Journal d'un caféïnomane insomniaque
mardi août 16th 2022

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Fort comme une bête, libre comme un dieu, La Furia débarque !

Saluons ici l’arrivée dans vos kiosques et librairies de La Furia, revue d’actualité satirique créée à l’initiative de Laura Magné, Laurent Obertone, Papacito et Marsault. Ce nouveau « mook » se veut satirique et libre, et revendique son droit à l’impertinence et à l’insolence, n’en déplaise aux « ligues de censeurs et autres procéduriers fragiles » cordialement invités à « aller [se] faire mettre ».

Premier numéro de 160 pages avec, outre les signatures des fondateurs, les plumes d’Élisabeth Lévy, de Julien Rochedy, Peno, Stéphane Édouard et bien d’autres. Articles de fond, articles satiriques, bandes-dessinées (Marsault mouille le maillot et invite des jeunes dessinateurs à exercer leur talent), retour en grâce du roman-photo, savoir-vivre, cuisine… Cette nouvelle publication est un véritable tour de force, financée uniquement par ses abonnés (plus de 20 000 avant même la première parution), bien entendu ignorée par les « grands » médias.

Pas de caporalisme à La Furia, chaque plume est singulière et conserve sa personnalité. Seule la qualité du propos compte (pas de censure, en bref). La prime livraison est consacrée à la démocratie, thème d’actualité en cette année de singeries électoralistes. Et pour l’avoir lue de la première à la dernière ligne, je peux attester de la grande qualité du travail (qu’on soit en accord ou pas avec les positions affichées, cela importe peu. Qui se revendique démocrate et est incapable de penser contre lui-même n’est qu’un pantin sans consistance, un faux-derche en diable, un apprenti dictateur à la noix de coco – merci Archibald -, bref, un ersatz de démocrate, un danger pour la démocratie et la liberté – notamment la liberté d’expression).

Je vous invite donc à découvrir cette nouvelle revue poil à gratter qui se revendique de et rappelle en effet le Hara-Kiri de la grande époque de Choron – en version plus droitarde, reconnaissons-le.

La Furia #1, en kiosque et en librairie, 14,90€.

Trois jours et trois nuits. Le grand voyage des écrivains à l’abbaye de Lagrasse

« Refuser l’alliage, refuser l’ambiguïté, c’est refuser la vie, c’est refuser les contradictions qui sont inhérentes au temps, à ce monde, et qui ne se dénouent que dans l’Éternel. »

Gustave Thibon

À l’initiative de l’éditeur Nicolas Diat, par ailleurs préfacier de l’ouvrage, quatorze écrivains d’horizons divers ont été invités à partager trois jours et trois nuits de clôture à l’abbaye de Lagrasse, partageant la vie sobre de service et de prière des moines augustiniens redonnant vie à ce site datant de Charlemagne, fort malmené pendant la Révolution. Le résultat est ce beau livre offrant quatorze réflexions très singulières.

Tous les écrivains invités ne sont pas catholiques, loin de là. Jean-Paul Enthoven est athée de culture juive, Boualem Sansal athée de culture musulmane ; d’autres, à l’instar de Sylvain Tesson ou Pascal Bruckner, ne sont pas croyants ; d’autres, comme l’excellent Sébastien Lapaque, sont eux profondément catholiques. Le récit né de leur séjour à Lagrasse, les uns succédant aux autres, reflète le personnalité et les questionnements essentiels de chaque auteur. Ainsi, on ne sera pas surpris du dialogue incessant entre légèreté mondaine et quête de sens chez Frédéric Beigbeder. Certains, comme Camille Pascal, cultivent leur jardin secret avec une certaine pudeur, ce dernier s’intéressant essentiellement à l’histoire de cette abbaye. D’autres, notamment Simon Liberati, sont plus torturés. Une lecture toujours enrichissante, même si nous pouvons regretter la plume Saint-Germain-des-Prés jusqu’à la caricature d’Enthoven, qui laisse la désagréable impression qu’il s’écoute écrire.

Signalons le texte de Boualem Sansal qui, n’ayant pu se déplacer en raison de la pangolinite aiguë qui nous emmerde depuis deux ans, livre une passionnante réflexion sur le sacré et les religions du Livre.

Nul besoin d’être croyant pour découvrir ce bel ouvrage, globalement très agréable à lire, et qui donne à réfléchir à ce que notre société contemporaine a perdu de plus précieux : le sens du Sacré et du Mystère. Vous ne sortirez pas tout à fait indemne de votre lecture…

Ont participé à cet ouvrage : Pascal Bruckner, Sylvain Tesson, Camille Pascal, Jean-René Van Der Plaetsen, Frédéric Beigbeder, Jean-Paul Enthoven, Jean-Marie Rouart et Xaver Darcos (tous les deux de l’Académie française), Franz-Olivier Giesbert, Sébastien Lapaque, Thibault de Montaigu, Louis-Henri de La Rochefoucauld, Boualem Sansal et Simon Liberati.

Sont présents à chaque instant la communauté des moines augustiniens de Notre-Dame de Lagrasse, emmenés par le Père Emmanuel-Marie Le Fébure du Bus.

Philippe Rubempré

Collectif, Trois jours et trois nuits, préface de Nicolas Diat, postface du Père Emmanuel-Marie Le Fébure du Bus, Fayard/Julliard, 2021, 358 p.

Ab hinc… 315

« On n’apprend pas le latin et le grec pour les parler, pour travailler comme serveur, interprète ou représentant commercial ; on apprend pour connaître directement la civilisation de ces deux peuples, et donc le passé, mais qui est le fondement nécessaire de la civilisation moderne, c’est-à-dire pour être soi-même et se connaître soi-même, de manière consciente. » – Antonio Gramsci

Lettre à la France nègre – Yambo Ouologuem

Yambo Ouologuem est réapparu sur le devant de la scène littéraire grâce à Mohamed Mbougar Sarr, écrivain sénégalais lauréat du Goncourt en novembre dernier, et qui lui a dédicacé son roman, La plus secrète mémoire des hommes.Ouologuem, écrivain malien, est d’abord connu pour son roman Le devoir de violence, prix Renaudot en 1968, à l’origine du polémique qui finira par provoquer son retrait de la littérature. La lettre à la France nègre est publiée en 1969. Ce pamphlet épistolaire conserve aujourd’hui, et sans doute plus que jamais, sa force provocatrice.

Avec une plume féroce et drôle, Yambo Ouologuem n’épargne personne. Il cultive l’art de tourner en dérision les relations France – Afrique (qu’il orthographie volontiers A Fric) pour mieux en dénoncer les absurdités et les compromissions, et en dévoiler les ambiguïtés. Il n’exonère les chefs d’États africains d’aucune de leurs responsabilités, pas plus qu’il n’ignore celles des élites françaises.

Sans mauvais jeu de mots, ces épistoles pamphlétaires montrent à quel point rien n’est Blanc, ni Noir, mais que la Réalité est Grise ; d’où que l’on se situe pour l’observer. Ainsi, Yambo Ouloguem s’adresse-t-il aux victimes de l’antiracisme, au Président de la République française (surnommé « mon JésusGaulle »), aux couples mixtes, aux non-racistes et aux racistes, aux rois nègres et aux nègres de plume, ou encore (la liste n’est pas exhaustive) aux pères d’Astérix, avec la même ironie mordante, qui fait mouche à tous les coups !

Yambo Ouologuem est un écrivain malien (décédé en 2017) à ranger parmi les grands pamphlétaires et les grands ironistes de langue française.

Philippe Rubempré

Yambo Ouologuem, Lettre à la France nègre, [Éditions Nalis, 1969] Éditions Le Serpent à Plumes, coll. Motifs, 2003, 220p.

Ab hinc… 314

« Ce n’est pas la virulence de nos « ennemis » qu’il faut craindre, c’est la faiblesse de notre résistance : nous nous détestons beaucoup plus qu’ils ne nous haïssent. L’auto-dénigrement est si fort en France qu’il tient lieu d’idéologie politique et de patriotisme de rechange. Être français, c’est d’abord, pour toute une partie de nos élites, piétiner la civilisation française. » – Pascal Bruckner

Extrait de « Le phalanstère de Dieu », in Trois jours et trois nuits, collectif, co-édition Fayard & Julliard, nov. 2021.

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