleur et paresseux. Les deux frères vivent dans la maison familiale, sise dans un hameau isolé, entourée de brebis. Cette maison, Marcellin veut la vendre pour se faire du fric et investir en ville ; Isaïe le refuse absolument, au nom de l’héritage. C’est sa maison natale, celle de son père et du père de son père… Les ambitions et le caractère de Marcellin compliquent les relations entre les deux frères. La chute d’un avion dans la montagne et l’abandon officiel des secours précipitent les événements. En cédant à un nouveau caprice de Marcellin, Isaïe pose le pied dans un engrenage fatal…

En 120 pages serrées, Troyat incarne en Isaïe l’Honneur et le sens du Sacrifice, deux vertus qui ne sont plus en odeur de sainteté sous le règne du capitalisme consumériste. La geste finale, tragique, vous prend aux tripes. La neige en deuil est un roman d’accès aisé, à la langue colorée et fluide ; l’histoire vous enveloppe dès les premières pages. C’est un roman à faire lire aux jeunes collégiens, et leur faire ainsi sentir que la vie ne se résume pas au fait de se pavaner sur les réseaux dits sociaux et à la satisfaction égoïste de ses menus plaisirs. Seuls l’Honneur et le Sacrifice subliment une Vie, n’en déplaise aux marchands du temple libéral-libertaire.

Philippe Rubempré

Henri Troyat, La neige en deuil, (Flammarion, 1952), Éditions J’ai lu, 1974, 126 pages.

Baise-moi – Virginie Despentes

    Baise-moi, entrée fracassante de Virginie Despentes en littérature. Acheté et lu une première fois suite à la ridicule polémique ayant accompagné la sortie du film. Relu cet été après King Kong Théorie. En pleine vague porcine et liberticide, j’ai désiré relire cet écrivain féministe iconoclaste, dont je dois dire ne pas goûter le discours médiatique, mais dont le style ne me déplait pas.

Baise-moi dégoupille façon King Kong le destin de deux cassosses, Nadine et Manu, deux meurtrières qui ont leur raison, deux princesses de la carousse, deux amatrices assumées des plaisirs de la route. De leur rencontre fortuite va naitre une cavale vengeresse, nihiliste, ultra-violente et arrosée. Celles qui n’ont plus rien à perdre feront tout de même de belles rencontres, de celles qui vous maintiennent quand rien ne va plus.

Baise-moi est un roman de la misère, du viol, des armes, de la pauvreté, de l’inespoir, de la pornographie au sens propre. Ce texte brûlant et brûlot raconte les vies paumées de banlieues oubliées, parce que la merde attire la merde et qu’elle se concentre. À l’écart. C’est le roman qui imagine et met en scène ce qui se passe quand ceux qui n’ont rien à perdre pètent les plombs et explosent, ce qui advient quand la merde déborde de sa fosse…

L’adaptation cinématographique (film éponyme réalisé par l’auteur et Coralie Trinh Tih, sorti en 2000) a choqué la bourgeoise et le ratichon pour quelques scènes de cul non simulées. Sans avoir vu le film, mais ayant lu plusieurs fois le roman, les quelques passages pornographiques ne sont vraiment pas choquant au regard du nihilisme et de la violence extrême déployée ; ce qui choque profondément, c’est l’état d’abandon intérieur, de solitude affective et de déliquescence morale qui conduit deux jeunes femmes à se « libérer » de cette manière, et interroge le lecteur sur la chute.

Certes, Baise-moi est un roman choquant, ultra-provocateur et violent. Il faut néanmoins le lire pour ce qu’il nous dit de notre société et de son modus vivendi capitaliste libéral-libertaire, pour le tableau maudit qu’il en brosse et les parfums viciés qui s’en exhalent. Baise-moi résonne encore pertinemment un quart de siècle après sa parution.

Philippe Rubempré

Baise-moi, Virginie Despentes, (Florent Massot, 1994 – Grasset et Fasquelle, 1999), Éditions J’ai lu, 2000, 249 p.

Lectures juillet

  • Corrida pour une nuit blanche – Renoy
  • La guerre des boutons – Louis Pergaud
  • Le bal du dodo – Geneviève Dormann
  • Le monde selon Jules Verne – Olivier & Patrick Poivre d’Arvor
  • Simbaby – Lavagna & Nizzoli
  • Bye Bye Tristesse – Nataël – Béja
  • La Fable de Venise – Hugo Pratt
  • Braise – Laura Desprein
  • Fleur d’Août – Laura Desprein
  • Le Guépard – Giuseppe Tomasi di Lampedusa
  • État-Civil – Pierre Drieu la Rochelle
  • Sud magnétique – Laura Desprein
  • La Valise vide – Pierre Drieu la Rochelle
  • Autrement et encore – Sébastien Lapaque
  • L’Internationale des Francs-Tireurs – Bruno de Cessole
  • Astérix chez Rahazade – Uderzo
  • L’Odyssée d’Astérix – Uderzo
  • Le fils d’Astérix – Uderzo
  • La Grande Traversée – Goscinny & Uderzo
  • Astérix chez les Belges – Goscinny & Uderzo
  • Le Devin – Goscinny & Uderzo
  • Le Cadeau de César – Goscinny & Uderzo
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